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Comment vérifier la qualité d'une huile essentielle ? Est-ce à la portée de n'importe qui ou faut-il un BAC+5 en chimie organique ? Du point de vue d'une marque d'aromathérapie, oui les connaissances à accumuler afin de maitriser la qualité de ces produits sont à la fois pointues et vastes. Mais du point de vue d'un utilisateur d'huiles essentielles, il est tout à fait possible de faire la part des choses, de séparer les bons flacons des médiocres, voire des mauvais. C'est l'objectif de ce guide : vous rendre autonomes dans l'analyse critique de la qualité d'une huile essentielle.

Pourquoi existe-t-il différentes qualités ?

Les huiles essentielles sont des produits naturels, aux puissantes vertus thérapeutiques et en général d'une forte valeur marchande. L'offre disponible sur le marché des huiles essentielles est en conséquence très diverse en termes de qualité, pour 3 grandes raisons :

  • La première, c'est que la nature n'est pas une usine : elle n'est pas capable de produire 2 fois le même produit standard. Chaque plante est un organisme vivant dont le fruit sera dépendant de la génétique de la plante, de ses conditions de culture, du temps qu'il a fait, de la terre qui la nourrie, etc. Pour les huiles essentielles, cette variation de qualité naturelle est accrue par le fait que nous utilisons un extrait concentré des principes actifs de la plante. Il va de soi que cette concentration accentue encore la variabilité naturelle de chaque plante. Par l'unique intervention de la nature, les lots d'huiles essentielles portant le même nom sont souvent de qualité très différente, même issus d'une même plantation. Bien sûr, cette différence s'accentue fortement lorsque les biotopes ne sont pas les mêmes.
  • La deuxième cause de cette forte diversité de qualités, c'est la fraude. Les huiles essentielles sont particulièrement touchées par ce risque de fraude : elles sont onéreuses et viennent parfois de l'autre bout de la planète, avec de nombreux intermédiaires. Les cas de fraude sont légion, et passent souvent inaperçus jusqu'au consommateur final. Il peut s'agir de mélange avec des huiles moins onéreuses, de mélange avec des produits de synthèse, de modification de l'huile essentielle par des procédés chimiques ou physiques, etc. L'imagination des fraudeurs peut aller très loin, et l'impact de la fraude est loin d'être négligeable sur la qualité moyenne des huiles essentielles.
  • Et enfin, la dernière cause expliquant la diversité des qualités d'huiles essentielles présentent sur le marché, c'est la diversité des modes d'utilisation des huiles essentielles. En effet, les huiles essentielles s'adressent à un panel de consommateurs très différents, aux attentes qualité très différentes. Au sommet des attentes se trouve l'aromathérapie, puis vient la cosmétique DIY, puis l'utilisation en diffusion d'ambiance, puis l'utilisation individuelle pour produits ménagers, et enfin tout en bas de l'échelle l'utilisation industrielle comme composant chimique ou comme arôme. Cette diversité des attentes entretient de fait une diversité de qualités disponibles sur le marché.

Vous comprenez désormais pourquoi le sujet de la qualité des huiles essentielles est si critique. Il ne s'agit pas de pinaillage, mais de réels facteurs très impactants. L'objectif de cet article est de vous aider à vous y retrouver si vous cherchez des huiles essentielles de qualité thérapeutique.

Premier filtre : la certification BIO, absolument essentielle

Faut-il n'utiliser que des huiles essentielles BIO pour se soigner ? Oui, bien-sûr. En allant plus loin, on pourrait même dire qu'il faut privilégier des marques ne commercialisant que des huiles essentielles BIO. Pourquoi ?

Avant toute chose, précisons chimiquement les faits. Une plante qui a été cultivée avec des pesticides donnera une huile essentielle contenant des pesticides. La distillation ne filtre pas les pesticides, et ceux-ci sont malheureusement présents dans les huiles essentielles.

D'un point de vue médical, il faut rappeler que la biodisponibilité des huiles essentielles est excellente : cela veut dire que les composants des huiles essentielles sont très rapidement présents dans les tissus et le réseau sanguin. C'est ce qui fait leur force, et leur toxicité potentielle. Si vous avez des pesticides dans votre flacon et que vous utilisez ce flacon à des fins thérapeutiques, vous allez donc vous administrer des pesticides (vous ne savez pas lesquels) là où ils peuvent agir directement, sans filtre. L'utilisation d'huiles essentielles non BIO (conventionnelles) pour se soigner doit donc être absolument évité, pour des raisons médicales avant tout.

