La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) reste la première cause de malvoyance après 50 ans, et le stress oxydatif joue un rôle central dans la dégradation progressive de la rétine. Une équipe de la Tufts University a exposé des cellules rétiniennes humaines en culture à un extrait de Myrtille enrichi en anthocyanes et mesuré son effet sur deux enzymes clés de la défense antioxydante. Des résultats publiés dans « Investigative Ophthalmology & Visual Science » qui éclairent les mécanismes par lesquels cette baie pourrait contribuer à la protection rétinienne.
Cet article a été mis à jour le 02/07/2026La Myrtille (Vaccinium myrtillus) est utilisée depuis le Moyen Âge pour les troubles de la vision. Ses baies font partie des fruits les plus riches en anthocyanes, des pigments de la famille des flavonoïdes reconnus pour leur puissante activité antioxydante en laboratoire. L'extrait étudié ici contient quinze anthocyanes différentes, dérivées de cinq anthocyanidines (delphinidine, cyanidine, pétunidine, péonidine, malvidine), ainsi que des polyphénols non-anthocyaniques comme la quercétine, le resvératrol et l'acide chlorogénique.
Pourtant, les anthocyanes présentent une biodisponibilité limitée : elles sont absorbées en faible quantité et rapidement éliminées. Cette observation a conduit les chercheurs à formuler une hypothèse importante : plutôt que d'agir par simple neutralisation directe des radicaux libres, les anthocyanes pourraient exercer leur effet protecteur en stimulant les propres mécanismes de défense des cellules — une action plus durable et potentiellement plus pertinente à l'échelle de l'organisme.
L'épithélium pigmentaire rétinien (EPR) est une fine couche de cellules située à l'arrière de l'œil, qui nourrit et protège les photorécepteurs. Exposé en permanence à la lumière et à une forte activité métabolique, il est particulièrement vulnérable au stress oxydatif. Pour s'en défendre, l'EPR dispose notamment de deux enzymes :
Or, avec l'âge et dans la DMLA, la capacité de l'EPR à activer HO-1 et GST-pi diminue, ce qui accroît la vulnérabilité de la rétine. Stimuler cette voie de défense représente donc une piste de recherche pour la protection rétinienne.
Les chercheurs ont utilisé des cellules humaines de l'épithélium pigmentaire rétinien couramment employées en recherche ophtalmologique. Après 10 jours de culture pour atteindre un état de différenciation stable, les cellules ont été exposées pendant 4 heures à différentes concentrations d'extrait de Myrtille, puis soumises à un stress oxydatif par du peroxyde d'hydrogène (H₂O₂).
Les niveaux de HO-1 et GST-pi ont ensuite été mesurés, ainsi que la production de radicaux libres intracellulaires. L'extrait a également été fractionné pour comparer séparément l'effet des anthocyanes et celui des autres composés phénoliques. Il s'agit d'une étude in vitro, réalisée avec des concentrations supérieures à celles attendues dans l'organisme, ce qui constitue une limite importante pour l'extrapolation à l'être humain.
Après 4 heures d'exposition à l'extrait de Myrtille, les cellules rétiniennes ont significativement augmenté leur production de HO-1 (×2,8) et de GST-pi (×2,5) par rapport aux cellules non traitées. Cette réponse est dose-dépendante et statistiquement robuste (P < 0,0001) : plus la concentration en extrait est élevée, plus l'activation enzymatique est importante.
Un résultat particulièrement intéressant concerne le rôle respectif des différentes familles de molécules. Les anthocyanes, d'une part, et les polyphénols non-anthocyaniques (acide chlorogénique, quercétine, resvératrol, acide férulique), d'autre part, contribuent de manière comparable à l'activation de HO-1. Chaque fraction représente environ la moitié de l'effet observé avec l'extrait complet, ce qui suggère que l'activité de la Myrtille repose sur l'ensemble de son profil phytochimique.
La préincubation avec l'extrait a réduit de 65 % la production de radicaux libres intracellulaires. Toutefois, cette réduction n'a pas empêché la mort cellulaire provoquée par une dose élevée de H₂O₂. Les auteurs soulignent que ce niveau de stress, nécessaire en laboratoire, est très supérieur aux conditions rencontrées dans la rétine, où le stress est chronique et modéré — un contexte dans lequel l'effet protecteur des anthocyanes pourrait être plus pertinent.
Cette étude apporte un premier éclairage sur les mécanismes par lesquels les anthocyanes de Myrtille pourraient contribuer à la protection de la rétine : en stimulant l'expression de HO-1 et GST-pi, elles renforcent les défenses antioxydantes endogènes des cellules de l'épithélium pigmentaire rétinien. Ces résultats, obtenus in vitro, restent à confirmer par des études chez l'animal puis chez l'être humain, avec des doses compatibles avec une supplémentation orale. La Myrtille ne constitue pas un traitement de la DMLA et ne se substitue pas au suivi ophtalmologique. Toute démarche de supplémentation doit être discutée avec l'équipe soignante.
La protection de la rétine face au stress oxydatif ne repose pas sur un seul actif. Elle s'inscrit dans une approche globale, associant un suivi ophtalmologique régulier, une alimentation adaptée et, le cas échéant, une supplémentation ciblée en concertation avec l'équipe médicale.
Le Safran (Crocus sativus) fait l'objet de recherches cliniques dans la DMLA. Ses caroténoïdes spécifiques, les crocines, exercent une activité antioxydante et anti-apoptotique sur les photorécepteurs. Un essai clinique publié en 2024 a montré une amélioration de la fonction rétinienne centrale chez des patients supplémentés en Safran oral (20 mg/jour) pendant 12 mois.
L'étude AREDS2, essai clinique de référence mené sur plusieurs milliers de patients, a démontré qu'une supplémentation associant lutéine, zéaxanthine, zinc, vitamine C et vitamine E réduit le risque de progression vers une DMLA avancée. Ces deux caroténoïdes se concentrent naturellement dans la macula, où ils filtrent la lumière bleue et exercent un effet antioxydant local. On les trouve dans les légumes à feuilles vertes (épinards, chou), le jaune d'œuf et certains fruits.
Le DHA et l'EPA, deux oméga-3 à longue chaîne, sont des composants structurels des membranes des photorécepteurs. Une méta-analyse publiée en 2024 dans « Frontiers in Nutrition », portant sur 26 études observationnelles et plus de 241 000 participants, a montré qu'un apport élevé en DHA est associé à une réduction du risque de DMLA globale et de DMLA avancée. L'EPA présente une association protectrice similaire. Les poissons gras (sardine, maquereau, saumon) constituent les principales sources alimentaires de ces acides gras.
Rappel : toute supplémentation, y compris en ingrédients naturels, doit être discutée avec son ophtalmologiste ou son médecin traitant, en particulier en cas de traitement en cours pour la DMLA.
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Nathalie