La pancréatite aiguë est une inflammation brutale du pancréas caractérisée par un œdème et une autodigestion du pancréas. Cette autodigestion est un processus par lequel les enzymes pancréatiques détruisent ses propres tissus, ce qui entraîne une inflammation. Elle peut se limiter à un épisode isolé ou se manifester par des épisodes aigus répétés et, contrairement à la pancréatite chronique, il y a une possibilité de guérison des tissus. L’alimentation est primordiale pour prévenir la formation de cette inflammation et limiter les récidives. Tout d’abord, elle permet de prévenir les causes, et notamment la formation d’une lithiase biliaire pouvant être due à des apports trop riches en lipides et en calories. Elle permet aussi d’éviter un alcoolisme chronique, qui est la seconde cause principale de pancréatite, en limitant la consommation d’alcool. Par ailleurs, l’alimentation prônera une consommation limitée en lipides durant 1 mois après une pancréatite aiguë. En effet, elle permet d’éviter une hypersécrétion des lipases pancréatiques (enzymes digérant les lipides). Ce guide reprend l’ensemble des recommandations nutritionnelles spécifiques à la pancréatite aiguë.

Causes et symptômes des pancréatites aiguës

Causes des pancréatites aiguës

La pancréatite aiguë est provoquée par différents facteurs :

  • La formation d’une lithiase biliaire, également appelé « calcul » (40 % des cas) : avec un risque d'obstruction qui peut induire une stase (arrêt de la circulation) du suc pancréatique, amenant une autodigestion de ce dernier.

  • L’éthylisme, également appelé alcoolisme chronique (40 % des cas) : il induit une précipitation canalaire du suc pancréatique qui est modifié par l’alcool. Ce suc devient concentré et forme un bouchon, entraînant une stase de ce dernier et une auto-digestion du pancréas.

  • Autres cas rares : tumeurs pancréatiques ; traumatisme post-geste opératoire ou par accident ou par arme ; médicaments ; virus ; hypercalcémie (taux élevé de calcium dans le sang) et hypertriglycéridémie (taux élevé de triglycérides).

Symptômes caractéristiques des pancréatites aiguës

On remarque différents symptômes :

  • Douleur typique : La douleur est constante et est caractéristique de cette pathologie. La douleur est située dans la partie haute du ventre (épigastre) et est intense et brutale, semblable à des coups de poignards.

  • Vomissements : La douleur est fréquemment associée à des vomissements provoqués par une occlusion intestinale.

  • Symptômes plus rares : respiration rapide (polypnée) ; sécrétion excessive d’urine (polyurie) ou arrêt total de la sécrétion d’urine (anurie) ; état de choc.

Importance de l’alimentation en cas de pancréatite aiguë

L’alimentation joue un rôle primordial dans le cadre des pancréatites aiguës, que ce soit dans la prévention, ou dans la réduction des risques de récidive. De ce fait, l’alimentation permet de :

  • Limiter la formation de lithiases biliaires (calculs), grâce à la réduction des aliments riches en graisses et en calories (produits sucrés, fast-food…). En effet, ces aliments ont tendance à favoriser la formation des calculs biliaires car ils favorisent une concentration biliaire trop élevée en cholestérol.

  • Éviter la modification du suc pancréatique induite par la consommation d’alcool. Ce dernier provoque une précipitation canalaire du suc pancréatique car ce suc est modifié par l’alcool. Il forme ainsi un bouchon protéique entraînant une stase du suc pancréatique et une auto-digestion du pancréas.

  • Limiter l’augmentation de la sécrétion des lipases pancréatiques, grâce à la réduction des aliments riches en lipides et l’exclusion des modes de cuisson utilisant les graisses (sautée à l’huile, friture, cuisson au beurre). En effet, une surconsommation d’aliments riches en lipides augmente proportionnellement la sécrétion des enzymes qui permettent de les digérer (lipases pancréatiques). Néanmoins, les lipides sont fondamentaux à l’organisme pour leurs rôles énergétique, structural et hormonal. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas les supprimer totalement de l’alimentation.

  • Réduire les lésions pancréatiques et la possibilité d’une pancréatite chronique en supprimant l’alcool. En effet, on estime que 80 % des cas de pancréatite chronique sont dus à l’alcool. Il est donc recommandé d’éviter de consommer de l’alcool durant le mois suivant la pancréatite aiguë.

