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Les huiles essentielles sont des produits naturels puissants : elles concentrent toutes les molécules aromatiques des plantes dont elles sont issues. Leur qualité est toutefois loin d'être homogène, et peut être liée à de nombreux facteurs, qu'ils soient naturels ou non. En effet, la production d'huile essentielle nécessitant à la fois le travail de la nature mais aussi celui de l'homme, le résultat peut être fantastique comme désastreux, et surtout très variable.

Une grande diversité botanique

La qualité des huiles essentielles peut être impactée tout au long de la vie de la plante. En effet, avant d'être distillée, les plantes aromatiques produisent des huiles essentielles avant tout dans leur propre intérêt : pour se protéger, attirer les insectes pollinisateurs ou encore communiquer entre elles. Ainsi, les premiers facteurs pouvant faire varier la qualité d'une huile essentielle sont intrinsèques à la plante : l'espèce botanique dont il est question, et le terroir dans lequel elle va pousser.

Une espèce, des sous-espèces...

À la base de cette diversité de qualité... une immense diversité botanique. Et à la base de cette diversité botanique, une diversité géographique. Reposons le contexte rapidement.

  • Lorsqu'on parle d'Hélichryse, Helichrysum, on parle d'un genre botanique. Ce n'est bien entendu pas précis du tout, et ce genre contient des plantes qui ne peuvent pas se reproduire entre elles : elles ne sont pas de la même espèce. On trouve donc par exemple l'Hélichryse Italienne et l'Hélichryse de Madagascar. Ces plantes produisent tout simplement des huiles essentielles qui n'ont rien à voir.
  • Parlons donc maintenant d'Hélichryse Italienne (Helichrysum italicum) : on a ici une espèce bien définie, italicum. Cependant, au sein de cette espèce, on aura à nouveau une forte diversité génétique, souvent conséquente d'une diversité géographique. Selon le sol et le climat où cette espèce s'est développée, la génétique de la plante s'est adaptée et a donné naissance à plusieurs sous-espèces. Les différents membres au sein d'une même espèce peuvent normalement se reproduire ensemble.
  • Et maintenant lorsque l'on parle d'Helychrisum italicum subsp. italicum, on a affaire à une sous-espèce (subsp) de l'Hélichryse Italienne. Une sous-espèce est fortement liée à une zone géographique, et donc à un climat et une terre.

Une bonne huile essentielle, c'est donc une huile essentielle de la bonne espèce bien sûr, mais aussi et surtout de la bonne variété, de la bonne sous-espèce. L'impact du choix de la sous-espèce, de la variété de la plante est considérable sur la composition biochimique de l'huile essentielle.

Pour poursuivre jusqu'au bout notre exemple d'Hélichryse Italienne, vous aurez sur le marché français deux sous-espèces : italicum subsp. italicum et italicum subsp. serotinum. La première d'entre elles pousse en Corse, en Italie occidentale, et depuis peu dans sud de la France. La deuxième pousse dans les Balkans. Leurs compositions sont très différentes (l'acétate de néryle passe de 30% à 5%, par exemple), et celle qui correspond aux propriétés répertoriées dans les ouvrages d'aromathérapie scientifique est bien souvent Helichrysum italicum subsp. italicum.

Au travers de cet exemple, on a donc une belle démonstration de la richesse de la nature, et de la folle diversité des huiles essentielles, pour des raisons purement botaniques.

L'importance du terroir

Lorsque deux plantes sont catégorisées dans deux sous-espèces différentes, c'est que leur génétique a divergé, souvent en raison de 2 terroirs bien différents. Mais qu'il y ait ou non une mutation génétique, le lieu de culture de la plante aromatique impacte fortement la composition d'une huile essentielle. On peut donc avoir deux huiles essentielles aux compositions bien différentes, portant rigoureusement le même nom. La composition du sol et le climat jouent un rôle décisif dans la sécrétion de molécules aromatiques par la plante, et c'est logique :

  • d'une part la plante dépend des composants qu'elle trouve dans le sol pour se développer et elle s'adaptera aux différentes carences/abondances,
  • d'autre part il ne faut pas oublier que les huiles essentielles sont bien souvent une défense naturelle des plantes au regard des agressions extérieures, qu'elles soient climatiques (sécheresse), fongiques, bactériennes, animales (insectes, herbivores), etc. Une modification de l'agressivité de l'écosystème impactera donc sérieusement la composition en huiles essentielles de la plante.

