Le gingembre (Zingiber officinale) présente un effet hypolipémiant documenté par plusieurs méta-analyses d'essais cliniques. Son principal composé actif, le 6-gingérol, agit sur le métabolisme lipidique hépatique : il stimule la conversion du cholestérol en acides biliaires, augmente la capture du LDL-cholestérol par le foie et freine l'absorption intestinale des graisses. Les données cliniques montrent des réductions modestes mais significatives des triglycérides et du cholestérol total, en particulier chez les personnes atteintes d'hyperlipidémie ou de diabète de type 2. Le gingembre possède aussi des propriétés antioxydantes qui limitent l'oxydation des LDL, une étape clé dans la formation des plaques d'athérome. Cet effet reste un soutien complémentaire, qui ne remplace ni un traitement hypolipémiant prescrit ni les mesures hygiéno-diététiques indispensables à la gestion du cholestérol.

Cet article a été mis à jour le 12/12/2023

Comment le gingembre agit sur le cholestérol

Le gingembre doit l'essentiel de ses propriétés hypolipémiantes au 6-gingérol, le plus abondant de ses composés phénoliques. Ce dernier intervient sur le métabolisme du cholestérol par trois mécanismes complémentaires, identifiés par des travaux in vitro et in vivo.

Voie principale — Élimination du cholestérol par la bile
6-Gingérol
↑ CYP7A1 (foie)
Cholestérol → Acides biliaires
Excrétion fécale
Conversion du cholestérol en acides biliaires

Le gingembre stimule l'activité de la cholestérol-7α-hydroxylase (CYP7A1), l'enzyme limitante de la voie classique de synthèse des acides biliaires à partir du cholestérol hépatique. En accélérant cette conversion, il favorise l'élimination du cholestérol sous forme d'acides biliaires excrétés par voie fécale. Des travaux chez le rat ont montré que l'administration de gingembre augmentait significativement l'activité hépatique de la CYP7A1. Le gingérol active parallèlement le récepteur nucléaire LXRα, qui stimule l'expression du transporteur ABCA1, facilitant l'efflux de cholestérol hors des cellules vers les lipoprotéines HDL.

Augmentation de la capture du LDL-cholestérol

Le 6-gingérol active la voie SREBP2, un facteur de transcription qui régule l'expression du récepteur aux LDL (LDLR) à la surface des hépatocytes. En augmentant le nombre de ces récepteurs, le gingérol favorise la captation du LDL-cholestérol circulant par le foie. Une étude publiée dans Frontiers in Pharmacology (2018) a confirmé cet effet sur des cellules hépatiques humaines HepG2 : des concentrations de 100 à 200 μM de 6-gingérol ont significativement accru l'expression du LDLR et l'internalisation de LDL marqués par fluorescence.

Inhibition de la lipase intestinale

Les composés du gingembre exercent une action inhibitrice sur les lipases pancréatiques, enzymes responsables de l'hydrolyse des triglycérides alimentaires dans l'intestin grêle. En réduisant l'absorption des graisses alimentaires, le gingembre contribue à limiter l'apport lipidique exogène. Ce mécanisme explique en partie les baisses de triglycérides observées dans les essais cliniques.

Gingembre et cholestérol : ce que montrent les études cliniques

Les effets du gingembre sur le profil lipidique ont été évalués dans de nombreux essais cliniques randomisés contre placebo, synthétisés par plusieurs méta-analyses convergentes.

Résultats des méta-analyses

Une méta-analyse publiée en 2018 dans Phytomedicine, regroupant 12 essais et 586 participants, a mis en évidence une réduction significative des triglycérides (−17,6 mg/dL) et du LDL-cholestérol (−4,9 mg/dL) sous supplémentation en gingembre, par rapport au placebo. L'effet sur le cholestérol total et le HDL-cholestérol n'atteignait pas le seuil de significativité statistique dans cette analyse globale.

Données consolidées. Une méta-analyse de 2023 (Phytotherapy Research), couvrant des essais publiés entre 2010 et 2022, confirme une réduction significative du cholestérol total (SMD −0,44 ; p = 0,025) et des triglycérides (SMD −0,61 ; p = 0,024) sous supplémentation en gingembre. L'effet sur le LDL et le HDL reste non significatif dans cette analyse poolée.

