Comment vérifier la qualité d'une huile essentielle ? Est-ce à la portée de n'importe qui ou faut-il un BAC+5 en chimie organique ? Du point de vue d'un expert en aromathérapie ou d'un commerçant, les connaissances à accumuler afin de maitriser la qualité de ces produits doivent être à la fois pointues et vastes. Mais du point de vue d'un utilisateur d'huiles essentielles, il est tout à fait possible de faire la part des choses, de séparer les bons flacons des médiocres, voire des mauvais. C'est l'objectif de ce guide : vous rendre autonomes dans l'analyse critique de la qualité d'une huile essentielle.

Pourquoi existe-t-il différentes qualités ?

Les huiles essentielles sont des produits naturels, aux puissantes vertus thérapeutiques et en général d'une forte valeur marchande. L'offre disponible sur le marché des huiles essentielles est en conséquence très diverse en termes de qualité, pour 3 grandes raisons :

  • La première, c'est que la nature n'est pas une usine : elle n'est pas capable de produire 2 fois le même produit standard. Chaque plante est un organisme vivant dont le fruit sera dépendant de la génétique de la plante, de ses conditions de culture, du temps qu'il a fait, de la terre qui la nourrie, etc. Pour les huiles essentielles, cette variation naturelle de qualité est accrue par le fait que nous utilisons un extrait concentré des principes actifs de la plante. Il va de soi que cette concentration accentue encore la variabilité naturelle de chaque plante. Par l'unique intervention de la nature, les lots d'huiles essentielles portant le même nom sont souvent de qualité très différente, même issus d'une même plantation. Bien sûr, cette différence s'accentue fortement lorsque les biotopes ne sont pas les mêmes.
  • La deuxième cause de cette forte diversité de qualités, c'est la fraude. Les huiles essentielles sont particulièrement touchées par ce risque de fraude : elles sont onéreuses et viennent parfois de l'autre bout de la planète, avec de nombreux intermédiaires. Les cas de fraude sont légion, et passent souvent inaperçus jusqu'au consommateur final. Il peut s’agir de dilution avec des matières premières simples (eau, alcool, corps gras…), de mélange avec une huile essentielle proche et moins onéreuse, d'une modification de l’huile essentielle par addition de composés synthétiques ou par des procédés physiques, etc. L'imagination des fraudeurs peut aller très loin, et l'impact de la fraude est loin d'être négligeable sur la qualité moyenne des huiles essentielles.
  • Enfin, la troisième et dernière cause, c'est la diversité des modes d'utilisation des huiles essentielles. En effet, les huiles essentielles s'adressent à un panel de consommateurs très varié, aux attentes qualité très différentes. Au sommet des attentes se trouve l'aromathérapie, puis vient la cosmétique DIY, l'utilisation en diffusion d'ambiance, et l'utilisation individuelle pour produits ménagers. Cette diversité des attentes entretient de fait une diversité de qualités disponibles sur le marché.

Le sujet de la qualité des huiles essentielles est donc un sujet très critique. Il ne s'agit pas de pinaillage, mais de réels facteurs impactants. L'objectif de cet article est de vous aider à vous y retrouver si vous cherchez des huiles essentielles 100% naturelles, pures et de qualité thérapeutique. Pour en savoir plus sur les variations de qualité intrinsèques aux huiles essentielles, rendez-vous ici :

La certification BIO, absolument essentielle

Avant toute chose, précisons chimiquement les faits. Une plante contenant des pesticides donnera une huile essentielle contenant des pesticides. La distillation ne filtre pas les pesticides, et ceux-ci sont malheureusement présents dans les huiles essentielles. L’usage des pesticides en agriculture biologique est très encadré et plus restreint qu'en conventionnel : les quelques substances phytoprotectrices autorisées ont pour point commun d’être dénuées de toxicité intrinsèque. De plus, la règlementation bio impose de n’utiliser ces substances qu’en cas d’ultime recours, quand aucune autre mesure de prévention n’a pu être mise en œuvre. Contrairement à une plante cultivée de manière conventionnelle, une plante bio présente donc un risque faible de contenir des résidus de pesticides. 

D'un point de vue physiologique, il faut rappeler que la biodisponibilité des huiles essentielles est excellente : cela veut dire que les composants des huiles essentielles sont très rapidement présents dans les tissus et le réseau sanguin. C'est ce qui fait leur force, et leur toxicité potentielle. Si vous avez des pesticides dans votre flacon et que vous utilisez ce flacon à des fins thérapeutiques, vous allez donc vous administrer des pesticides (vous ne savez pas lesquels) là où ils peuvent agir directement, sans filtre. L'utilisation d'huiles essentielles non BIO (conventionnelles) pour se soigner doit donc être absolument évité, pour des raisons de santé avant tout.