Par exemple, si un thym à thujanol est planté sur un sol non adapté, son taux de thujanol aura tendance à baisser au fur et à mesure des années, au profit d'autres molécules, comme du linalol ou du thymol. Autre exemple, la Camomille Matricaire retrouvée au Népal n'a pas formé une sous-espèce distincte de celle qu'on trouve dans les Balkans, mais produit une huile essentielle 5 fois moins concentrée en alpha-bisabolol (une de ses molécules majeures).

Des modes de production variables

Si certains facteurs sont naturels dans la variation de la qualité des huiles essentielles, d'autres peuvent directement être liés à l'activité de l'homme. C'est notamment le cas lorsque la plante est cultivée, et donc que son bon développement (et surtout celui de son huile essentielle) est dépendant du savoir-faire de l'agriculteur. C'est également le cas lors de la distillation, étape clé pour l'extraction des huiles essentielles.

Le mode de culture, le savoir-faire de l'agriculteur

Il est avant toute chose essentiel de privilégier l'agriculture biologique, pour limiter au maximum le risque de retrouver des résidus de pesticides dans l'huile essentielle. La question des pesticides n'est cependant pas le seul paramètre lié aux modes de culture pouvant faire varier la qualité des huiles essentielles. Voici une liste non exhaustive de quelques impacts potentiels majeurs :

  • L'arrosage, par la pluie ou le cultivateur, est très impactant sur le rendement des plantes aromatiques et la qualité des huiles essentielles. Avant une récolte de lavande par exemple, faire subir un stress hydrique en privant la plante d'eau permet la sécrétion d'une huile essentielle plus abondante et de meilleure qualité. 
  • Le moment de la récolte est aussi capital dans de nombreux cas. Durant la vie de la plante, la composition des huiles essentielles varie fortement, et il s'agit donc de procéder à la récolte au moment stratégique. Par exemple, il est recommandé de cueillir la Rose de Damas tôt le matin, après la rosée, alors que le Thym sauvage se cueille l'après-midi. De manière plus générale, l'agriculteur doit savoir repérer le moment propice où la plante doit être collectée, et c'est un véritable savoir-faire.
  • Les modes de récolte varient aussi, parfois en raison des différents degrés de mécanisation (une machine ne fera jamais exactement comme un homme), mais aussi de choix d'efficacité vs qualité. Prenons à nouveau l'exemple de la Lavande Vraie, souvent distillée en "vert broyé", c'est à dire en récoltant et broyant fleurs et tiges fraîches ensemble, contrairement à la Lavande Fine AOP de Haute Provence, dont les sommités fleuries sont préfanées, c'est à dire séchées au soleil pendant quelques jours avant distillation.

La distillation

La façon dont se déroule la distillation fait varier la qualité d'une huile essentielle, sans qu'il y ait nécessairement volonté de fraude ou de baisse volontaire de la qualité. Rappelons-le en 2 mots, la distillation permet, grâce à un puissant flux de vapeur d'eau, d'extraire les molécules aromatiques d'une plante aromatique. La vapeur d'eau ainsi chargée va être ensuite condensée afin d'obtenir l'huile essentielle et son hydrolat, qui se sépareront ensuite naturellement selon leur densité.

Les huiles essentielles sont toujours distillées dans la région de production de la plante, afin d'éviter de déplacer des tonnes de plantes fraîches inutilement. Les matériels utilisés, les procédés et l'expertise des distillateurs sont donc très variables d'une huile essentielle à l'autre. Voici quelques exemples de critères impactant sérieusement la composition finale de l'huile essentielle :

  • le métal de l’alambic (inox ou cuivre alimentaire en général) ;
  • la durée de la distillation (elle doit être optimale : suffisamment longue pour extraire le totum des molécules aromatiques de la plante, mais pas trop pour éviter les réactions d’hydrolyse et une perte de fraîcheur des arômes) ;
  • la quantité de vapeur, qui doit être la plus constante et la plus « sèche » possible afin de limiter les phénomènes d’hydrolyse (altération des molécules par l’eau) ;
  • la maitrise de la température (ne pas dépasser 100°C dans la cuve) et de la pression (maximum 0,5 bars dans la cuve), qui a un impact direct sur la qualité de la vapeur produite ;
  • le type de chauffage utilisé (gaz, pellets, bois ou électricité) ;
  • le nettoyage de l'équipement (risques de contaminations croisées) ;
  • Le processus de filtration de l’huile essentielle après distillation, afin d’éliminer les éventuels résidus de plante ;
  • le processus de décantation entre l'huile essentielle et l'hydrolat après distillation ;
  • le processus d’aération de l’huile essentielle (la température d'extraction proche des 100°C demande à l'huile essentielle de se reposer un jour ou deux dans des bouteilles non bouchées, mais pas plus longtemps pour éviter les risques d'oxydation)
  • la composition de l’eau utilisée (pas trop calcaire notamment).

