Zinc et maladies inflammatoires de la peau : une revue systématique fait le point sur 22 études cliniques
En bref
Accès à l’étude complète : DOI 10.1007/s40257-019-00484-0
Pourquoi le zinc intéresse-t-il la dermatologie ?
Le Zinc est un oligoélément impliqué dans plus de 300 réactions enzymatiques. En dermatologie, il intervient dans le renouvellement cellulaire, la cicatrisation et la régulation de la réponse immunitaire. Une carence en zinc, qui concerne environ un tiers de la population mondiale, est associée à diverses affections cutanées, dont l’eczéma atopique ou le lichen plan.
Face aux limites des traitements conventionnels au long cours, notamment le risque de résistance bactérienne aux antibiotiques, la recherche s’intéresse aux alternatives anti-inflammatoires. C’est dans ce contexte que les auteurs de cette revue ont cherché à rassembler les données cliniques disponibles sur la supplémentation orale en zinc dans les maladies inflammatoires de la peau.
Trois formes de zinc passées en revue
Parmi les 22 études retenues, trois formes de zinc ont été utilisées : le sulfate de zinc (14 études), le gluconate de zinc (7 études) et l’oxyde de zinc (1 étude). Les dosages variaient considérablement d’une étude à l’autre, de 10 à 90 mg par jour pour le gluconate et de 0,375 à 1,8 g par jour pour le sulfate.
L’effet indésirable le plus fréquent, toutes formes confondues, était l’inconfort digestif : nausées, crampes abdominales ou vomissements. Ce type de symptôme était surtout rapporté avec le sulfate et le gluconate de zinc. L’étude utilisant l’oxyde de zinc n’a signalé aucun effet secondaire, mais cette forme présente une biodisponibilité plus faible.
Vingt-deux essais cliniques passés au crible
Les auteurs ont interrogé quatre bases de données médicales (Cochrane, EMBASE, MEDLINE et Ovid) sans limite de date, jusqu’en mai 2019. Sur 229 références identifiées, 22 études portant sur des essais cliniques humains ont été retenues, couvrant six pathologies : acné, dermatite atopique, dermite du siège, hidradénite suppurée, psoriasis et rosacée. La qualité méthodologique a été évaluée à l’aide de l’échelle de Jadad, un outil de référence qui note la rigueur de la randomisation et du double aveugle.
Ce que montrent les résultats, pathologie par pathologie
Acné : des données globalement favorables
L’acné concentre le plus grand nombre d’études (14 sur 22). Parmi les neuf essais comparant le zinc à un placebo, la tendance était majoritairement en faveur du zinc, avec des réductions significatives du nombre de lésions inflammatoires dans plusieurs d’entre eux. En revanche, lorsque le zinc était comparé à un antibiotique, l’antibiotique se montrait plus efficace dans la plupart des cas, même si un essai n’a pas trouvé de différence significative entre les deux groupes. Au total, dix des quatorze études ont conclu à un bénéfice du zinc sur les lésions d’acné.
Hidradénite suppurée : trois études, trois résultats positifs
Trois études ont évalué le zinc dans l’hidradénite suppurée, toutes avec des résultats favorables. L’une d’elles rapporte que plus d’un tiers des patients ont atteint une rémission complète sous gluconate de zinc à 90 mg par jour. Une autre a observé une diminution significative de la sévérité de la maladie et du nombre de nodules inflammatoires. Cependant, aucune de ces études ne comportait de groupe placebo, ce qui limite la portée de ces conclusions.
Dermatite atopique : des résultats contradictoires
Sur les deux études identifiées, l’une n’a pas montré de bénéfice du zinc sur la sévérité de l’eczéma, tandis que l’autre, utilisant de l’oxyde de zinc en complément des antihistaminiques, a observé une amélioration significative du score de sévérité et une diminution des démangeaisons.
Dermite du siège : une seule étude encourageante
Chez 179 nourrissons, la supplémentation en gluconate de zinc pendant quatre mois a réduit significativement l’incidence de l’érythème fessier par rapport au groupe témoin.
Psoriasis et rosacée : pas de bénéfice démontré
L’unique étude sur le psoriasis n’a pas mis en évidence de différence entre le zinc et le placebo. L’étude sur la rosacée a même été interrompue prématurément, le zinc s’avérant moins efficace que le placebo, avec davantage d’effets indésirables digestifs.