Si vous recherchez une qualité thérapeutique, nous vous recommandons aussi d'éviter toute marque qui distribuerait des huiles essentielles BIO et conventionnelles selon les produits. Cela arrive souvent, ces marques adoptant le label BIO pour les références où la différence de prix est peu significative (Tea Tree, Menthe Poivrée, Ravintsara, etc.), mais bifurquant sur des huiles essentielles conventionnelles dès que l'écart de prix est plus important (Hélichryse Italienne, Camomilles, etc.). C'est un signal faible pour l'ensemble de la marque, qui pointe un désintérêt de l'entreprise pour votre santé, ou que celle-ci se situe volontairement sur un terrain moins thérapeutique (diffusion bien-être, savons, détergents, etc.).

Du point de vue de la biodiversité, il est aussi précieux de défendre les filières BIO. En effet, tant qu'elle n'est pas gérée en monoculture conventionnelle, la filière de production des huiles essentielles est fortement bénéfique pour l'environnement et la protection des écosystèmes, en donnant une forte valeur marchande aux produits agricoles de qualité. Si le label BIO n'est pas une garantie absolue que tout est fait parfaitement, il permet la mise en place de garde-fous précieux.

Et enfin, d'un point de vue traçabilité et contrôle de la fraude, il faut savoir que les cahiers des charges des certificateurs, même s'ils ne sont pas suffisants, participent à une plus grande maitrise de la qualité des huiles essentielles. Une marque 100% BIO vous assure que des process de suivi sont en place, et que ceux-ci sont régulièrement audités (2 fois par an en moyenne). Cela permet d'éviter bon nombre de lots fraudés, beaucoup plus nombreux dans les lots conventionnels que dans les lots BIO. Par exemple, en ce moment, la quasi-totalité des lots de Gaulthérie présents sur le marché en conventionnel contiennent environ 30% de salicylate de méthyle de synthèse. En BIO, le taux de fraude sur ce produit est beaucoup plus faible.

Deuxième filtre : l'huile essentielle est-elle, vraiment, chémotypée ?

Le chémotype est un mot couramment employé dans le jargon de l'aromathérapie, mais son interprétation varie, et continue d'évoluer en fonction de la professionnalisation du secteur. À l'origine, ce mot désignait la distinction nécessaire qu'il fallait faire entre un Thym à Thujanol par exemple, et un Thym à Thymol, et cette distinction ne concernait donc que quelques espèces : les thyms, les romarins, les lavandes, etc.

Aujourd'hui, lorsqu'on parle d'une huile essentielle chémotypée, on parle d'une huile essentielle dont les 3 composantes suivantes sont connues du fabricant et précisées sur l'étiquette :

  • La définition botanique précise, en latin donc, incluant espèce et sous-espèce (le cas échant), ainsi que de la variété. Par exemple, pour un Romarin à Verbénone : Rosmarinus officinalis L. verbenoniferum, qui n'a pas du tout les mêmes propriétés qu'un Romarin à Cinéole : Rosmarinus officinalis L. cineoliferum. En France, il est devenu très rare, heureusement, de trouver des huiles essentielles qui ne font pas cette distinction. Méfiez-vous par contre de certaines grandes marques américaines qui sont aussi onéreuse que peu qualitatives.
  • Les principales molécules qu'on retrouve dans cette huile essentielle. Il s'agit d'une courte liste contenant les quelques principales molécules de ce chémotype, sans précisions sur les concentrations attendues. Un Ravintsara par exemple, devra mentionner la composition en 1,8 cinéole, en sabinène, en alpha terpinéol.
  • L'origine de l'huile essentielle. C'est très souvent cette donnée qui manque, et pour cause : elle a un impact considérable sur le prix des huiles essentielles. Cette donnée est pourtant essentielle pour garantir un chémotype, de façon plus claire et surtout plus précise que la liste de molécules. Une huile essentielle de Camomille Matricaire du Népal par exemple, contiendra bien de l'alpha bisabolol, mais seulement 5% au lieu de 35% dans une Camomille Matricaire de Hongrie.