Une revue systématique de 2022 publiée dans Current Pharmaceutical Design a analysé les résultats par sous-groupes de dose. Les doses inférieures ou égales à 1 500 mg d'équivalent poudre de gingembre par jour réduisaient significativement le LDL-cholestérol (WMD = −7,6 mg/dL), tandis que les doses supérieures montraient une tendance favorable non significative. Pour les triglycérides, les doses supérieures à 2 g/jour étaient les plus efficaces (−10,4 mg/dL).

Résultats chez les patients diabétiques de type 2

Les effets du gingembre sur les lipides sanguins sont particulièrement documentés chez les patients atteints de diabète de type 2, une population fréquemment touchée par des dyslipidémies associées. Un essai randomisé en double aveugle a montré qu'une supplémentation de 1,8 g de poudre de gingembre par jour pendant 8 semaines, en complément de la metformine, réduisait significativement le cholestérol total, le LDL-cholestérol et les triglycérides par rapport au placebo. Un autre essai clinique a observé une baisse significative de l'apolipoprotéine B et du ratio apoB/apoA-I après 12 semaines de supplémentation à 2 g/jour, des marqueurs considérés comme de bons indicateurs du risque cardiovasculaire athérogène.

Un effet protecteur contre l'athérosclérose

Au-delà de son action sur les paramètres lipidiques sanguins, le gingembre possède des propriétés antioxydantes qui contribuent directement à la protection cardiovasculaire. L'oxydation des lipoprotéines LDL constitue une étape clé dans la formation des plaques d'athérome : les LDL oxydés sont captés de manière incontrôlée par les macrophages, qui se transforment en cellules spumeuses et initient le processus athéroscléreux à la paroi artérielle.

Le gingérol et le shogaol, les deux principaux composés phénoliques du gingembre, neutralisent les radicaux libres responsables de cette oxydation. Des études in vitro ont montré que des extraits de gingembre pouvaient inhiber l'oxydation des LDL humains de plus de 70 %. Chez la souris déficiente en apolipoprotéine E — un modèle classique d'athérosclérose accélérée — la consommation d'extrait de gingembre a significativement réduit les taux plasmatiques de cholestérol, l'oxydation basale des LDL et le développement des lésions athéroscléreuses aortiques, selon une étude publiée dans The Journal of Nutrition (2000).

Des travaux récents sur cellules humaines ont confirmé que les fractions actives du gingembre réduisaient la formation de cellules spumeuses et l'expression des molécules d'adhésion endothéliales impliquées dans le recrutement des monocytes vers la paroi artérielle. Le gingembre agit donc à la fois sur la quantité de cholestérol circulant et sur sa transformation pathologique au niveau vasculaire. Pour ses effets sur la tension artérielle, un autre facteur de risque cardiovasculaire majeur, une page dédiée est disponible.

Un soutien complémentaire, pas un traitement

Le gingembre ne constitue pas un traitement de l'hypercholestérolémie. Les réductions de LDL-cholestérol observées dans les essais cliniques — de l'ordre de 5 à 11 mg/dL selon les méta-analyses — restent modestes comparées à celles obtenues par les statines ou d'autres hypolipémiants de référence. Le gingembre trouve sa place comme complément dans un cadre global de gestion du cholestérol, qui repose sur trois piliers indissociables.

L'alimentation joue un rôle central : privilégier les fibres solubles, les acides gras insaturés (oméga-3 notamment), les sources végétales de protéines, tout en limitant les graisses saturées et les acides gras trans. L'activité physique régulière — au moins 150 minutes par semaine d'activité modérée selon les recommandations de l'OMS — contribue à améliorer le ratio HDL/LDL et à réduire les triglycérides. Le gingembre est aussi étudié pour son rôle dans la gestion du poids, un levier complémentaire dans la maîtrise du profil lipidique. Le suivi médical est indispensable : un bilan lipidique permet de déterminer le niveau de risque cardiovasculaire et d'adapter la stratégie thérapeutique, qui peut nécessiter un traitement médicamenteux.

