La cannelle peut être consommée pendant l'allaitement, à condition de distinguer l'usage alimentaire de la supplémentation concentrée. En poudre dans l'alimentation, à raison d'une demi à une cuillère à café par jour, elle ne pose pas de problème identifié pour la mère ni pour le nourrisson. La prudence concerne surtout les coumarines, des composés présents dans la cannelle cassia qui passent dans le lait maternel et dont le seuil de tolérance est vite atteint chez un bébé. Pour un usage alimentaire quotidien, la cannelle de Ceylan est l'option la plus sûre. Pour les extraits concentrés en gélules, un avis médical est indispensable avant toute prise pendant l'allaitement.
Cet article a été mis à jour le 17/08/2023La base de données LactMed des National Institutes of Health (NIH), référence internationale sur les substances et l'allaitement, ne rapporte aucun effet indésirable lié à la consommation alimentaire de cannelle chez la mère allaitante ou le nourrisson. La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum) y est décrite comme classée GRAS (Generally Recognized As Safe) par la FDA américaine en tant qu'arôme alimentaire.
En pratique, ajouter une demi à une cuillère à café de cannelle en poudre (soit 1 à 2 g) dans vos préparations quotidiennes — compotes, porridges, pâtisseries, plats épicés — ne présente pas de risque identifié pendant l'allaitement. Les composés aromatiques de la cannelle passent en faible quantité dans le lait maternel et peuvent en modifier légèrement la saveur, ce que la plupart des nourrissons tolèrent sans difficulté.
Aucune étude scientifique n'a confirmé l'effet galactogène (stimulation de la production de lait) traditionnellement attribué à la cannelle dans les médecines ayurvédique et chinoise. La cannelle reste une épice appréciée pour ses propriétés gustatives et ses bienfaits métaboliques, mais elle ne remplace pas les facteurs établis de maintien de la lactation : tétées fréquentes, hydratation et alimentation équilibrée.
Le principal enjeu de sécurité de la cannelle pendant l'allaitement est lié aux coumarines. Ces molécules naturelles, présentes en quantité très variable selon l'espèce de cannelle, sont hépatotoxiques à dose élevée. Leurs composés traversent les barrières épithéliales et se retrouvent dans le lait maternel, exposant indirectement le nourrisson.
Le risque est proportionnel à la teneur en coumarines de l'espèce consommée. La cannelle cassia (Cinnamomum cassia) et la cannelle d'Indonésie (Cinnamomum burmannii) contiennent entre 1 et 7 mg de coumarines par gramme de poudre selon les lots. La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum) n'en contient que des traces, de l'ordre de 0,004 mg/g. Concrètement, une cuillère à café (environ 2,5 g) de cannelle cassia peut apporter entre 2,5 et 17,5 mg de coumarines — une fourchette qui dépasse potentiellement la DJT d'une femme adulte et très largement celle d'un nourrisson, même en tenant compte du fait que seule une fraction passe dans le lait. La même quantité de cannelle de Ceylan n'apporte qu'environ 0,01 mg de coumarines, un niveau négligeable. Pour en savoir plus sur les effets hépatiques des coumarines, consultez notre article sur la cannelle et le foie.
Pour un usage alimentaire pendant l'allaitement, la cannelle de Ceylan est recommandée. Sa teneur en coumarines est si faible qu'elle ne pose aucun problème de sécurité hépatique, même en consommation quotidienne à la dose d'une cuillère à café par jour.
| Critère | Cannelle de Ceylan | Cannelle cassia |
|---|---|---|
| Espèce botanique | Cinnamomum verum | Cinnamomum cassia |
| Teneur en coumarines | Traces (~0,004 mg/g) | Élevée (1 à 7 mg/g) |
| Usage alimentaire quotidien (allaitement) | Compatible | Occasionnel uniquement |
| Risque pour le nourrisson via le lait | Négligeable | Possible si consommation régulière |
La distinction entre les espèces n'est pas toujours évidente en rayon. La grande majorité de la cannelle vendue en supermarché est de la cannelle cassia, même lorsqu'elle est simplement étiquetée « cannelle ». Vérifiez la dénomination botanique sur l'emballage : Cinnamomum verum ou Cinnamomum zeylanicum pour la cannelle de Ceylan ; Cinnamomum cassia, Cinnamomum burmannii ou Cinnamomum loureiroi pour les variétés riches en coumarines. Notre guide complet sur la cannelle de Ceylan ou cassia détaille les critères de différenciation.
