La perte de cheveux est-elle un effet de l'huile de Ricin ?
En bref
Le cycle capillaire normal : 50 à 100 cheveux perdus chaque jour
Le cuir chevelu porte entre 100 000 et 150 000 cheveux, chacun évoluant selon un cycle indépendant en trois phases successives. Ce cycle dure de 2 à 7 ans selon les individus et le sexe, et se répète tout au long de la vie tant que le follicule pileux reste fonctionnel.
La phase anagène est la phase de croissance active. Les cellules du follicule pileux se multiplient et produisent la tige capillaire à un rythme d'environ 1 cm par mois. Cette phase concerne 85 à 90 % des cheveux à un instant donné. Sa durée varie : plutôt 2 à 4 ans chez les hommes, 4 à 6 ans chez les femmes, ce qui explique la différence de longueur maximale atteignable entre les deux sexes.
La phase catagène est une courte période de transition d'environ 2 à 3 semaines. Le follicule cesse son activité, se rétracte et se détache progressivement de la papille dermique qui l'alimentait en nutriments. Elle ne concerne que 1 à 3 % de la chevelure à un instant donné.
La phase télogène est la phase de repos. Le cheveu reste ancré dans le cuir chevelu mais n'est plus alimenté. Au bout de 2 à 3 mois, il est progressivement expulsé par le nouveau cheveu qui entre en phase anagène. Cette phase concerne 10 à 15 % des cheveux. La perte de 50 à 100 cheveux par jour qui en résulte est considérée comme physiologique. Ce renouvellement permanent est invisible lorsque la repousse compense la chute. Il ne devient perceptible que lorsqu'on y prête attention — par exemple après l'application d'un soin capillaire.
Pourquoi l'huile de Ricin donne-t-elle l'impression de faire perdre les cheveux ?
« L'huile de Ricin fait tomber les cheveux, plusieurs personnes l'ont constaté après application. »
Les cheveux retrouvés après rinçage étaient déjà en fin de phase télogène. L'huile n'a pas provoqué leur chute : la viscosité du rinçage et l'attention portée aux cheveux l'ont rendue visible.
Plusieurs mécanismes expliquent cette impression, sans qu'aucun ne relève d'un effet toxique de l'huile sur le follicule pileux.
Arrachage mécanique au rinçage. L'huile de Ricin est particulièrement visqueuse en raison de sa teneur élevée en acide ricinoléique (85 à 92 %). Appliquée en quantité importante, elle forme un film épais et collant, difficile à éliminer au shampooing. Le rinçage exige alors des frictions plus vigoureuses et prolongées. Ces manipulations peuvent arracher des cheveux en phase télogène — des cheveux qui seraient tombés dans les jours suivants, mais dont la chute groupée devient soudainement visible. Dans de rares cas documentés, la haute viscosité de l'huile de Ricin a même été associée à un phénomène de feutrage aigu (acute hair felting), où la chevelure s'emmêle en une masse compacte irréversible (Maduri et Vedachalam, International Journal of Trichology, 2017). Ce phénomène reste exceptionnel et lié à une utilisation excessive sur cheveux très longs.
Coïncidence avec une chute saisonnière. L'effluvium télogène saisonnier est un phénomène connu : à l'automne et au printemps, la proportion de follicules entrant simultanément en phase télogène augmente. Jusqu'à 20 à 25 % des cheveux peuvent être en phase de repos à ces périodes, contre 10 à 12 % le reste de l'année. L'exposition aux UV estivaux, les variations hormonales liées à la luminosité et les changements de rythme contribuent à ce décalage du cycle. Si l'utilisation de l'huile de Ricin coïncide avec ces périodes de chute naturelle accrue, l'amalgame est facile.
Biais de perception. Avant d'appliquer un soin capillaire, on observe rarement ses cheveux de près. L'application d'une huile épaisse, suivie d'un rinçage minutieux, concentre l'attention sur les cheveux qui restent dans les mains ou dans la douche. Ces cheveux étaient déjà en fin de cycle télogène. L'huile de Ricin n'a pas causé leur chute : elle l'a rendue perceptible.
Ce que dit la science : aucune preuve de toxicité capillaire de l'huile de Ricin
L'état actuel des connaissances ne fournit aucun mécanisme biochimique par lequel l'huile de Ricin pourrait endommager le follicule pileux ou accélérer le passage en phase télogène. L'acide ricinoléique, composant principal de cette huile (85 à 92 %), est un acide gras oméga-9 hydroxylé qui agit comme émollient sur la tige capillaire et le cuir chevelu.