Le gingembre s'inscrit dans cette démarche comme un allié nutritionnel, au même titre que d'autres aliments fonctionnels, mais ne doit jamais se substituer à un traitement prescrit. Il ne faut ni modifier ni interrompre un traitement hypolipémiant sans avis médical.

Formes et dosage du gingembre pour le cholestérol

Le gingembre est disponible sous plusieurs formes, dont l'efficacité et la praticité diffèrent. Les essais cliniques ayant montré des effets sur le profil lipidique ont utilisé des durées de supplémentation de 8 à 12 semaines. Pour des informations complètes sur les posologies, consultez notre page dédiée à la posologie du gingembre.

CritèrePoudre de rhizomeGélules d'extrait concentréRhizome frais
Dose journalière type1 à 3 g400 mg d'extrait (2 gélules)10 à 15 g
Teneur en gingérolsVariable (1 à 3 %)Standardisée (≥ 5 %)Variable
Reproductibilité du dosageMoyenneÉlevéeFaible
PraticitéBonne (cuisine, smoothies)ÉlevéeMoyenne (préparation)

Pour une démarche ciblée sur le cholestérol, les formes concentrées et titrées en gingérols sont préférables, car elles garantissent un apport en principes actifs régulier et vérifiable. La poudre de gingembre intégrée à l'alimentation reste une option complémentaire intéressante, mais la variabilité de sa teneur en gingérols rend le dosage moins précis.

Équivalence
2 gélules d'extrait concentré (400 mg) = l'équivalent de 1 000 mg de rhizome de gingembre brut

Bien choisir son gingembre en gélules

Pour obtenir un effet significatif sur le profil lipidique, la qualité de l'extrait de gingembre conditionne directement le résultat. Trois critères déterminent l'efficacité d'un complément.

Le titrage en gingérols est le paramètre central. Les gingérols — en particulier le 6-gingérol — sont les composés actifs responsables de l'effet hypolipémiant, de la stimulation de la CYP7A1 et de la protection antioxydante des LDL. Un extrait non titré ne garantit aucun seuil d'actif : sa composition varie d'un lot à l'autre et aucune efficacité reproductible ne peut en être attendue.

✅ Optimal

Extrait titré à ≥ 5 % de gingérols : apport standardisé, reproductible, en cohérence avec les doses utilisées dans les essais cliniques.

👌 Correct

Titrage entre 3 et 5 % : actif présent en quantité mesurable, efficacité possible mais dosage quotidien à ajuster.

⚠️ Insuffisant

Titrage inférieur à 3 % ou poudre de rhizome brute non titrée : teneur en gingérols trop faible ou incertaine pour un effet ciblé sur les lipides.

❌ À éviter

Aucune mention de titrage sur l'étiquette : impossible de connaître l'apport réel en gingérols. Aucune garantie d'efficacité.

La dose journalière de gingérols doit atteindre au moins 20 mg par jour pour se situer dans la fourchette des doses utilisées dans les essais cliniques montrant des effets sur les lipides sanguins. Vérifier que le dosage annoncé correspond bien à la prise journalière recommandée (et non à une seule gélule). L'équivalent en plante brute constitue un repère complémentaire : un complément apportant l'équivalent d'au moins 1 000 mg de rhizome de gingembre par jour, en deux gélules ou moins, reflète un bon niveau de concentration de l'extrait.

Précautions d'emploi

Le gingembre est généralement bien toléré aux doses habituelles de supplémentation. Des troubles digestifs légers — brûlures gastriques, ballonnements, diarrhées — peuvent survenir, en particulier lors des premières prises ou à doses élevées. Une augmentation progressive du dosage est recommandée pour limiter ces désagréments.

