La pancréatite chronique calcifiante (PCC) est une inflammation continue du pancréas provoquée par des lésions morphologiques. Cela aboutit à une insuffisance pancréatique due à la destruction irréversible des fonctions de sécrétion du pancréas. La maladie est évolutive mais la progression des lésions peut être stoppée. Dans 80 à 90 % des pancréatites chroniques, la cause principale est l’alcoolisme chronique, et la prévalence augmente chez les hommes. L’alimentation joue un rôle primordial pour stopper l’évolution des lésions pancréatiques, grâce à la suppression de la consommation d’alcool. Elle permet également au patient de retrouver un état général et nutritionnel satisfaisant, en compensant la malabsorption des nutriments. Ce guide reprend l’ensemble des connaissances nutritionnelles spécifiques aux pancréatites chroniques.

Symptômes des pancréatites chroniques

Le début de la maladie étant le plus souvent asymptomatique, la présence de poussées de pancréatite aiguë peut orienter le diagnostic. Sinon, on remarque principalement :

  • un amaigrissement : La pancréatite chronique provoque un hypercatabolisme (dégradation des réserves nutritionnelles de l’organisme) car les principaux nutriments ne sont plus correctement absorbés (protéines et lipides). De ce fait, cet hypercatabolisme entraîne un amaigrissement.

  • des douleurs typiques : Elles sont situées au niveau du haut du ventre, et sont semblables à des coups de poignards. De manière générale, les douleurs disparaissent après 10 ans d’évolution, ce qui correspond à un stade très avancé de la maladie.

  • des troubles digestifs : Ils sont accompagnés de diarrhées de malabsorption, notamment à causes des créatorrhées et des stéatorrhées (fuites de protéines et de lipides dans les selles). Ces dernières sont dues à la destruction des cellules pancréatiques qui sécrètent le suc pancréatique. En effet, ce suc est composé d’enzymes permettant de digérer les protéines et les lipides.

  • un diabète insulino-dépendant ou insulino-requérant : L’altération des fonctions endocrines du pancréas limite la sécrétion d’insuline et de glucagon. Ces deux hormones permettent de réguler la glycémie, mais ne sont plus sécrétées par les cellules alpha et bêta des îlots de Langerhans du pancréas. En effet, ces cellules sont détruites en cas de pancréatite chronique avancée.

Importance de l’alimentation en cas de pancréatite chronique

L’alimentation joue un rôle essentiel à la prise en charge des pancréatites chroniques. Il est recommandé d’être suivi par un diététicien-nutritionniste ou un médecin-nutritionniste pour cibler les déficiences nutritionnelles en fonction du patient. De ce fait, l’alimentation permet de :

  • Limiter, voire stopper, l’évolution des lésions pancréatiques en supprimant l’alcool de manière définitive. En effet, l’ingestion même occasionnelle est très mal tolérée et est accompagnée de crises douloureuses. Malheureusement, les patients atteints de pancréatite chronique peine souvent à pallier cette dépendance à l'alcool. Il existe donc une réelle nécessité d'être entouré et de recourir à un accompagnement spécifique avec des professionnels de santé ou des associations adéquates.

  • Prévenir la dénutrition et compenser les créatorrhées en augmentant les apports en aliments riches en protéines. Les créatorrhées sont des fuites de protéines dans les selles dues à une malabsorption de ces nutriments. De plus, il est possible de prévenir la dénutrition en fractionnant les repas afin de favoriser et augmenter la prise alimentaire. Cela permet de pallier l’hypercatabolisme de la maladie, qui est une forte dégradation des réserves de l’organisme pour lutter contre l’inflammation.

  • Limiter la maldigestion des lipides et les stéatorrhées en évitant de consommer des repas trop riches en calories en une seule fois. Il est également recommandé d’éviter les repas excessifs en lipides en limitant les apports en matières grasses cuites. Les stéatorrhées sont des fuites de lipides dans les selles dues à leur malabsorption. Cependant, les apports en lipides ne sont pas à diminuer de manière globale. En effet, les lipides sont digérés grâce à la prise d’enzymes gastro-protégées données par le médecin.

  • Limiter les risques de développer un diabète en évitant la prise isolée de produits sucrés. De plus, il est préférable de s’orienter vers des aliments à index glycémique (IG) bas et moyen pour limiter l’élévation de la glycémie. Une consommation adéquate en fibres est alors judicieuse pour limiter cette augmentation, car les fibres ont un rôle hypoglycémiant (diminue l’IG).