Une huile essentielle chémotypée, c'est donc une huile essentielle définie, jusque sur l'étiquette, sur ces 3 critères : botanique (précisément) + composition (approximativement) + origine (précisément). Si vous ambitionnez de profiter de vertus thérapeutiques via les huiles essentielles, par voie orale ou par voie cutanée, l'utilisation d'huiles essentielles chémotypées est capitale, pour des raisons d'efficacité, mais aussi de sécurité. Vérifiez donc bien vos flacons, et privilégiez grandement les marques indiquant l'origine du lot vendu. 

Troisième filtre : avez-vous accès aux analyses des fabricants ?

Votre huile essentielle est BIO, elle est chémotypée : c'est déjà très bien, et plutôt rare. Si vous utilisez cette huile essentielle pour purifier l'air de votre habitation avec un diffuseur, ou pour une recette de crème cosmétique DIY, c'est une qualité suffisante. Si vous attendez une utilisation thérapeutique, vous y êtes presque. Il vous reste à vérifier la transparence de la marque concernant les analyses qu'elle fait pour chaque lot.

Pourquoi est-ce important ?

  • Cela vous assure que son filtre anti-fraude est solide (la certification BIO est bonne de ce point de vue, mais pas suffisante). Aujourd'hui, on n'évite pas les fraudes avec de simples relations de confiance, ou des tests aléatoires. Chaque lot doit être testé, au moins pour vérifier la composition de l'huile essentielle et ses quelques composantes physiques de base (densité, indice de réfraction, etc.).
  • Cela vous assure que le choix de son chémotype est bon, qu'il n'est pas motivé par des intérêts pécuniaires, mais par un cahier des charges précis et des analyses publiques. Par exemple, une huile essentielle d'Hélichryse Italienne des Balkans peut être tout à fait chémotypée... mais ce chémotype n'est pas le bon si on souhaite bénéficier des propriétés reconnues dans les ouvrages d'aromathérapie pour l'Hélichryse Italienne.

De quelles analyses parle-t-on ?

Dans le cadre donné ci-dessus, les analyses suivantes devraient être effectuée et analysées pour chaque lot d'huile essentielle, afin de rejeter ceux qui ne correspondent pas aux attentes.

  • La plus importante d'entre elles est l'analyse chromatographique. C'est une analyse qui permet de savoir avec une bonne précision la composition de l'huile essentielle : quelles molécules, et en quelle quantité ? Cette analyse et son interprétation doivent être le cœur de toute démarche qualité en aromathérapie.
  • Viennent ensuite les contrôles des caractères organoleptiques. Chaque huile essentielle a une couleur, une odeur et un aspect unique, identifiable parmi les autres huiles essentielles, même celles provenant de la même famille de plantes. Parfois, ce contrôle permet de détecter des qualités défaillantes que la chromatographie n'aurait pas vue.
  • Et enfin, l'analyse de certaines données physiques comme la densité, l'indice de réfraction et le pouvoir rotatoire, qui permettent à nouveau d'évincer certains lots.

Bien sûr, le plan de contrôle de la marque ne doit pas se réduire à ces analyses, mais en terme d'analyses systématiques, lot par lot, vous avez ici une base suffisante.

Comment fait-on pour vérifier ?

  • Sur le site de la marque, vous devez avoir pour chaque produit les attentes physiques et chimiques de la marque pour cette huile essentielle, son cahier des charges en quelque sorte.
  • Sur votre flacon, vous devez avoir un numéro de lot.
  • Sur le site de la marque toujours, vous devez avoir les résultats d'analyse de votre lot, que vous pouvez donc comparer par vous-même au cahier des charges de la marque.

Comme il n'existe aucun organisme certificateur pour cette exigence qualité, la transparence volontaire de la marque sur son cahier des charges et les tests qu'elle effectue pour chaque produit est décisive dans la confiance que vous pouvez lui accorder.

Quels facteurs font varier naturellement la qualité d'une huile essentielle ?

Lorsqu'on parle de variation naturelle ici, c'est pour exclure la fraude volontaire. Qu'est-ce qui fait varier la qualité d'une huile essentielle, indépendamment de toute volonté néfaste ou frauduleuse d'un acteur de la chaine de valeur ? L'objectif est ici de vous faire toucher du doigt, de façon plus concrète, l'extrême variabilité naturelle de la qualité des huiles essentielles, grâce à de nombreux exemples.

Une espèce, des sous-espèces...

À la base de cette diversité de qualité... une immense diversité botanique. Et à la base de cette diversité botanique, une diversité géographique. Reposons le contexte rapidement.

