Les poussées de psoriasis en plaques et leur retentissement sur le quotidien poussent de nombreux patients à chercher des pistes complémentaires à leurs traitements habituels. Une étude contrôlée publiée en 2011 dans « Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology » a évalué, chez 30 patients atteints de psoriasis léger à modéré, l'ajout d'un complément riche en EPA et DHA au traitement topique, sur 8 semaines. Les résultats, convergents sur l'ensemble des critères évalués, confortent l'intérêt de cette supplémentation.
Cet article a été mis à jour le 02/07/2026Les oméga-3 regroupent plusieurs acides gras polyinsaturés, dont deux sont particulièrement étudiés en santé humaine : l'acide eicosapentaénoïque (EPA) et l'acide docosahexaénoïque (DHA). Apportés principalement par les poissons gras et les huiles marines, ils exercent une action anti-inflammatoire documentée par de nombreuses études.
Dans la peau, cette action passe par la voie des leucotriènes, des médiateurs lipidiques impliqués dans le processus inflammatoire. L'EPA et le DHA, une fois métabolisés par une enzyme appelée 15-lipoxygénase, donnent naissance à des composés qui freinent la production de leucotriènes pro-inflammatoires. Or, parmi ces leucotriènes, le LTB4 est reconnu comme l'un des principaux acteurs de l'inflammation dans les lésions psoriasiques.
Plusieurs essais antérieurs avaient déjà observé une amélioration du score de sévérité et une réduction du prurit chez des patients supplémentés en EPA et DHA. L'étude de Márquez Balbás et al. prolonge ces travaux en évaluant l'apport d'oméga-3 en complément d'un traitement topique par dérivé de vitamine D.
L'étude a inclus 30 patients adultes présentant un psoriasis en plaques stable, léger ou modéré. Deux groupes homogènes ont été constitués : l'un traité par tacalcitol seul (un dérivé topique de la vitamine D), l'autre par tacalcitol complété d'une supplémentation orale en oméga-3 apportant 640 mg d'EPA et de DHA par jour — un dosage conforme aux recommandations minimales de l'OMS.
Le suivi s'est étendu sur 8 semaines, avec trois visites d'évaluation. Les critères principaux étaient le PASI (sévérité des plaques), le NAPSI (atteinte des ongles) et le DLQI (qualité de vie). L'essai, ouvert et de petit effectif, livre des résultats encourageants qui restent à confirmer par des études de plus grande ampleur.
Le groupe supplémenté en oméga-3 a présenté une réduction du PASI de 6,8 points en 8 semaines, contre 3,5 points dans le groupe traité par tacalcitol seul. Cette différence est statistiquement très significative.
Le DLQI a diminué de 6,67 points dans le groupe oméga-3, contre 3,03 dans le groupe contrôle : l'impact de la maladie sur le quotidien a donc reculé de manière nettement plus marquée chez les patients supplémentés.
Le score NAPSI a reculé dans le groupe oméga-3 (de 2,91 à 1,68), tandis qu'il est resté stable dans le groupe contrôle. L'atteinte initiale étant toutefois plus marquée dans le groupe supplémenté, ce résultat est à interpréter avec prudence.
Le prurit a disparu chez la totalité des patients du groupe oméga-3 à la semaine 8, alors qu'il persistait chez plus d'un patient sur quatre dans le groupe contrôle. L'érythème, la desquamation et l'infiltration des plaques cibles se sont également améliorés de manière significativement plus nette dans le groupe supplémenté.
Les données épidémiologiques montrent que les patients atteints de psoriasis présentent une fréquence élevée de troubles métaboliques : diabète, hypertension, obésité, dyslipidémie. Ce constat a conduit la communauté scientifique à décrire un lien entre psoriasis et syndrome métabolique, les deux affections partageant des mécanismes inflammatoires communs impliquant notamment les lymphocytes Th1 et Th17.
Dans ce contexte, les oméga-3 présentent un double intérêt : au-delà de leur action sur l'inflammation cutanée, ils contribuent à la réduction des triglycérides et exercent des effets documentés sur la fonction vasculaire et la pression artérielle. Pour les patients concernés par les deux problématiques, la supplémentation en EPA et DHA pourrait ainsi agir sur plusieurs fronts simultanément.
Cette étude contrôlée montre que l'ajout d'oméga-3 (EPA et DHA) au traitement topique du psoriasis en plaques améliore significativement la sévérité des lésions, la qualité de vie et le prurit. L'effectif limité et le design ouvert invitent à considérer ces résultats comme préliminaires, dans l'attente d'essais randomisés de plus grande ampleur. Cette supplémentation ne se substitue pas au traitement prescrit : elle s'envisage en complément, en accord avec l'équipe soignante.
La prise en charge du psoriasis en plaques gagne à s'inscrire dans une démarche globale, associant le traitement médical à des pistes complémentaires évaluées par la recherche. Toute nouvelle approche doit être discutée au préalable avec l'équipe soignante.
La curcumine, principal actif du Curcuma (Curcuma longa), a fait l'objet d'un essai randomisé en double aveugle portant sur 63 patients atteints de psoriasis léger à modéré. Après 12 semaines de supplémentation orale en complément du traitement topique, le score de sévérité (PASI) a diminué de manière significativement plus importante dans le groupe curcumine, avec une réduction des taux sériques d'IL-22, une cytokine impliquée dans la maladie (Antiga et al., 2015).
Les probiotiques suscitent également un intérêt croissant dans cette indication. Une méta-analyse récente portant sur sept essais randomisés contre placebo a évalué leur effet sur la sévérité du psoriasis, avec des résultats convergents sur le PASI.
L'huile végétale de Lin, riche en acide alpha-linolénique (un oméga-3 d'origine végétale), a fait l'objet d'un essai clinique randomisé en application topique sur le psoriasis en plaques, avec des résultats encourageants sur la réduction des lésions.
L'huile essentielle de Lavande Vraie (Lavandula angustifolia) est réputée pour ses propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes, largement utilisées en aromathérapie pour soulager les affections cutanées chroniques. Une étude préclinique publiée en 2020 a évalué son effet sur un modèle animal de psoriasis : l'application topique de l'huile essentielle et de ses deux composés majeurs, le linalol et l'acétate de linalyle, a permis une réduction significative des marqueurs inflammatoires Th-1 et Th-17 impliqués dans la maladie (Rai et al., Journal of Ethnopharmacology). Ces résultats préliminaires restent à confirmer chez l'humain.
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Nathalie