La cannelle cassia n'est pas à exclure totalement pendant l'allaitement. Une pincée dans un plat de temps en temps ne pose pas de risque particulier. La vigilance s'impose pour un usage quotidien ou en quantités significatives, situations dans lesquelles la cannelle de Ceylan est nettement préférable.
Les gélules d'extrait concentré de cannelle se distinguent fondamentalement de la poudre alimentaire. Un extrait avec un ratio de concentration de 10:1 apporte l'équivalent de 2 500 mg de plante brute dans une seule gélule — soit davantage qu'une cuillère à café de poudre, dans un format beaucoup plus concentré en principes actifs.
Deux points justifient cette prudence. Le premier concerne les coumarines : si l'extrait est issu de cannelle cassia, la dose de coumarines par gélule peut être significative, bien que le procédé d'extraction puisse en modifier la teneur par rapport à la poudre brute. Le second concerne l'absence totale de données cliniques : aucune étude n'a évalué la sécurité d'une supplémentation concentrée en cannelle chez la femme allaitante. Pour un panorama complet des situations qui imposent la prudence, consultez notre page sur les dangers de la cannelle.
En supplémentation concentrée (gélules d'extrait), aucune dose sûre n'est établie pendant l'allaitement. L'absence de données cliniques chez la femme allaitante impose un avis médical préalable, quelle que soit la dose envisagée et quelle que soit l'espèce.
Concernant les coumarines spécifiquement, la DJT fixée par l'EFSA (0,1 mg/kg/jour) doit être rapportée au poids du nourrisson, et non seulement à celui de la mère. Un nourrisson de 4 à 6 kg tolère au maximum 0,4 à 0,6 mg de coumarines par jour. Ce seuil très bas explique pourquoi la consommation maternelle régulière de cannelle cassia peut poser un problème indirect, même si la mère elle-même reste sous son propre seuil de tolérance.
La cannelle peut potentialiser l'effet des anticoagulants et des antidiabétiques oraux. Si vous prenez un traitement médicamenteux pendant l'allaitement, signalez votre consommation de cannelle à votre médecin, en particulier si vous l'utilisez quotidiennement ou sous forme concentrée.
Bien que rares, des réactions allergiques à la cannelle (cutanées ou digestives) sont possibles chez la mère comme chez le nourrisson. En cas de symptôme inhabituel chez votre bébé après que vous avez consommé de la cannelle — agitation, éruption cutanée, refus du sein —, suspendez votre consommation et consultez un professionnel de santé.
Deux études menées par la même équipe brésilienne sur des rates allaitantes éclairent les effets d'une supplémentation en cannelle pendant la lactation. La première (Borges et al., 2017, Journal of the Science of Food and Agriculture) a observé qu'un extrait aqueux de cannelle administré à haute dose (400 mg/kg de poids corporel par jour) pendant toute la période de lactation entraînait une réduction de la graisse viscérale chez les mères et une augmentation de leur taux de progestérone sérique. La seconde étude (Borges et al., 2018, Endocrine) a suivi les descendants mâles jusqu'à l'âge adulte (180 jours) et a constaté une obésité viscérale, une hyperleptinémie et une hyperinsulinémie suggérant une résistance à l'insuline hépatique.
Ces résultats ont été obtenus à des doses très supérieures à l'usage alimentaire humain et ne sont pas directement transposables. Ils confortent néanmoins la prudence vis-à-vis de la supplémentation concentrée pendant l'allaitement et soulignent l'absence d'études chez la femme. La situation est comparable aux précautions décrites pour la cannelle pendant la grossesse, où l'absence de données humaines incite également à la retenue.
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Publication : Bento-Bernardes, T., Toste, F. P., Pazos-Moura, C. C., & Oliveira, K. R. M. (2017). Maternal cinnamon extract intake during lactation leads to sex-specific endocrine modifications in rat offspring. Journal of the Science of Food and Agriculture, 97(11), 3855–3863. https://doi.org/10.1002/jsfa.8253
Publication : Coumarin in flavourings and other food ingredients with flavouring properties ‐ Scientific Opinion of the Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Materials in Contact with Food (AFC). (2008). EFSA Journal, 6(10). https://doi.org/10.2903/j.efsa.2008.793
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