  • Lorsqu'on parle d'Hélichryse, on parle d'un genre botanique. Ce n'est bien entendu par précis du tout, et ce genre contient des plantes qui ne peuvent pas se reproduire entre elles : elles ne sont pas de la même espèce. On trouve donc par exemple l'Hélichryse Italienne et l'Hélichryse de Madagascar. Ces plantes produisent tout simplement des huiles essentielles qui n'ont rien à voir.
  • Parlons donc maintenant d'Hélichryse Italienne (Helichrysum Italicum) : il s'agit donc d'une espèce bien définie. Cependant, au sein de cette espèce, on aura à nouveau une forte diversité génétique, souvent conséquente d'une diversité géographique. Selon le sol et le climat où cette espèce s'est développée, la génétique de la plante s'est adaptée et donné naissance à plusieurs sous-espèces. Les différents membres d'une espèce peuvent normalement se reproduire ensemble.
  • Et maintenant lorsque l'on parle d'Hélychrisum Italicum Italicum, on a affaire à une sous-espèce de l'Hélichryse Italienne. Une sous-espèce est fortement liée à une zone géographique, et donc à un climat et une terre.

Une bonne huile essentielle, c'est donc une huile essentielle de la bonne espèce bien sûr, mais surtout aussi de la bonne variété, de la bonne sous-espèce. L'impact du choix de la sous-espèce, de la variété de la plante est considérable sur la composition biochimique des huiles essentielles.

Pour poursuivre jusqu'au bout notre exemple d'Hélichryse Italienne, vous aurez sur le marché français deux sous-espèces : italicum ssp. italicum et italicum ssp serotinum. La première d'entre elles pousse en Corse, en Italie occidentale, et depuis peu dans sud de la France. La deuxième pousse dans les Balkans. Leurs compositions sont très différentes (l'actétate de néryle passe de 30% à 5%, par exemple), et celle qui correspond aux propriétés répertoriées depuis des décennies dans les ouvrages d'aromathérapie scientifique est sans conteste l'hélichrysum italicum italicum.

Au travers de cet exemple, vous avez donc une belle démonstration de la richesse de la nature, mais donc aussi de la folle diversité des huiles essentielles, pour des raisons purement botaniques.

L'importance du terroir

Lorsque deux plantes sont catégorisées dans deux sous-espèces différentes, c'est que leur génétique a divergé, souvent en raison de 2 terroirs bien différents. Mais qu'il y ait où non une mutation génétique, le lieu de culture de la plante aromatique impacte fortement la composition d'une huile essentielle. Vous pouvez donc avoir deux huiles essentielles aux compositions bien différentes, portant pourtant rigoureusement le même nom. La composition du sol et le climat jouent un rôle décisif dans la sécrétion de molécules aromatiques par la plante, et c'est logique :

  • d'une part la plante dépend des composants qu'elle trouve dans le sol pour se développer et elle s'adaptera aux différentes carences/abondances,
  • d'autre part il ne faut pas oublier que les huiles essentielles sont bien souvent une défense naturelle des plantes au regard des agressions extérieures, qu'elles soient climatiques (sécheresse), fongiques, bactériennes, animales (insectes, herbivores), etc. Une modification de l'agressivité de l'écosystème impactera donc sérieusement la composition en huiles essentielles de la plante.

Par exemple, si vous plantez un thym à thujanol dans une terre non adaptée, son taux de thujanol aura tendance à baisser au fur et à mesure des années, au profit d'autres molécules, comme du linalol ou du thymol. Autre exemple, la Camomille Matricaire que vous trouvez au Népal n'a pas formé une sous-espèce distincte de celle qu'on trouve dans les Balkans, mais produit une huile essentielle 5 fois moins concentrée en alpha-bisabolol (un de ses actifs prioritaires).

Le mode de culture, le talent de l'agriculteur

On a déjà parlé de l'agriculture biologique, et c'est un aspect fondamental. La question des pesticides n'est cependant pas le seul paramètre lié aux modes de culture pouvant faire varier la qualité des huiles essentielles. Voici une liste non exhaustive de quelques impacts potentiels majeurs :