Précautions :
  • Le gingembre est contre-indiqué en cas d'obstruction des voies biliaires. Ses propriétés cholérétiques (stimulation de la production de bile) peuvent aggraver la condition.
  • Les gingérols possèdent des propriétés antiplaquettaires. Prudence et avis médical en cas de prise d'anticoagulants, d'antidiabétiques ou d'antihypertenseurs (risque d'interactions).
  • Suspendre la supplémentation en gingembre au moins 7 jours avant une intervention chirurgicale (risque de saignement).
  • Hors usage alimentaire, la supplémentation est déconseillée chez les enfants de moins de 6 ans et chez les femmes enceintes ou allaitantes sans avis médical.
Avertissement : ces informations sont tirées de la littérature scientifique disponible et sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas un avis médical et ne remplacent pas la consultation d'un professionnel de santé. En cas d'hypercholestérolémie diagnostiquée, un suivi médical est indispensable pour adapter la prise en charge à votre situation individuelle. Ne modifiez pas et n'interrompez pas un traitement en cours sans avis de votre médecin.

Cet article vous a-t-il été utile ?

  

Note moyenne: 4.6 ( 50 votes )

Bibliographie

Publication : Butin, A. (2017). Le gingembre: de son utilisation ancestrale à un avenir prometteur (Thèse). https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01932085

Publication : Matsuda, A., Wang, Z., Takahashi, S., Tokuda, T., Miura, N., & Hasegawa, J. (2009). Upregulation of mRNA of retinoid binding protein and fatty acid binding protein by cholesterol enriched-diet and effect of ginger on lipid metabolism. Life Sciences, 84(25‑26), 903‑907. https://doi.org/10.1016/j.lfs.2009.04.004

Publication : Srinivasan, K., & Sambaiah, K. (1991). Effect of spices on cholesterol-7Α-hydroxylase activity and on serum & hepatic cholesterol levels in the rat. ResearchGate. https://www.researchgate.net/publication/21348504_Effect_of_spices_on_cholesterol-7a-hydroxylase_activity_and_on_serum_hepatic_cholesterol_levels_in_the_rat

Publication : Grundy, S. M., Stone, N. J., Bailey, A. L., Beam, C., Birtcher, K. K., Blumenthal, R. S., Braun, L. T., De Ferranti, S. D., Faiella-Tommasino, J., Forman, D. E., Goldberg, R., Heidenreich, P. A., Mark, D. B., Jones, D. W., Lloyd-Jones, D. M., Lopez-Pajares, N., Ndumele, C. E., Orringer, C. E., Peralta, C. A.,. . . Yeboah, J. (2019). 2018 AHA/ACC/AACVPR/AAPA/ABC/ACPM/ADA/AGS/APHA/ASPC/NLA/PCNA Guideline on the Management of Blood Cholesterol : A report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Clinical Practice Guidelines. Circulation, 139(25). https://doi.org/10.1161/cir.0000000000000625

Site Web : Gingembre — WikiPhyto. (s. d.). http://www.wikiphyto.org/wiki/Gingembre

Site Web : Phytothérapie : Gingembre - VIDAL. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/parapharmacie/phytotherapie-plantes/gingembre-zingiber-officinalis.html

Site Web : Davidson, M. H., & Pradeep, P. (2023, 20 juillet). Dyslipidémie. Édition professionnelle du Manuel MSD. https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-endocriniens-et-m%C3%A9taboliques/dyslipid%C3%A9mies/dyslipid%C3%A9mie

Site Web : Cholestérol et triglycérides élevés : causes et conséquences. (s. d.). ameli.fr | Assuré. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/trop-cholesterol-triglycerides-dans-sang-dyslipidemie/definition-causes-consequences

Site Web : Tisane de pissenlit : bienfaits et propriétés. (2023, août 2). https://www.compagnie-des-sens.fr/pissenlit-plante/

Site Web : Infusion de feuilles d’Olivier : bienfaits et propriétés. (2023, août 2). https://www.compagnie-des-sens.fr/olivier-plante/

Site Web : Infusion d’hibiscus, propriétés : 8 bienfaits de cette boisson. (s. d.). therapeutes.com. https://www.therapeutes.com/ma-sante/infusion-hibiscus-proprietes

Articles liés

Commandez GRATUITEMENT votre Guide des 200 recettes d'aromatherapie

4.9/5 (4423 avis)

" Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. "
Nathalie

4,50€ Gratuit
Commandez GRATUITEMENT votre Guide des 200 recettes d'aromatherapie
Expedie en 24h