Dermatite atopique : l’huile essentielle de Camomille Matricaire réduit les marqueurs allergiques dans une étude préclinique
En bref
Accès à l’étude complète : DOI 10.4142/jvs.2010.11.1.35
La Camomille Matricaire, une huile essentielle anti-inflammatoire ancienne
L’huile essentielle de Camomille Matricaire est utilisée depuis longtemps pour soulager les peaux sèches, irritées ou sujettes à l’eczéma. Ses propriétés reposent sur trois sesquiterpènes principaux : l’α-bisabolol, le trans-β-farnesène et le chamazulène. L’α-bisabolol est considéré comme le principal responsable de l’effet anti-inflammatoire de cette huile essentielle, tandis que le chamazulène lui confère sa couleur bleue caractéristique et contribue à ses propriétés antihistaminiques. Malgré cet usage traditionnel bien documenté, aucune étude scientifique n’avait jusqu’alors évalué l’effet de cette huile essentielle sur la dermatite atopique. C’est cette lacune que les auteurs de l’étude ont cherché à combler.
Un modèle animal pour reproduire les mécanismes de l’eczéma
Pour évaluer l’effet de l’huile essentielle, les chercheurs ont utilisé un modèle de dermatite atopique bien établi : l’application de DNCB (2,4-dinitrochlorobènzène) sur la peau de souris BALB/c. Ce protocole déclenche une réaction immunitaire comparable à celle observée dans la dermatite atopique humaine, avec une élévation des anticorps IgE, une libération d’histamine et une inflammation cutanée.
Quarante souris ont été réparties en quatre groupes de dix :
- un groupe sain, sans induction de dermatite atopique
- un groupe contrôle, traité au sérum physiologique après induction
- un groupe véhicule, traité à l’huile de jojoba après induction
- un groupe expérimental, recevant l’huile essentielle de Camomille Matricaire à 3 %, diluée dans de l’huile de jojoba
L’application était quotidienne pendant quatre semaines, sur la zone de peau lésée. Il s’agit d’une étude préclinique menée sur un petit nombre d’animaux ; ses résultats restent à confirmer chez l’humain.
Moins d’IgE, moins d’histamine, moins de grattage
Baisse des IgE sériques
Après l’induction de la dermatite atopique, les taux d’IgE étaient environ quatre fois plus élevés que chez les souris saines. Après quatre semaines d’application de l’huile essentielle, les IgE du groupe expérimental ont retrouvé un niveau comparable à celui du groupe sain, alors qu’ils restaient élevés dans les groupes contrôle et véhicule.
Réduction de l’histamine
Deux semaines après le début du traitement, le taux d’histamine sérique du groupe Camomille Matricaire était réduit d’environ 51 % par rapport au groupe contrôle. L’histamine est le médiateur directement responsable des démangeaisons et des réactions inflammatoires immédiates dans les maladies allergiques.
Diminution des IgG1
L’application de l’huile essentielle pendant quatre semaines a entraîné une réduction d’environ 31 % des IgG1 par rapport aux valeurs mesurées à deux semaines. Ce type d’anticorps est associé à la réponse immunitaire de type Th2, qui prédomine dans la dermatite atopique.
Moins de grattage
Le grattage, observé pendant 30 minutes au 21e jour de traitement, était réduit d’environ 45 % par rapport au groupe contrôle et de 32 % par rapport au groupe véhicule (huile de jojoba seule). Ce résultat est particulièrement pertinent, car le grattage chronique aggrave les lésions cutanées et entretient le cycle de l’inflammation.
Réduction de l’inflammation cutanée
L’examen histologique de la peau a montré une diminution significative de l’infiltration par les cellules inflammatoires (neutrophiles, lymphocytes) dans le groupe traité. L’épaississement de l’épiderme, caractéristique de la dermatite atopique chronique, était également réduit.
Le chamazulène et l’α-bisabolol au cœur de l’effet immunomodulateur
Les auteurs proposent un mécanisme d’action centré sur la modulation de la réponse immunitaire de type Th2. Dans la dermatite atopique, les lymphocytes Th2 sont anormalement activés et produisent de l’interleukine-4 (IL-4), une cytokine qui stimule la production d’IgE et d’IgG1 par les lymphocytes B, ainsi que la libération d’histamine par les mastocytes.