Du côté préclinique, un essai sur modèle animal publié en 2008 a observé qu'une lotion contenant 35 % d'huile de Ricin favorisait la croissance et l'épaississement du poil chez le lapin. Ce résultat, non reproduit chez l'humain, ne permet pas de conclure à un effet sur la croissance des cheveux, mais il va dans le sens opposé d'un effet néfaste. Les propriétés émollientes de l'huile de Ricin, liées à son profil lipidique (acide ricinoléique, vitamine E, acide linoléique), peuvent améliorer l'hydratation et la brillance de la tige capillaire, sans action démontrée sur le follicule lui-même. Pour un point complet sur les bienfaits de l'huile de Ricin pour les cheveux, un article dédié est disponible.
Les vraies causes de la perte de cheveux
Lorsque la chute dépasse le renouvellement normal, les causes sont le plus souvent internes et indépendantes de tout soin capillaire topique. L'huile de Ricin ne figure pas parmi les substances reconnues comme dangereuses pour les cheveux par la littérature dermatologique.
Facteurs hormonaux. L'alopécie androgénétique est la cause la plus fréquente de perte de cheveux progressive, chez l'homme comme chez la femme. Elle résulte d'une sensibilité génétique des follicules aux androgènes, qui raccourcit progressivement la phase anagène. Les variations hormonales liées à la grossesse, à l'accouchement, à la ménopause ou à un dérèglement thyroïdien peuvent également déclencher un effluvium télogène. Sur la question spécifique de la calvitie et de l'huile de Ricin, un article dédié fait le point.
Carences nutritionnelles. Un déficit en fer (avec ou sans anémie), en zinc, en vitamines du groupe B ou en vitamine D peut fragiliser le cycle capillaire. Ces carences sont fréquentes et souvent sous-diagnostiquées, en particulier chez les femmes en âge de procréer.
Stress physique ou psychologique. Un événement traumatique, une intervention chirurgicale, une fièvre prolongée ou un stress chronique peuvent précipiter un passage massif de follicules en phase télogène. La chute apparaît typiquement 2 à 4 mois après l'événement déclencheur, ce qui rend le lien de cause à effet parfois difficile à identifier.
Autres facteurs. Certains médicaments (anticoagulants, rétinoïdes, anticonvulsivants), les régimes restrictifs, les maladies auto-immunes ou les infections du cuir chevelu peuvent également provoquer une chute de cheveux significative.
Quand consulter un professionnel de santé
La perte de cheveux quotidienne est normale tant qu'elle reste dans la fourchette de 50 à 100 cheveux par jour et que la densité capillaire globale ne diminue pas visiblement. Une consultation médicale — auprès d'un dermatologue ou d'un médecin généraliste — est justifiée dans plusieurs situations précises.
- La chute est soudaine et massive (poignées de cheveux au brossage ou au lavage)
- Elle persiste au-delà de 3 mois sans amélioration
- Des zones clairsemées ou dégarnies apparaissent sur le cuir chevelu
- La chute s'accompagne d'autres symptômes (fatigue inhabituelle, perte de poids, troubles du cycle menstruel)
Le professionnel de santé pourra distinguer un effluvium télogène réactionnel (passager) d'une alopécie androgénétique ou d'une autre pathologie nécessitant un traitement spécifique. Un bilan sanguin (ferritine, TSH, zinc, vitamine D) est souvent prescrit en première intention pour identifier une éventuelle carence sous-jacente.
L'huile de Ricin, en revanche, n'a pas sa place parmi les causes à investiguer. Si une chute de cheveux se manifeste après son utilisation, la priorité est de rechercher une cause interne plutôt que de mettre en cause l'huile végétale.
Cet article vous a-t-il été utile ?
Note moyenne 4.7/5 (129 votes)
Bibliographie
Sites web
- Chute de cheveux - symptômes, causes, traitements et prévention. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/maladies/peau-cheveux-ongles/chute-cheveux-alopecie.html
- Rambert, H. (2021, 25 janvier). Se soigner - La chute de cheveux chez les femmes - Conseils. UFC-Que Choisir. https://www.quechoisir.org/conseils-se-soigner-la-chute-de-cheveux-chez-les-femmes-n87619/
Commandez GRATUITEMENT votre Guide des 200 recettes d'aromatherapie
« Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. »
Nathalie