  • L'arrosage, par la pluie ou le cultivateur, est très impactant sur le rendement des plantes aromatiques et la qualité des huiles essentielles. Avant une récolte de lavande par exemple, faire subir un stress hydrique en privant la plante d'eau permet la sécrétion d'une huile essentielle plus abondante et de meilleure qualité. 
  • Le moment de la récolte est aussi capital dans de nombreux cas. Durant la vie de la plante, la composition des huiles essentielles varie fortement, et il s'agit donc d'opérer le prélèvement au moment stratégique. Par exemple, il est recommandé de cueillir la Rose de Damas tôt le matin, après la rosée, alors que le Thym sauvage se cueille l'après midi. De manière plus générale, l'agriculteur doit savoir repérer le moment propice où la plante doit être collectée, et c'est un véritable savoir-faire.
  • Les modes de récolte varient aussi, parfois en raison des différents degrés de mécanisation (une machine ne fera jamais exactement comme un homme), mais aussi de choix d'efficacité vs qualité. Prenons à nouveau l'exemple de la Lavande Vraie, récoltée en broyant fleurs et tiges ensemble, contrairement à la Lavande Fine AOP Provence, dont on fait sécher les sommités fleuries au soleil avant de ne récolter que les fleurs séchées. 

La distillation

Bien sûr, la distillation n'est pas un procédé naturel, mais la façon dont elle se déroule fait varier la qualité d'une huile essentielle, sans qu'il y ait nécessairement volonté de fraude ou de baisse volontaire de la qualité. Rappelons-le en 2 mots, la distillation permet, grâce à un puissant flux de vapeur d'eau, d'arracher les particules aromatiques à la plante. La vapeur d'eau ainsi chargée va être ensuite re-condensée afin de pouvoir déparer l'huile essentielle de son hydrolat.

Il faut comprendre que les huiles essentielles sont toujours distillées dans la région de production de la plante, afin d'éviter de déplacer des tonnes de plantes fraiches inutilement. Les matériels utilisés, les procédés et l'expertise des distillateurs sont donc très variables d'une huile essentielle à l'autre. Voici quelques exemples de critères impactant sérieusement la composition finale de l'huile essentielle :

  • le métal de l’alambic (inox ou cuivre en général) ;
  • la durée de la distillation (parfois, pour des questions de rendement, la distillation peut être écourtée, au grand dam de certaines molécules tardives) ;
  • la maitrise de la température de chauffe ainsi que de la pression, qui a un impact direct sur l'oxydation de certaines molécules (voire dans certains cas extrêmes leur combustion) ;
  • le type de chauffage utilisé (gaz, pellets, bois ou électricité) ;
  • la composition de l’eau utilisée (pas trop calcaire notamment).

Ces quelques critères sont bien sûr très variables d'une région à l'autre (ce qui renforce la forte nécessité de connaitre le lieu de production de votre huile essentielle) : il est évident qu'on ne distille pas de la même manière dans la brousse du sud-est de Madagascar et en Drôme Provençale.

Au-delà de la distillation elle-même, le voyage de l'huile essentielle peut aussi être le théâtre de modifications involontaires de la qualité de l'huile essentielle, à cause des différents contenants utilisés, du temps de stockage, etc. Mais c'est surtout durant ce voyage, et en passant de main en main... que le produit sera susceptible d'être volontairement modifié pour des questions pécuniaires. Après avoir passé en revue les principales causes naturelles et non volontaire de variation de qualité des huiles essentielles, attaquons maintenant le sujet épineux de la fraude.

La fraude et les huiles essentielles : une histoire sans fin

Les huiles essentielles sont des produits onéreux, dont la production est parfois insuffisante pour satisfaire tout le marché, elles sont produites dans de nombreux pays différents, dont certains très pauvres, et elles passent souvent dans de nombreuses mains avant d'atterrir dans les vôtres. Tout ce qu'il faut pour favoriser un maximum de fraudes ! Dans l'immense majorité des cas, les cas de fraudes sont le fait des intermédiaires, et non des producteurs qui aiment naturellement leur produit, et qui gagnent correctement leur vie avec les huiles essentielles sans avoir besoin de tricher. Voici un aperçu des deux principaux modes de fraude que l'on croise régulièrement : la dilution et la rectification.