  • Optimiser l’action des enzymes pancréatiques en limitant les apports en fibres entre 25 et 30 g par jour (alimentation thérapeutique « normal léger »). En effet, les fibres captent et limitent l’action des enzymes pancréatiques. Néanmoins, il ne faut pas les supprimer car elles permettent de contrôler l’IG.

  • Limiter la maldigestion des vitamines A, D, E et K induite par les stéatorrhées en optimisant les apports en ces vitamines liposolubles. Par ailleurs, il n’est pas rare de voir le médecin prescrire une supplémentation en ces vitamines.

Les aliments à éviter pour limiter l’évolution de la pancréatite chronique

L’alcool

L’alcool favorise les lésions pancréatiques et induit des douleurs chez les patients atteints de pancréatite chronique.

Nous vous recommandons :

  • de supprimer totalement et définitivement votre consommation d’alcool. En effet, même la prise occasionnelle et raisonnable provoque des douleurs et favorise les lésions pancréatiques.

  • Si l'arrêt de la consommation d'alcool est compliqué, il peut être judicieux de s'orienter vers certaines associations ou certains professionnels afin d'être accompagné dans cette démarche.
  • de ne pas consommer de boissons « sans alcool » comme les bières « sans alcool » car ces boissons contiennent quand même de l’alcool, même si les proportions sont diminuées. En effet, même une infime quantité d’alcool peut favoriser la progression des lésions pancréatiques.

Les matières grasses de cuisson : huile, crème et beurre cuits.

Les matières grasses subissent une oxydation due à la chaleur. Cette oxydation aura pour effet de favoriser les douleurs dues aux lésions pancréatiques car elle provoque la formation de gaz dans les intestins.

Nous vous recommandons :

  • de ne pas faire cuire vos matières grasses (huiles, beurre, sauces industrielles, crème fraîche), et de les consommer crues de préférence car elles ne subissent pas d’oxydation et sont donc mieux tolérées.

  • d’éviter les excès de matières grasses dans vos repas car ils sont susceptibles de provoquer des diarrhées de malabsorption.

Les produits sucrés

Étant donné les risques de développer un diabète suite à une pancréatite chronique, les produits sucrés seront à éviter car ils possèdent un index glycémique (IG) haut. Cela amène donc la glycémie à être élevée et entraîne des sécrétions d’insuline de manière proportionnelle à la hauteur de la glycémie.

Nous vous recommandons :

  • de ne pas consommer plus de 15 g de produits sucrés par jour (confiseries, bonbons, soda, chocolat…), et si possible, de les supprimer.

  • d’éviter de consommer des produits sucrés de manière isolée. En effet, il est préférable de consommer ces aliments à la fin d’un repas afin d’éviter une élévation trop importante de la glycémie.

  • de consommer ces produits sucrés avec des aliments riches en fibres, tels que les fruits et légumes frais, ainsi que les graines oléagineuses. En effet, les fibres permettent de diminuer l’index glycémique grâce à leur effet hypoglycémiant.

Les aliments à privilégier pour maintenir un état général et nutritionnel satisfaisant

Les huiles d’assaisonnement crues : colza, chanvre, lin, olive, tournesol

Ces huiles permettent d’apporter des lipides de qualité à l’organisme. Étant donné que la consommation de lipides est possible grâce aux enzymes gastro-protégées proscrites par le médecin, ces huiles seront très bien tolérées et assureront les apports en lipides journaliers.

Nous vous recommandons :

  • de consommer ces huiles végétales en les ajoutant dans vos préparations à froid (crudités, légumes cuits) et non pendant la cuisson. En effet, les matières grasses crues ne subissent pas d’oxydation et sont donc mieux tolérées.

  • de privilégier les huiles riches en omégas-3 ou qui ont un bon rapport omégas-3 / omégas-6 : huile végétale de colza, huile végétale de chanvre, huile végétale de lin, huile végétale de noix, huile végétale de cameline.

  • d’alterner les huiles riches en omégas-3 avec une huile riche en omégas-6 comme l'huile de tournesol. En effet, l’huile de tournesol est une huile riche en omégas-6, mais est également riche en vitamine E. Elle permet ainsi de compenser en partie les pertes en vitamine E induites par les stéatorrhées.

Les viandes, poissons, œufs et légumineuses

Ces aliments sont riches en protéines, ils permettent donc de limiter l’amaigrissement et la dénutrition induits par l’hypercatabolisme de la pancréatite chronique.

Nous vous recommandons :

  • de consommer une source de protéines (viandes, poissons, œufs, légumineuses) à chaque repas du midi et du soir pour optimiser les apports en protéines.

