Safran et DMLA : un essai clinique d’un an montre une préservation de la fonction rétinienne
En bref
Le Safran, un concentré d'antioxydants étudié en ophtalmologie
Le Safran (Crocus sativus) est une épice dont les stigmates contiennent une concentration élevée de caroténoïdes, en particulier les crocines et le safranal. Ces molécules possèdent des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires documentées, qui intéressent les chercheurs en ophtalmologie depuis une quinzaine d'années.
Dans la DMLA, le stress oxydatif et l'inflammation chronique sont considérés comme des mécanismes clés de la dégradation progressive de deux structures essentielles de l'œil : l'épithélium pigmentaire rétinien, une fine couche de cellules qui nourrit et protège la rétine, et les photorécepteurs, les cellules sensibles à la lumière qui permettent de percevoir les images. Le Safran pourrait agir en réduisant ces dommages oxydatifs et en modulant certaines cytokines inflammatoires, contribuant ainsi à préserver les cellules rétiniennes encore fonctionnelles.
Des résultats prometteurs à court terme à confirmer
Plusieurs essais cliniques de courte durée avaient déjà suggéré un effet du Safran sur la fonction rétinienne dans la DMLA sèche légère à modérée. Un essai croisé contre placebo, mené par la même équipe de recherche, avait notamment mis en évidence une amélioration de la latence de l'électrorétinogramme multifocal après 3 mois de supplémentation à 20 mg par jour.
Cependant, la DMLA est une maladie chronique et lentement progressive. La question restait donc ouverte : cet effet se maintient-il au-delà de quelques mois ? C'est précisément ce que l'essai de Broadhead et al. a voulu vérifier sur une durée d'un an.
Un protocole de 12 mois sur 93 patients
L'essai portait spécifiquement sur la DMLA sèche de sévérité légère à modérée. Les patients présentant une forme néovasculaire (DMLA humide) étaient exclus, tout comme ceux ayant déjà reçu des injections intravitréennes.
Au total, 93 adultes de plus de 50 ans, atteints de DMLA de grade AREDS 2 ou 3 et présentant une acuité visuelle supérieure à 20/70, ont été inclus. Chaque participant a reçu une gélule de 20 mg de Safran par jour pendant 12 mois, avec des évaluations complètes tous les 3 mois.
Le critère de jugement principal reposait sur l'électrorétinogramme multifocal (mfERG), un examen objectif qui mesure la réponse électrique des photorécepteurs dans différentes zones de la macula. L'acuité visuelle et la micropérimétrie ont également été suivies. Sur les 93 participants, 85 ont terminé le suivi complet, et 75 % prenaient déjà une supplémentation en antioxydants et caroténoïdes (lutéine, zéaxanthine, vitamines C et E, zinc). En l'absence de bras placebo, les résultats devront être confirmés par un essai contrôlé de plus grande envergure.
Fonction rétinienne préservée dans la zone centrale
Réponse des photorécepteurs
L'analyse des résultats mfERG montre une amélioration significative de la densité de réponse dans les deux anneaux les plus centraux de la macula (p < 0,001 et p < 0,01), soit la zone la plus impliquée dans la vision fine. En analyse globale, la densité de réponse a progressé de 8,7 % par rapport au niveau initial (p < 0,001). La latence, en revanche, n'a pas significativement évolué.
Aucune différence de réponse n'a été observée entre les patients prenant une supplémentation en antioxydants et caroténoïdes et les autres, ce qui suggère que l'effet du Safran emprunte des voies distinctes de celles de la supplémentation classique.
Acuité visuelle et tolérance
L'acuité visuelle a légèrement diminué (−1,6 lettres ETDRS), un recul inférieur au seuil de signification clinique habituellement retenu (5 lettres). Les auteurs l'attribuent en partie à la progression de la cataracte chez les deux tiers de participants n'ayant pas été opérés du cristallin. Quatorze événements indésirables graves ont été enregistrés au cours du suivi, dont aucun n'a été attribué au Safran. L'observance a été bonne : tous les participants ont rapporté une compliance d'au moins 80 %.
Cet essai montre que 12 mois de supplémentation en Safran oral sont associés à une préservation de la fonction des photorécepteurs centraux chez des patients atteints de DMLA sèche légère à modérée. L'effet semble indépendant de la prise d'antioxydants et de caroténoïdes. Ces résultats restent à confirmer par des essais contrôlés, randomisés et de plus longue durée. Toute démarche de supplémentation doit être discutée avec son ophtalmologiste ou son médecin traitant.
D'autres pistes pour soutenir la vision
La prise en charge de la DMLA ne repose pas sur une approche unique. Plusieurs stratégies complémentaires, soutenues par des données scientifiques, peuvent être envisagées en concertation avec l'équipe médicale.
Micronutrition
La supplémentation en antioxydants et caroténoïdes associant lutéine, zéaxanthine (présents dans les baies de Goji), vitamine C, vitamine E et Zinc reste la référence dans la DMLA intermédiaire. Les oméga-3 à longue chaîne (DHA notamment), bien que non validés comme traitement isolé, font l'objet d'un intérêt continu pour leur rôle structural dans la rétine.
Alimentation
Une alimentation riche en légumes à feuilles vertes (épinards, chou kale), en poissons gras et en fruits colorés apporte des caroténoïdes et des antioxydants favorables à la santé rétinienne. Plusieurs études observationnelles associent le régime méditerranéen à un risque réduit de progression de la DMLA.
Hygiène de vie
L'arrêt du tabac est le facteur modifiable le plus documenté dans la prévention de la progression de la DMLA. La protection contre les rayonnements UV par des verres filtrants et un suivi ophtalmologique régulier complètent cette prise en charge.
Toute démarche de supplémentation ou de modification alimentaire doit être discutée avec son ophtalmologiste ou son médecin traitant, en particulier en cas de traitement en cours.
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