Mélanger les huiles essentielles avec autre chose... moins cher

"Autre chose", ce n'est pas très précis. C'est qu'en matière de dilution, les possibilités sont nombreuses. Les huiles essentielles sont parfois diluées par un intermédiaire afin que celui-ci augmente sa marge, et voici une liste des produits pouvant servir à cette opération :

  • Dilution dans une autre huile essentielle moins onéreuse. C'est fréquemment le cas pour les huiles essentielles d'agrumes par exemple, dont la composition et l'odeur sont parfois proches. Autre exemple : l'huile essentielle de Rose, diluée dans un peu d'huile essentielle de Palmarosa.
  • Dilution dans une huile végétale. Cette opération peut concerner toutes les huiles essentielles : le fraudeur ajoute des corps gras dans l'huile essentielle, les 2 substances se mélangeant très bien, et l'huile végétale ayant une odeur facilement masquée par celle de l'huile essentielle.
  • Dilution dans un produit de synthèse. Que ce soit pour masquer une dilution avec une autre huile essentielle en ajoutant des molécules de synthèse, ou tout simplement pour faire du volume moins onéreux, des molécules de synthèse sont parfois ajoutées à des huiles essentielles naturelles. Sur la Gaulthérie Odorante du Népal par exemple, la fraude au salicylate de méthyle est massive. 
  • Dilution dans une huile minérale, voire carrément de l'huile de vidange. Vu à Madagascar... Heureusement, cette fraude est de plus en plus rare. Elle provoque en effet une toxicité potentielle que l'utilisateur est bien incapable d'anticiper.

Rectifier une huile essentielle en laboratoire

Il est relativement aisé de modifier la composition d'une huile essentielle artificiellement, soit par un ajout de molécules comme vu précédemment, soit par la suppression d'une molécule gênante. Il y a de nombreuses raisons qui peuvent amener à vouloir supprimer une molécule d'une huile essentielle :

  • Baisser sa toxicité : non frauduleux, c'est le cas par exemple de la Bergamote sans bergaptène ;
  • Corriger un lot naturellement de mauvaise qualité, pratique frauduleuse bien-sûr ;
  • Pour faire passer une huile essentielle pour une autre : de nombreux lots d'Eucalyptus Radiata sur le marché sont donc en réalité des Eucalyptus Globulus rectifiés, de nombreuses Menthe Poivrée sont en réalité des Menthes des Champs dé-mentholées ;
  • Pour masquer une dilution dans un autre produit qui a laissé des traces. C'est le cas par exemple de la Gaulthérie précédemment citée, dont on fait disparaitre le 4-Hydroxyisophtalate de diméthyle manifestant l'ajout de salicylate de méthyle synthétique.

Est-ce que ça arrive souvent ?

La fréquence des fraudes est extrêmement variable selon les circonstances :

  • il y a beaucoup plus de fraudes en conventionnel que dans les filières BIO ;
  • le risque de fraude lorsque le laboratoire est en direct avec le producteur est faible, mais il est beaucoup plus élevé avec l'arrivée des intermédiaires ;
  • le risque de fraude est plus élevé dans un pays pauvre que dans un pays riche ;
  • conséquence des 2 points précédents, le risque de fraude pour une huile essentielle française est très faible (voire inexistant), il augmente avec l'import ;
  • le risque de fraude est beaucoup plus élevé pour une matière chère (la Rose de Damas est très fraudée, le Niaouli très peu) ;
  • et avant tout autre facteur, le risque de fraude augmente si la marque n'est pas vigilante et ne possède pas un plan de contrôle solide.

Concernant ce dernier point, et pour conclure, il faut bien comprendre qu'une marque qui sélectionne ses lots d'huiles essentielles par leur prix attirera à elle tous les lots frauduleux comme un aimant (ils sont bien entendu moins chers).

Il n'est donc pas possible de répondre à cette question par un unique pourcentage, mais voici deux situations extrêmes vous permettant de vous faire une idée :

  • Une Gaulthérie Odorante du Népal conventionnelle, achetée à un intermédiaire par une marque choisissant systématiquement le lot le moins cher : risque de fraude 99%.
  • Une Lavande Fine de Provence BIO, achetée directement à son producteur par une marque l'ayant habitué un plan de contrôle sérieux : risque de fraude 0%.

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Bibliographie

Ouvrage : de la Charie, T. (2019). Se soigner par les huiles essentielles. Pourquoi et comment ça marche ? Editions du Rocher.

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Cet article a été rédigé et mis à jour par . Depuis ses débuts, l'entreprise a toujours été composée d'une équipe d'experts (pharmaciens, ingénieurs, biochimistes, agronomes) et la pluralité des profils qui se sont succédés a permis de construire une base de connaissances qui s'enrichit continuellement. Aujourd'hui encore, notre équipe pluridisciplinaire travaille à temps plein pour améliorer l'expertise de nos contenus et la qualité de nos produits . Pour en savoir plus : comment sont rédigés nos conseils ?