  • Éviter une dénutrition et un amaigrissement grâce à des aliments riches en protéines. En effet, l’inflammation provoque ce que l’on appelle un hypercatabolisme important, c’est-à-dire que le corps vient puiser dans ses réserves nutritionnelles pour combattre l’inflammation. Cela entraîne alors des risques d’amaigrissement important et, par ailleurs, un risque de dénutrition (état pathologique favorisant certaines maladies).

Les aliments à éviter pendant 1 mois et leurs alternatives

Supprimer l’alcool et privilégier une hydratation optimale

La consommation d’alcool favorise la production de lithiases biliaires et augmente les risques de développer une pancréatite chronique. Cette hydratation permet de favoriser l’excrétion des résidus induits par l’inflammation du pancréas vers les urines.

Nous vous recommandons :

  • de supprimer votre consommation d’alcool durant 1 mois après la disparition des symptômes. Il est possible de consommer de l’alcool après 1 mois, mais de manière très raisonnable (1 verre de vin 2 à 3 fois par semaine maximum). En effet, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

  • d’éviter tous les repas contenant de l’alcool : bœuf bourguignon, poulet braisé, baba au rhum…

  • d’apporter entre 1,5 et 2 L d’eau par jour, en privilégiant la consommation d’eau riches en minéraux et en bicarbonates. Ces micronutriments permettent d’alcaliniser l’organisme et favorisent l’excrétion des acides induits par l’inflammation.

Limiter les matières grasses cuites et favoriser les matières grasses crues en petite quantité

De manière générale, les matières grasses induisent une hypersécrétion des lipases pancréatiques. Cependant, les matières cuites sont plus compliquées à digérer que les matières grasses crues. En effet, en plus d’amener une sécrétion de lipases pour être digérées, les matières grasses cuites peuvent s’oxyder et favoriser l’inflammation. De cette manière, les matières grasses cuites sont très mal digérées par les patients touchés par une pancréatite aiguë.

Nous vous recommandons :

  • d’éviter de faire cuire vos matières grasses (beurre, huiles, crèmes fraîches, sauces industrielles et dans les fast-foods), qui peuvent provoquer des douleurs et des vomissements.

  • de privilégier les apports de matières grasses crues par rapport aux matières grasses cuites, tout en limitant leurs apports. En effet, les matières grasses crues sont aussi susceptibles de provoquer des douleurs et des vomissements en petite quantité.

  • de vous orienter vers des huiles crues riches en omégas-3 comme l’huile de colza, l’huile végétale de lin, l’huile végétale de noixl'huile végétale de cameline et l’huile végétale de chanvre pour assaisonner vos crudités et vos repas, tout en étant raisonnable sur la quantité (10 à 20 g max).

Limiter les viandes et poissons gras et privilégier les viandes et poissons maigres

Les viandes et les poissons sont des aliments riches en protéines, ils sont donc importants dans la prévention d’un amaigrissement. Cependant, les viandes et les poissons gras, comme leur nom l’indique, sont riches en lipides. Il est ainsi préférable de s’orienter vers des viandes et des poissons maigres pour limiter l’hypersécrétion de lipases pancréatiques.

Nous vous recommandons :

  • d’apporter une source de viande maigre (volailles, pintade, lapin) ou de poisson maigre (lieu noir, cabillaud, colin, merlan, sole) à chaque repas du midi et du soir car ils sont riches en protéines et pauvres en lipides.

  • de limiter votre consommation de viandes grasses (gigot d’agneau, mouton, steak haché de bœuf, côte et entrecôte de bœuf) et de poissons gras (saumon, thon rouge, maquereau, sardines, hareng).

  • de ne pas consommer de viandes et poissons gras allégés en matières grasses comme les steaks hachés à 5 % de matières grasses. En effet, ces aliments sont enrichis en additifs afin de limiter la teneur en lipides, et ces additifs sont susceptibles de provoquer des problèmes de digestion.

Limiter les fromages et le lait entier et favoriser les laitages écrémés ou demi-écrémés

Les fromages et le lait sont des aliments riches en protéines permettant de limiter l’amaigrissement. Cependant, les fromages sont des aliments très riches en lipides, ils induiront donc une forte sécrétion de lipases. Concernant les laits, le lait entier contient une teneur en lipides plutôt élevée contrairement aux laits écrémés et demi-écrémés.

Nous vous recommandons :

  • de limiter votre consommation de fromage à 3 fois par semaine, avec 30 g maximum par prise.

  • de privilégier les laits écrémés et demi-écrémés car ils sont moins riches en lipides que les laits entiers.

