Nausées sous chimiothérapie : l’inhalation d’huile essentielle de Cannelle réduit leur sévérité dans une étude clinique
En bref
Accès à l’étude complète : DOI 10.4103/ijnmr.ijnmr_163_23
L’aromathérapie contre les nausées de chimiothérapie : un intérêt croissant, mais peu de données sur la Cannelle
L’aromathérapie par inhalation fait partie des approches complémentaires les plus étudiées en oncologie pour atténuer les nausées induites par la chimiothérapie. Plusieurs huiles essentielles ont fait l’objet d’essais cliniques dans ce contexte : l’huile essentielle de Menthe Poivrée, l’huile essentielle de Gingembre ou encore l’huile essentielle de Cardamome ont montré des effets encourageants sur la fréquence ou la sévérité des nausées chez les patients sous chimiothérapie. L’inhalation présente l’avantage d’être non invasive, simple à mettre en œuvre et dépourvue de risque d’interaction médicamenteuse avec les traitements anticancéreux.
La Cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum) est une plante à laquelle la médecine traditionnelle attribue des propriétés antispasmodiques et carminatives. Pourtant, aucune étude n’avait jusqu’ici évalué spécifiquement l’inhalation d’huile essentielle de Cannelle sur les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie. C’est cette lacune que l’étude présentée ici a cherché à combler.
Soixante-dix patients, deux groupes, une échelle de mesure validée
L’étude a inclus 70 patients adultes atteints de cancer et présentant des nausées d’une intensité d’au moins 20 sur 100 au cours d’une séance de chimiothérapie. Ils ont été répartis au hasard dans deux groupes de 35 :
- Le groupe intervention a inhalé un linge imprégné d’huile essentielle de Cannelle (0,2 ml) diluée dans du sérum physiologique, à raison de deux séries de trois respirations profondes espacées de cinq minutes.
- Le groupe contrôle a suivi le même protocole avec un linge imprégné de sérum physiologique seul.
Tous les participants recevaient par ailleurs leur traitement antiémétique habituel. La sévérité des nausées et des vomissements a été mesurée à l’aide de l’échelle visuelle analogique (EVA), un outil validé coté de 0 à 10, à trois moments : avant l’intervention, après la première série de respirations et après la seconde. Les patients ne connaissaient pas le groupe auquel ils appartenaient, mais le chercheur en charge de l’intervention le savait (simple aveugle). L’étude, de taille modeste et avec un suivi très court (une seule séance), devra être confirmée par des essais de plus grande envergure, en double aveugle et sur plusieurs cycles de chimiothérapie.
Des nausées et vomissements significativement réduits après inhalation
Nausées
Dans le groupe Cannelle, le score moyen de nausées est passé de 5,02 avant l’intervention à 3,08 après la première série de respirations, puis à 1,91 après la seconde. Dans le groupe contrôle, ce score est au contraire passé de 4,62 à 5,80 et s’y est maintenu. La différence entre les deux groupes est statistiquement significative (p < 0,001).
Vomissements
Le même schéma a été observé pour les vomissements : le score moyen est passé de 3,48 à 2,25 puis à 1,37 dans le groupe Cannelle, tandis qu’il est passé de 3,45 à 4,62 dans le groupe contrôle (p < 0,001).
Tolérance
Aucun effet indésirable n’a été rapporté dans les deux groupes au cours de l’étude.
Les nausées de chimiothérapie, un effet secondaire encore insuffisamment contrôlé
Les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie (NVIC) comptent parmi les effets secondaires les plus fréquents et les plus redoutés : selon les études, 70 à 83 % des patients sous chimiothérapie souffrent de nausées. Lorsqu’ils ne sont pas suffisamment contrôlés, ces symptômes peuvent entraîner une déshydratation, des déséquilibres électrolytiques et une altération de la qualité de vie, allant parfois jusqu’au report ou à l’arrêt du traitement.
Les antiémétiques de référence ont considérablement progressé, mais ils ne parviennent pas à supprimer totalement ces symptômes chez tous les patients. Dans ce contexte, les approches complémentaires non pharmacologiques suscitent un intérêt croissant. L’aromathérapie par inhalation se distingue par sa simplicité d’utilisation, son faible coût et l’absence d’interactions médicamenteuses, ce qui la rend particulièrement adaptée aux patients sous chimiothérapie. Les résultats de cette étude renforcent l’intérêt de la Cannelle parmi les huiles essentielles susceptibles de contribuer au confort des patients pendant leur traitement.
Approches complémentaires
La prise en charge des nausées et vomissements liés à la chimiothérapie gagne à intégrer différentes approches en complément du traitement antiémétique prescrit. Plusieurs pistes, étudiées en contexte oncologique, méritent d’être mentionnées. Toute démarche complémentaire doit être discutée avec l’équipe soignante, en particulier pour éviter les interactions avec les traitements en cours.
Des huiles essentielles alternatives à la Cannelle
L’huile essentielle de Menthe Poivrée est l’une des plus étudiées pour les nausées de chimiothérapie. Riche en menthol, elle est utilisée en inhalation sèche dans plusieurs centres hospitaliers, parfois associée à l’huile essentielle de Citron. Des essais cliniques ont montré une réduction de la fréquence et de la sévérité des nausées chez des patients sous chimiothérapie. L’huile essentielle de Gingembre, riche en zingiberène, a également fait l’objet d’études en inhalation dans ce contexte : une étude combinant l’aromathérapie au Gingembre et l’acupression a montré une réduction des scores de nausées et vomissements. L’inhalation est la voie à privilégier pour ces huiles essentielles pendant la chimiothérapie, car elle ne présente pas de risque d’interaction médicamenteuse.
Le Gingembre en complément alimentaire
Le Gingembre (Zingiber officinale) par voie orale, sous forme d’extrait titré en gingérols, a été évalué dans plusieurs essais cliniques chez des patients sous chimiothérapie. Les résultats suggèrent une réduction de la fréquence des nausées, notamment à des doses de 1 à 1,5 g par jour en complément du traitement antiémétique standard. Son utilisation doit être validée par l’équipe médicale.
Hygiène de vie et gestes du quotidien
Le fractionnement des repas en petites portions, la consommation d’aliments froids ou tièdes (moins odorants), une bonne hydratation et le repos en position semi-assise après les repas sont des mesures simples qui peuvent atténuer les nausées. L’activité physique adaptée, même légère, est recommandée pour améliorer le bien-être global pendant le traitement.
Il est recommandé d’informer l’équipe médicale de toute démarche complémentaire engagée.
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