Ces quelques critères sont bien sûr très variables d'une région à l'autre, ce qui renforce la forte nécessité de connaitre le lieu de production de l'huile essentielle : il est évident qu'on ne distille pas de la même manière dans la brousse du sud-est de Madagascar et en Drôme Provençale.

Au-delà de la distillation elle-même, le voyage de l'huile essentielle peut aussi être le théâtre de modifications involontaires de la qualité de l'huile essentielle, à cause des différents contenants utilisés, du temps de stockage, etc. Mais c'est surtout durant ce voyage, et en passant de main en main que le produit sera susceptible d'être volontairement modifié pour des questions pécuniaires.

Des fraudes et des falsifications courantes

Les huiles essentielles sont des produits onéreux, dont la production est parfois insuffisante pour satisfaire tout le marché. Elles sont produites dans de nombreux pays différents, dont certains très pauvres, et elles passent souvent dans de nombreuses mains avant d'atterrir dans celles du consommateur final. Tout est réuni pour favoriser un maximum de fraudes ! Dans l'immense majorité des cas, les falsifications proviennent des intermédiaires, et non des producteurs qui aiment naturellement leur produit. Voici un aperçu des deux principaux modes de fraude que l'on croise régulièrement : la dilution, la modification et la reconstitution.

Diluer une huile essentielle avec autre chose

"Autre chose", ce n'est pas très précis, et pour cause : en matière de dilution, les possibilités sont nombreuses. Les huiles essentielles sont parfois diluées par un intermédiaire afin que celui-ci augmente sa marge. Voici une liste des adultérants pouvant servir à cette opération :

  • Dilution dans de l’eau : bien que non miscibles dans l’eau, les huiles essentielles peuvent malgré tout supporter l’ajout de 5 à 10% d’eau. Il s’agit toutefois d’une fraude grossière, facilement détectable par décantation.
  • Dilution dans de l’alcool : il est également possible d’ajouter de l’éthanol. Cette incorporation est plus facile à effectuer car les huiles essentielles y sont miscibles. En revanche, la fraude est facilement détectable si le pourcentage d’éthanol ajouté n’est pas adapté à la nature de l’huile essentielle falsifiée. Par exemple, l’huile essentielle de Patchouli peut être diluée dans 10 volumes d’éthanol à 90° (pour 1 volume d’huile essentielle) sans devenir trouble, tandis que l’huile essentielle de Lemongrass n’en supporte que 3.
  • Dilution dans un corps gras : cette opération peut concerner toutes les huiles essentielles : le fraudeur ajoute un corps gras, ce dernier se mélangeant très bien et ayant une odeur facilement masquée par celle de l’huile essentielle. La typologie des corps gras utilisés pour diluer les huiles essentielles est très variée : de la plus banale et toxique huile de vidange, aux plus sophistiqués solvants de parfumerie, en passant par des huiles minérales ou des huiles végétales (le plus souvent du colza).
  • Dilution dans une huile essentielle non bio : cette opération ne concerne évidemment que les huiles essentielles certifiées biologiques, que les fraudeurs pourraient être tentés de diluer avec la même huile essentielle en qualité conventionnelle.
  • Dilution dans une huile essentielle moins onéreuse : c’est fréquemment le cas pour les huiles essentielles d’agrumes par exemple : riches en limonène, elles sont aisément diluées avec de l’huile essentielle d’orange douce, la plus concentrée et moins chère d’entre elles.