Si vous recherchez une qualité thérapeutique, nous vous recommandons aussi d'éviter toute marque qui distribuerait des huiles essentielles BIO et conventionnelles selon les produits. Cela arrive souvent, ces marques adoptant le label BIO pour les références où la différence de prix est peu significative (Tea Tree, Menthe Poivrée, Ravintsara, etc.), mais bifurquant sur des huiles essentielles conventionnelles dès que l'écart de prix est plus important, pour des raisons de coût de matière première (Hélichryse Italienne, Camomilles, etc.), de difficulté d’approvisionnement, etc. C'est un signal faible pour l'ensemble de la marque, qui se situe volontairement sur un terrain moins thérapeutique (diffusion bien-être, savons, détergents, etc.).

Du point de la biodiversité, il est aussi précieux de défendre les filières BIO, qui ont l’interdiction d’utiliser des pesticides et engrais de synthèse. Et pour cause, les pesticides ont un fort impact sur la faune terrestre, les herbicides sont responsables du déclin de beaucoup de fleurs et graines indispensables à de nombreuses espèces d’insectes et d’oiseaux et les engrais azotés ont des impacts négatifs sur la biodiversité aquatique. De fait, on trouve en moyenne 30% d’espèces en plus et 50% d’individus en plus dans les parcelles en agriculture biologique que dans les parcelles conventionnelles.

Enfin, du point de vue de la maîtrise des fraudes et de la traçabilité, il faut savoir que les exigences de la certification biologique, même si elles ne sont pas suffisantes, participent à une plus grande maîtrise de la qualité des huiles essentielles. Une marque 100% BIO vous assure que des process de suivi sont en place, et que ceux-ci sont régulièrement audités (2 fois par an en moyenne). Cela permet d'éviter bon nombre de lots fraudés, beaucoup plus nombreux dans les lots conventionnels que dans les lots BIO. Par exemple, en ce moment, la quasi-totalité des lots de Gaulthérie présents sur le marché en conventionnel contiennent environ 30% de salicylate de méthyle de synthèse. En BIO, le taux de fraude sur ce produit est beaucoup plus faible.

Pour conclure : faut-il n'utiliser que des huiles essentielles BIO pour se soigner ? Pour toutes les raisons citées ci-dessus, cela semble assez évident. En allant plus loin, on pourrait même dire qu'il faut privilégier des marques ne commercialisant que des huiles essentielles BIO pour toute utilisation à but thérapeutique.

L'huile essentielle est-elle, vraiment, chémotypée ?

Le chémotype est un mot couramment employé dans le jargon de l'aromathérapie, mais son interprétation varie, et continue d'évoluer en fonction de la professionnalisation du secteur. À l'origine, ce mot désignait la distinction nécessaire qu'il fallait faire entre un Thym à Thujanol par exemple, et un Thym à Thymol, et cette distinction ne concernait donc que quelques espèces : les thyms, les romarins, les lavandes, etc.

Aujourd'hui, lorsqu'on parle d'une huile essentielle chémotypée, on parle d'une huile essentielle dont les 3 composantes suivantes sont connues du fabricant et précisées sur l'étiquette :

  • La définition botanique précise, en latin donc, incluant genre, espèce et sous-espèce ou variété (le cas échéant). Par exemple, pour un Romarin à Verbénone : Rosmarinus officinalis L. verbenoniferum, qui n'a pas du tout les mêmes propriétés qu'un Romarin à Cinéole : Rosmarinus officinalis L. cineoliferum. En France, il est devenu très rare, heureusement, de trouver des huiles essentielles qui ne font pas cette distinction. Méfiez-vous par contre de certaines grandes marques américaines qui sont aussi onéreuse que peu qualitatives.
  • Les principales molécules qu'on retrouve dans cette huile essentielle. Il s'agit d'une courte liste contenant les quelques principales molécules de ce chémotype, sans précisions sur les concentrations attendues. Un Ravintsara par exemple, devra mentionner la composition en 1,8 cinéole, en sabinène, en alpha terpinéol.
  • L'origine de la plante et donc de son huile essentielle. C'est une donnée critique qui manque souvent, et qui peut avoir un impact considérable sur le prix de l'huile essentielle. Elle est pourtant indispensable pour garantir un chémotype, et complète de façon claire et précise la liste des molécules. Une huile essentielle de Camomille Matricaire du Népal par exemple, contiendra bien de l'alpha bisabolol, mais seulement 5% au lieu de 35% dans une Camomille Matricaire de Hongrie.

Une huile essentielle chémotypée, c'est donc une huile essentielle définie, jusque sur l'étiquette, sur ces 3 critères : botanique (précisément) + composition (approximativement) + origine (précisément). Si vous ambitionnez de profiter de vertus thérapeutiques via les huiles essentielles, par voie orale ou par voie cutanée, l'utilisation d'huiles essentielles chémotypées est capitale, pour des raisons d'efficacité, mais aussi de sécurité. Vérifiez donc bien vos flacons, et privilégiez grandement les marques indiquant l'origine du lot vendu. 

Les analyses de l’huile essentielle sont-elles publiques ?