L’huile essentielle semble agir à plusieurs niveaux de cette cascade :
- la production d’IL-4 par les cellules spléniques était réduite d’environ 50 % dans le groupe traité, ce qui expliquerait la baisse en aval des IgE, des IgG1 et de l’histamine
- l’α-bisabolol, composant majeur de l’huile essentielle, est reconnu pour ses propriétés anti-inflammatoires puissantes
- le chamazulène, autre sesquiterpène caractéristique, possède des propriétés antihistaminiques documentées : il contribuerait à inhiber la liaison de l’histamine à ses récepteurs, réduisant ainsi les démangeaisons et l’inflammation cutanée immédiate
Les auteurs soulignent toutefois que la contribution respective de chaque composant reste à préciser. Il n’est pas encore établi si ces molécules agissent de manière indépendante, séquentielle ou synergique sur les différentes cellules immunitaires impliquées dans la maladie.
Cette étude préclinique est la première à documenter le potentiel immunomodulateur de l’huile essentielle de Camomille Matricaire dans un modèle de dermatite atopique. Les résultats — baisse des IgE, de l’histamine, du grattage et de l’inflammation cutanée — sont cohérents et encourageants. Il s’agit cependant d’une étude menée sur un petit nombre de souris ; des essais cliniques chez l’humain sont nécessaires pour confirmer ces observations. L’aromathérapie ne se substitue pas au traitement médical de la dermatite atopique ; toute utilisation d’huile essentielle doit être discutée avec son médecin ou son dermatologue.
Approches complémentaires
La dermatite atopique est une maladie chronique dont la prise en charge bénéficie d’une approche globale, associant traitements médicaux et mesures d’accompagnement. Plusieurs pistes complémentaires, soutenues par des données scientifiques, peuvent être envisagées en concertation avec l’équipe soignante.
Aromathérapie
L’huile essentielle de Camomille Romaine (Chamaemelum nobile) est également utilisée en application cutanée pour apaiser les démangeaisons et l’inflammation de l’eczéma. Diluée dans une huile végétale (huile de Bourrache, macérat de Calendula), elle peut être appliquée localement lors des poussées, seule ou en association avec l’huile essentielle de Lavande Vraie (Lavandula angustifolia) qui complète cette approche par ses propriétés calmantes et cicatrisantes. L’utilisation d’huiles essentielles nécessite de respecter leurs précautions d’emploi, en particulier chez l’enfant et la femme enceinte.
Probiotiques
Le Lactobacillus rhamnosus GG est la souche probiotique la plus étudiée dans le contexte de l’eczéma atopique. Des méta-analyses récentes montrent un effet favorable sur la réduction du risque d’eczéma chez le nourrisson à risque, ainsi qu’une diminution des IgE sériques chez les enfants supplémentés. Son action repose sur la modulation du microbiote intestinal et le rééquilibrage de la réponse immunitaire.
Micronutrition
La vitamine D intervient dans la régulation de la réponse immunitaire et le maintien de la barrière cutanée. Une méta-analyse d’essais randomisés indique qu’une supplémentation peut réduire la sévérité de la dermatite atopique, en particulier dans les formes légères à modérées. Les oméga-3 (EPA, DHA), par leurs propriétés anti-inflammatoires, constituent une autre piste étudiée, notamment en prévention chez l’enfant lorsqu’ils sont consommés par la mère pendant la grossesse.
Hygiène de vie et gestes du quotidien
L’application quotidienne d’un émollient adapté reste un pilier de la prise en charge. Éviter les irritants textiles, limiter les bains trop chauds et maintenir un taux d’humidité suffisant dans l’habitat contribuent à espacer les poussées. La gestion du stress, facteur aggravant reconnu, peut également faire partie de l’accompagnement.
Toute approche complémentaire doit être discutée avec le dermatologue ou le médecin traitant.
- Comment soulager les crises d’eczéma avec les huiles essentielles ?
- Eczéma : une méta-analyse évalue l’efficacité des probiotiques comme traitement complémentaire
- Lactobacillus rhamnosus et prévention de l’eczéma du nourrisson : les résultats d’une méta-analyse de 11 essais cliniques
- Vitamine D et dermatite atopique : une méta-analyse confirme une réduction de la sévérité
- Allergies de l’enfant : une revue systématique confirme l’intérêt des oméga-3 pendant la grossesse
Commandez GRATUITEMENT votre Guide des 200 recettes d'aromatherapie
« Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. »
Nathalie