Modifier une huile essentielle en laboratoire

Il est relativement aisé de modifier la composition d'une huile essentielle artificiellement, soit par un ajout de molécules, soit par la suppression d'une molécule gênante. Il y a de nombreuses raisons qui peuvent amener à modifier la nature d’une huile essentielle :

  • Pour baisser sa toxicité : cette rectification n’est en général pas frauduleuse, puisque non effectuée pour des raisons pécuniaires, mais plutôt pour s’adapter à l’utilisation finale de l’huile essentielle. C’est le cas par exemple de la Bergamote sans Bergaptène, re-distillée pour supprimer le bergaptène, photosensibilisant pouvant poser problème en cas d’application cutanée.
  • Pour corriger un écart d’analyse : cette falsification consiste à ajouter une molécule synthétique à une huile essentielle naturellement de mauvaise qualité. Par exemple, l’huile essentielle de Citron produite en été est généralement plus pauvre en citral. Le prix de cette huile essentielle étant corrélé avec son pourcentage de citral, le fraudeur pourrait être tenté d’ajouter du citral d’origine synthétique.
  • Pour la faire passer pour une autre : les principales molécules des huiles essentielles d’Eucalyptus Globulus et Radiata ne diffèrent que par l’α-terpinéol contenu en plus dans l’huile essentielle d’Eucalyptus Radiata. Certains sont donc tentés d’ajouter de l’α-terpinéol à l’huile essentielle d’Eucalyptus Globulus afin de la faire passer pour de l’huile essentielle d’Eucalyptus Radiata. Dans le même esprit, de nombreux lots d’huile essentielle de Menthe Poivrée sur le marché sont en fait de l’huile essentielle de Menthe des Champs démentholée.
  • Pour masquer une falsification qui a laissé des traces : l’ajout de certains adultérants, peut entraîner un « aplanissement » voire une modification de l’odeur de l’huile essentielle initiale. Pour corriger ce problème, les fraudeurs utilisent des correcteurs d’odeur, c’est-à-dire des composés olfactifs très puissants incorporés en quantités infimes de manière à ce qu’ils soient indétectables. Par exemple, l’huile essentielle de Cyprès est souvent falsifiée par l’ajout d’α-pinène et de δ-3-carène de synthèse. Cet ajout donne une odeur « terpénique » à l’huile essentielle. Du (2E,4Z)-deca-2,4-dienyl-isovalerate (molécule isolée au laboratoire à partir de pousses de Cyprès) est donc ajouté pour corriger l’odeur de l’huile essentielle de Cyprès falsifiée.

Reconstituer une huile essentielle

Les huiles essentielles naturelles sont généralement constituées de quelques composants majoritaires accompagnés de très nombreuses molécules présente en faibles quantités, voire à l’état de traces. Cependant, certaines font exception et sont constituées à 90% ou plus d’un unique composé majoritaire. Si ce composé est synthétisable, il est donc aisé de « reconstituer » l’huile essentielle en laboratoire par assemblage de composés synthétiques. C’est le cas de l’huile essentielle de Gaulthérie Odorante, constituée à plus de 95% de salicylate de méthyle, qui est très souvent substituée par du salicylate de méthyle de synthèse.

Est-ce que ça arrive souvent ?

Il n'est pas possible de donner un pourcentage précis de la fréquence des fraudes. Cela peut être extrêmement variable selon les circonstances, mais on peut estimer que :

  • le risque de fraude est généralement plus élevé en conventionnel que dans les filières BIO ;
  • le risque de fraude est faible lorsque le laboratoire est en direct avec le producteur, mais il est beaucoup plus élevé avec l'arrivée d'intermédiaires ;
  • le risque de fraude est globalement plus élevé dans un pays pauvre que dans un pays riche ;
  • conséquence des 2 points précédents : le risque de fraude pour une huile essentielle française est très faible (voire inexistant), il augmente avec l'import ;
  • le risque de fraude est beaucoup plus élevé pour une matière rare ou chère (l'huile essentielle de Rose de Damas est très fraudée, celle de Niaouli très peu) ;
  • et avant tout autre facteur, le risque de fraude augmente si la marque n'est pas vigilante et ne possède pas un plan de contrôle solide.

Concernant ce dernier point, et pour conclure, il faut bien comprendre qu'une marque qui sélectionne ses lots d'huiles essentielles par leur prix attirera à elle tous les lots frauduleux comme un aimant (ils sont bien entendu moins chers).

Il n'est donc pas possible de répondre à cette question par un unique pourcentage, mais voici deux situations extrêmes pour se faire une idée :

  • Une Gaulthérie Odorante du Népal conventionnelle, achetée à un intermédiaire par une marque choisissant systématiquement le lot le moins cher : risque de fraude 99%.
  • Une Lavande Fine de Provence BIO, achetée directement à son producteur par une marque l'ayant habitué à un plan de contrôle sérieux : risque de fraude 0%.

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