  • En cas de pancréatite aiguë due à une hypercalcémie, il est préférable de limiter la consommation de produits laitiers car ce sont des aliments riches en calcium. Concernant les « laits » végétaux (boisson végétale de soja, d’amande, d’épeautre…), ces boissons ne contiennent que peu de calcium si elles ne sont pas enrichies, mais elles sont susceptibles d’être riches en lipides. Dans ce cas précis, il est judicieux de s’orienter vers des laits écrémés ou demi-écrémés, tout en limitant leur consommation à un verre par jour.

Éviter les modes de cuisson utilisant les graisses et privilégier les cuissons douces

Les modes de cuisson utilisant les graisses augmentent la sécrétion de lipases pancréatiques, et par conséquent, favorisent les lésions du pancréas. À l’inverse, les cuissons douces permettent de limiter les apports en lipides et favorisent le confort intestinal.

Nous vous recommandons :

  • d’éviter les cuissons qui favorisent la malabsorption des lipides comme les fritures et la cuisson sautée (ajout de matières grasses pour cuire un aliment à la poêle).

  • de privilégier les modes de cuissons douces : à l’eau, au four, au grill, en papillote ou à la vapeur.

Réduire les fruits secs et optimiser les fruits frais

Les fruits secs (graines oléagineuses et fruits séchés) sont des aliments condensés très riches en lipides. Il est donc préférable de s’orienter vers des fruits frais qui sont dépourvus de lipides.

Nous vous recommandons :

  • de limiter votre consommation de graines oléagineuses (amandes, noix de Cajou, pistaches…) et de fruits séchés (abricots séchés, ananas séché, banane séchée…).

  • de privilégier la consommation de fruits frais pour vos collations car ils ont teneur en lipides nulle ou quasi-nulle.

  • Concernant la banane, il est possible de la consommer en cas de pancréatite aiguë car, malgré les préjugés, elle ne contient que très peu de lipides (moins de 0,5 g de lipides pour 100 g de banane, Ciqual 2022.). En effet, les préjugés sur ce fruit font référence à sa teneur élevée en glucides (19,7 g de glucides pour 100 g de banane, Ciqual 2022.) et non en lipides.

Protocole de réalimentation et menu type après une pancréatite aiguë

Exemple de protocole de réalimentation à l’hôpital

De manière générale, les patients restent à l’hôpital jusqu’à 48 heures après la disparition des symptômes. Les patients sont nourris grâce à une nutrition parentérale (directement dans les veines) jusqu’à la disparition des douleurs et des vomissements, et après la reprise du transit. L’alimentation orale est réintégrée progressivement afin de limiter les sécrétions du suc pancréatique.

JOUR 1 :

En fonction de l’état du patient dans la journée : 

  • TTB (thé, tisane, bouillon)
  • Puis YBC (yaourt, bouillon, compote) avec yaourt 0 %

JOUR 2 :

  • Petit déjeuner : biscotte + gelée
  • Déjeuner : féculents sans graisse
  • Dîner : poisson au court bouillon + laitage 0 % + fruit cuit

Suivi du protocole de réalimentation à la sortie de l’hôpital

Si vous avez été pris en charge par des diététiciennes à l’hôpital, nous vous recommandons de poursuivre ce protocole à partir de l’alimentation consommée le dernier jour à l’hôpital (JOUR 1 ou JOUR 2).

JOUR 3 :

  • Ajout de viandes, poissons ou œufs maigres sans graisses d’ajout
  • Ajout du pain

JOUR 4 :

  • Petit-Déjeuner : Ajout de 10 g de beurre
  • Déjeuner et dîner : Ajout des légumes cuits

JOUR 5 :

Ajout de 2 x 10 g d’huile dans les crudités ou les préparations (pas dans la cuisson) dans la journée

Petit déjeuner :

  • Bol de lait écrémé
  • Biscottes à la confiture de fraise

Collation 1 :

  • Fromage blanc
  • Flocons d’avoine
  • Miel

Déjeuner :

  • Lieu noir en papillote
  • Semoule
  • Aubergine rôtie

Collation 2 :

  • Tranche de melon
  • Carottes râpées avec un peu d’huile de noix

Dîner :

  • Escalope de dinde au curry
  • Coquillettes + un peu de beurre cru
  • Brocoli à la vapeur

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Bibliographie

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À propos de ces conseils

Cet article a été rédigé et mis à jour par Théophane de la Charie et l'équipe de la Compagnie des Sens. Depuis ses débuts, l'entreprise est composée d'une équipe d'experts (pharmaciens, ingénieurs, biochimistes, agronomes) et la pluralité des profils qui se sont succédés a permis de construire une base de connaissances qui s'enrichit continuellement. 

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