Un oligoélément qui agit sur plusieurs leviers de l’inflammation
Le zinc possède des propriétés anti-inflammatoires qui touchent à la fois l’immunité innée et l’immunité adaptative :
- il réduit la migration des neutrophiles vers les sites inflammatoires, un processus appelé chimiotaxie, qui participe à l’entretien des lésions cutanées ;
- il inhibe l’activité des lymphocytes Th17, des cellules immunitaires impliquées dans plusieurs maladies inflammatoires chroniques de la peau ;
- il diminue l’expression du récepteur TLR-2 à la surface des kératinocytes, un récepteur qui, lorsqu’il est activé, déclenche une cascade inflammatoire.
Les auteurs de la revue soulignent par ailleurs que la supplémentation en zinc peut interférer avec l’absorption du cuivre au niveau intestinal. En cas de prise prolongée, un suivi du statut en cuivre peut être envisagé, car un déficit en cuivre peut à son tour entraîner une anémie.
Cette revue systématique rassemble pour la première fois les données cliniques sur le zinc oral dans six dermatoses inflammatoires. Les résultats les plus encourageants concernent l’acné et l’hidradénite suppurée, où la majorité des études rapportent un bénéfice. Pour la dermatite atopique et la dermite du siège, les données restent trop limitées pour conclure. Aucun bénéfice n’a été démontré pour le psoriasis et la rosacée. Des essais de plus grande envergure, avec des protocoles standardisés, sont nécessaires pour préciser les dosages et les formes de zinc les plus adaptés. Cette approche ne se substitue pas au traitement dermatologique : toute supplémentation doit être discutée avec son médecin ou son dermatologue.
Approches complémentaires
La prise en charge des maladies inflammatoires de la peau gagne souvent à être envisagée de façon globale, en complément du suivi dermatologique. Plusieurs approches, soutenues par des données scientifiques, peuvent s’inscrire dans cette démarche.
Micronutrition
La vitamine D intervient dans la régulation de la réponse immunitaire et le maintien de la barrière cutanée. Une méta-analyse récente d’essais randomisés a montré qu’une supplémentation pouvait réduire la sévérité de la dermatite atopique, en particulier dans les formes légères à modérées.
Les oméga-3 (EPA et DHA), par leurs propriétés anti-inflammatoires, ont fait l’objet de plusieurs essais dans le psoriasis et l’acné. Un essai randomisé portant sur 45 patients atteints d’acné a montré une réduction significative des lésions inflammatoires après dix semaines de supplémentation en EPA-DHA ; dans le psoriasis, un essai contrôlé a observé une diminution du score de sévérité presque deux fois plus importante chez les patients supplémentés.
Probiotiques
Le Lactobacillus rhamnosus GG est la souche probiotique la plus documentée dans le contexte de la dermatite atopique. Plusieurs méta-analyses montrent un effet favorable de la supplémentation périnatale sur la réduction de l’eczéma chez le nourrisson à risque, avec un effet protecteur observé jusqu’à sept ans.
Phytothérapie
La Curcumine, principal polyphénol du Curcuma (Curcuma longa), possède des propriétés anti-inflammatoires documentées. Un essai randomisé en double aveugle portant sur 63 patients atteints de psoriasis en plaques a montré que l’ajout de curcumine orale au traitement topique améliorait significativement le score de sévérité PASI et réduisait les taux sériques d’IL-22, une cytokine impliquée dans la maladie.
Aromathérapie
L’huile essentielle de Tea Tree (Melaleuca alternifolia) a fait l’objet d’une méta-analyse récente dans le traitement topique de l’acné, avec des résultats encourageants sur la réduction de la sévérité des lésions et une bonne tolérance locale. L’huile essentielle de Camomille Matricaire (Matricaria chamomilla), riche en α-bisabolol et en chamazulène, est traditionnellement utilisée pour apaiser les peaux sujettes à l’eczéma. Ces huiles essentielles s’utilisent diluées dans une huile végétale et nécessitent un avis préalable, en particulier chez l’enfant et la femme enceinte.
Hygiène de vie et gestes du quotidien
Le choix d’un émollient adapté, appliqué quotidiennement, reste un pilier de la prise en charge de la dermatite atopique. Pour l’acné, un nettoyage doux sans détergent agressif et une alimentation riche en antioxydants (fruits, légumes, poissons gras) peuvent compléter le traitement. La gestion du stress, facteur aggravant reconnu de plusieurs dermatoses inflammatoires, fait également partie de l’accompagnement global.
Toute approche complémentaire doit être discutée avec le dermatologue ou le médecin traitant.
- Huile essentielle de Tea Tree contre l’acné : les résultats d’une méta-analyse sur 445 patients
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