Psoriasis : un essai clinique randomisé évalue l’efficacité de la curcumine en complément des corticoïdes locaux
En bref
Accès à l’étude complète : DOI 10.1155/2015/283634
La Curcumine, un anti-inflammatoire naturel encore peu exploré dans le psoriasis
La Curcumine, principal polyphénol du Curcuma (Curcuma longa), est étudiée depuis plusieurs décennies pour ses propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. Elle agit notamment en inhibant le facteur de transcription NF-κB, un acteur central de la cascade inflammatoire, et en freinant la prolifération des kératinocytes via l’inhibition de la phosphorylase kinase (PhK). Ces deux mécanismes sont directement impliqués dans la physiopathologie du psoriasis.
L’obstacle principal de la Curcumine reste sa très faible biodisponibilité orale : hydrophobe et rapidement métabolisée par le foie, elle n’atteint la circulation sanguine qu’à l’état de traces après ingestion simple. Pour contourner ce problème, plusieurs formulations ont été développées, dont un complexe curcumine-phospholipides utilisant la lécithine comme vecteur de transport. Ce type de formulation, dite « phytosomale », facilite le passage de la curcumine à travers la membrane intestinale et augmente significativement sa concentration plasmatique par rapport à un extrait standard.
Des signaux précliniques aux premiers essais sur le psoriasis
Avant cet essai, les données sur la curcumine dans le psoriasis se limitaient à des études de laboratoire, à des modèles animaux et à de rares essais cliniques de petite taille. Leurs principaux enseignements :
- En laboratoire et chez l’animal, la curcumine a montré sa capacité à inhiber NF-κB dans les kératinocytes, à freiner l’angiogenèse (un processus qui entretient l’inflammation psoriasique) et, dans un modèle murin de psoriasis, à réduire les niveaux cutanés de plusieurs cytokines pro-inflammatoires (IL-17A, IL-22, IL-1β, IL-6, TNF-α).
- Chez l’humain, une première étude avait évalué l’application topique de curcumine chez 10 patients, avec une amélioration des lésions et une inhibition de l’activité PhK.
- Un second essai avait testé une curcumine orale classique, non optimisée pour la biodisponibilité, chez 12 patients atteints de psoriasis modéré à sévère, mais avec un taux de réponse faible — un résultat attribué en partie à la très mauvaise absorption de la curcumine non formulée.
C’est dans ce contexte qu’un essai contrôlé utilisant une curcumine à biodisponibilité augmentée a été conçu, intégrant pour la première fois le dosage de cytokines comme marqueurs biologiques de l’inflammation : l’IL-17 et l’IL-22, deux messagers moléculaires produits par des cellules immunitaires spécifiques (Th17 et Th22) dont les taux sériques reflètent l’activité inflammatoire de la maladie.
Un essai en double aveugle avec corticothérapie topique
L’essai a inclus 63 patients adultes atteints de psoriasis en plaques léger à modéré (score PASI inférieur à 10), confirmé histologiquement. Les participants ont été randomisés en deux groupes :
- Groupe curcumine (31 patients) : méthylprednisolone acéponate 0,1 % en application quotidienne + curcumine orale biodisponible à 2 g par jour sous forme de complexe curcumine-lécithine, fournissant environ 400 mg de curcumine.
- Groupe placebo (32 patients) : même corticothérapie topique + placebo oral identique en apparence.
Le traitement a duré 12 semaines, suivi d’une période d’observation de 4 semaines sans traitement oral. L’évaluation reposait sur le score PASI (un indice composite de sévérité du psoriasis intégrant érythème, induration, desquamation et surface corporelle atteinte) et sur les taux sériques d’IL-17 et d’IL-22 (marqueurs spécifiques de l'inflammation et du psoriasis), mesurés au début et à la fin du traitement. Il s’agit d’un essai monocentrique, sur un effectif modeste : ces résultats devront être confirmés par des études de plus grande envergure.
Les résultats : une amélioration clinique et un effet sur l’IL-22
Une réduction plus marquée du PASI avec la curcumine
Les deux groupes ont connu une amélioration significative après 12 semaines. Mais la réduction était significativement plus importante dans le groupe curcumine : le PASI médian est passé de 5,6 à 1,3 (groupe curcumine) contre 4,7 à 2,4 (groupe placebo). Cette différence entre les deux groupes était statistiquement significative (p < 0,05) et se maintenait encore 4 semaines après l’arrêt du traitement oral.
Un effet spécifique sur l’IL-22
Le dosage des cytokines a révélé un résultat inattendu. Les taux sériques d’IL-17 n’ont pas varié significativement dans aucun des deux groupes. En revanche, l’IL-22 — une cytokine sécrétée par les cellules Th22 et impliquée dans la prolifération des kératinocytes et l’épaississement caractéristique de la peau psoriasique — a diminué de façon significative dans le seul groupe curcumine (de 35,2 à 21,1 pg/mL, p < 0,001), sans changement dans le groupe placebo.
Un profil de tolérance favorable
Un seul patient du groupe curcumine a rapporté un effet indésirable (diarrhée de deux jours, vraisemblablement liée à une gastroentérite virale intercurrente). Deux effets indésirables ont été signalés dans le groupe placebo (éruption papuleuse et nausées).
Cet essai randomisé en double aveugle est l’un des premiers à évaluer une curcumine à biodisponibilité augmentée en complément d’une corticothérapie topique dans le psoriasis léger à modéré. Les résultats montrent un bénéfice clinique significatif et un effet sur les taux d’IL-22, un marqueur directement impliqué dans les mécanismes de la maladie. Ces données restent préliminaires (effectif modeste, essai monocentrique) et nécessitent confirmation par des études indépendantes de plus grande envergure. La supplémentation en curcumine ne se substitue pas au traitement prescrit par le dermatologue : toute modification de la prise en charge doit être discutée avec l’équipe soignante.
Approches complémentaires
La prise en charge du psoriasis en plaques gagne à s’inscrire dans une démarche globale, associant le traitement médical à des pistes complémentaires évaluées par la recherche. Toute nouvelle approche doit être discutée au préalable avec l’équipe soignante.
Micronutrition
Les oméga-3 (EPA et DHA), acides gras polyinsaturés présents dans les huiles de poisson, exercent une action anti-inflammatoire documentée, notamment via la modulation de la voie des leucotriènes. Une étude contrôlée portant sur 30 patients atteints de psoriasis léger à modéré a montré que l’ajout d’une supplémentation en EPA-DHA au traitement topique améliorait significativement le score PASI et la qualité de vie après 8 semaines (Márquez Balbás et al., 2011).
Les probiotiques suscitent également un intérêt croissant dans cette indication. Une méta-analyse récente portant sur sept essais randomisés contre placebo a évalué leur effet sur la sévérité du psoriasis, avec des résultats convergents sur le PASI.
Phytothérapie et huiles végétales
L’huile végétale de Lin, riche en acide alpha-linolénique (un oméga-3 d’origine végétale), a fait l’objet d’un essai clinique randomisé en application topique sur le psoriasis en plaques, avec des résultats encourageants sur la réduction des lésions.
Aromathérapie
L’huile essentielle de Lavande Vraie (Lavandula angustifolia) est traditionnellement utilisée pour ses propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes dans les affections cutanées chroniques. Une étude préclinique a évalué son effet sur un modèle animal de psoriasis, avec une réduction significative des marqueurs inflammatoires Th-1 et Th-17. Ces résultats préliminaires restent à confirmer chez l’humain.
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