  • de privilégier les modes de cuisson douces pour faire cuire vos aliments (cuisson au four, à la vapeur, en papillote, à l’eau…).

  • de privilégier des viandes grasses affiliées Bleu Blanc Cœur car elles sont naturellement enrichies en omégas-3, qui sont des acides gras insaturés primordiaux à l’organisme.

  • d’alterner la consommation de viandes maigres (volailles, lapin) avec la consommation de viandes grasses (bœuf, cheval, veau).

  • de consommer des poissons maigres (cabillaud, lieu noir, merlan, colin) et d’introduire 1 à 2 fois par semaine des poissons gras (maquereau, hareng, sardines, saumon, thon) car ce sont des aliments naturellement riches en omégas-3.

  • de vous orienter vers des œufs affiliés Bleu Blanc Cœur qui sont naturellement enrichis en omégas-3. En effet, ils proviennent de poulet ayant reçu une alimentation essentiellement à base de graines de lin.

  • de consommer une fois par semaine des légumineuses (lentilles, haricots rouges, pois chiche) en tant que source de protéines dans l’assiette ou en remplacement des féculents.

Les fruits et légumes

Les fruits et légumes sont une famille d’aliments riche en fibres et en micronutriments. De cette manière, ils permettent de compenser les pertes de certaines vitamines liposolubles (A, E, K) dues aux stéatorrhées. De plus, leur richesse en fibres permet d’être un accompagnement parfait des féculents afin de régulariser la glycémie. En effet, les fibres ont un rôle hypoglycémiant, ce qui permet d’éviter une hausse trop élevée de la glycémie et, de cette manière, une hypersécrétion d’insuline.

Nous vous recommandons :

  • de consommer au minimum 300 à 400 g de légumes par jour.

  • de consommer de préférence vos fruits et légumes crus afin de garder un maximum de vitamines.

  • d’avoir au minimum un fruit ou un légume à chaque repas (fruits en collation, légumes aux repas).

  • de vous orienter vers des fruits et légumes riches en vitamine A : carottes, épinard, poivron rouge, potiron, abricot, fruit de la passion, mangue.

  • de consommer des fruits et légumes riches en vitamine E : avocat, mangue, cassis, épinard, asperge, cresson.

  • de vous orienter vers des fruits et légumes riches en vitamine K : chou vert, épinard, brocolis, raison, prune, pomme.

Les produits céréaliers complets et les graines oléagineuses

Ces deux familles d’aliments sont riches en fibres et en vitamines. Attention cependant aux excès de ces aliments, car leur richesse en fibres peut s’avérer néfaste sur l’action des enzymes permettant la digestion des aliments.

Nous vous recommandons :

  • de privilégier les produits céréaliers complets (riz complet, pâtes complètes, semoule, quinoa) aux produits céréaliers raffinés, afin de diminuer l’index glycémique du repas et de compenser les pertes en vitamines liposolubles.

  • de consommer des produits céréaliers complets au minimum une fois par jour.

  • de consommer des graines oléagineuses en collation dans le but d'apporter un maximum de vitamines à l’organisme : amandes, noix du Brésil, noix de macadamia, noix de Pécan, pignons de pin, cerneaux de noix.

Les produits laitiers

Les produits laitiers sont une source non négligeable de protéines pour l’organisme. De cette manière, ils permettent de lutter contre l’amaigrissement et la dénutrition. De plus, grâce à la prescription d’enzymes gastro-protégées, les laits entiers et les fromages sont tolérés par les patients atteints de pancréatite chronique.

Nous vous recommandons :

  • de consommer 1 à 2 produits laitiers par jour afin d’optimiser les apports en protéines.

  • de consommer 30 g de fromage max par jour.

  • de privilégier les produits laitiers enrichis en vitamine D.

Petit-déjeuner :

  • Bol de lait
  • Muesli
  • Un abricot

Collation 1 :

  • Salade d'endives à l’huile d’olive

Déjeuner :

  • Filet de lieu noir
  • Pommes de terre
  • Chou-fleur

Collation 2 :

  • Yaourt nature
  • Quelques noix de Pécan

Dîner :

  • Soupe de courgettes
  • Emmental râpé
  • Crème fraîche
  • Carré de chocolat noir

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À propos de ces conseils

Cet article a été rédigé et mis à jour par Théophane de la Charie et l'équipe de la Compagnie des Sens. Depuis ses débuts, l'entreprise est composée d'une équipe d'experts (pharmaciens, ingénieurs, biochimistes, agronomes) et la pluralité des profils qui se sont succédés a permis de construire une base de connaissances qui s'enrichit continuellement. 

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