Votre huile essentielle est BIO, elle est chémotypée : c'est déjà très bien, et plutôt rare. Si vous utilisez cette huile essentielle pour purifier l'air de votre habitation avec un diffuseur, ou pour une recette de crème cosmétique DIY, c'est une qualité suffisante. Si vous attendez une utilisation thérapeutique, vous y êtes presque. Il vous reste à vérifier la transparence de la marque concernant les analyses qu'elle fait pour chaque lot.

Pourquoi est-ce important ?

  • Cela vous assure que la marque dispose d’un plan de contrôle solide. Aujourd’hui, on n’évite pas les fraudes avec de simples intuitions, ou des contrôles aléatoires. Chaque lot doit être testé, au moins pour vérifier la composition de l’huile essentielle et ses quelques composantes physiques de base (densité, indice de réfraction, etc.). Pour les huiles essentielles les plus à risques, des tests supplémentaires doivent être prévus.
  • Cela vous assure que le choix de son chémotype est pertinent ou qu'il a été travaillé, qu'il n'est pas motivé par des intérêts pécuniaires, mais par un cahier des charges précis, corroboré par des analyses publiques. La composition des huiles essentielles est de plus précisée dans la plupart des ouvrages d'aromathérapie. Cela permet aux utilisateurs de comparer avec celle mise en avant par la marque, et vérifier qu'il s'agit bien du chémotype recherché. Par exemple, une huile essentielle d'Hélichryse Italienne des Balkans peut être tout à fait chémotypée... mais ce chémotype n'est pas le bon si on souhaite bénéficier des propriétés reconnues dans les ouvrages d'aromathérapie pour l'Hélichryse Italienne.
  • Et enfin cela incite la marque à maintenir sa cohérence vis-à-vis de la qualité annoncée. Affirmer vendre la meilleure des huiles essentielles est une chose, publier volontairement ses analyses, au risque de devoir rendre des comptes, en est une autre.

De quelles analyses parle-t-on ?

Dans le cadre donné ci-dessus, les analyses suivantes devraient être effectuée et analysées pour chaque lot d'huile essentielle, afin de rejeter ceux qui ne correspondent pas aux attentes.

  • La plus importante d'entre elles est l'analyse chromatographique. C'est une analyse qui permet de connaître avec précision la composition de l'huile essentielle : quelles molécules, et en quelle quantité ? Cette analyse et son interprétation doivent être le cœur de toute démarche qualité en aromathérapie.
  • Vient ensuite le contrôle des caractères organoleptiques. Chaque huile essentielle a une couleur, une odeur et un aspect unique, identifiable parmi les autres huiles essentielles, même celles provenant de la même famille de plantes. Parfois, ce contrôle permet de détecter des qualités défaillantes que la chromatographie n'aurait pas vue.
  • Et enfin, l'analyse de certaines données physiques comme la densité, l'indice de réfraction et le pouvoir rotatoire, qui permettent à nouveau d'évincer certains lots.

Bien sûr, le plan de contrôle établit ne doit pas se réduire à ces analyses, mais en termes d'analyses systématiques, lot par lot, nous avons ici une base suffisante.

Comment fait-on pour vérifier ?

  • Les spécifications physiques et chimiques de l'huile essentielle, son cahier des charges en quelque sorte, doivent être publiques (site internet, fiches techniques, etc.).
  • Sur le flacon doit être mentionné un numéro de lot.
  • Sur le site de la marque, les résultats d'analyse du lot doivent être disponibles. Il est donc possible de les comparer au cahier des charges mis en avant.

Comme il n'existe aucun organisme certificateur pour cette exigence qualité, la transparence volontaire de la marque sur son cahier des charges et les tests qu'elle effectue pour chaque produit est décisive dans la confiance que vous pouvez lui accorder.

Si on récapitule : pour s'assurer de la qualité thérapeutique d'une huile essentielle, il est donc avant tout nécessaire qu'elle soit certifiée BIO, que son chémotype soit précisé et vérifié (qu'elle soit chémotypée), et enfin et surtout que les résultats de ses analyses soient accessibles.

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Bibliographie

Publication : Règlement d’exécution (UE) 2021/1165 de la Commission du 15 juillet 2021 autorisant l’utilisation de certains produits et substances dans la production biologique et établissant la liste de ces produits et substances (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE), (J.O. 16 juillet 2021).

Publication : Bengtsson J., Ahnstrom J., Weibull A.C., 2005. The effects of organic agriculture on biodiversity and abundance: a meta-analysis. Journal of Applied Ecology 42: 261-269.

Publication : Hole DG., Perkin, A.J., Wilson J.D., Alexander I.H., Grice P.V., Evans A.D., 2005. Does organic farming benefit biodiversity? Biological Conservation 122: 113-130.

Ouvrage : de la Charie, T. (2019). Se soigner par les huiles essentielles. Pourquoi et comment ça marche ? Editions du Rocher.