La dégénérescence maculaire liée à l'âge touche des millions de personnes dans le monde et reste la première cause de perte de vision après 60 ans, sans traitement capable d'inverser les lésions rétiniennes. Une revue publiée en 2024 dans « Antioxidants » a compilé les données précliniques et cliniques disponibles sur une dizaine de baies et leurs composés actifs dans la prévention de la DMLA. Les résultats, inégaux selon les baies, dessinent un paysage scientifique encore en construction mais porteur de pistes concrètes.
Cet article a été mis à jour le 06/07/2026Toutes les baies ne disposent pas du même niveau de preuve face à la DMLA. La revue les classe en deux catégories : celles ayant fait l'objet d'essais cliniques (même limités) et celles dont le potentiel repose encore principalement sur des études en laboratoire ou chez l'animal.
Les baies de Goji (Lycium barbarum) se distinguent par la diversité de leurs mécanismes protecteurs documentés chez l'animal : fonction mitochondriale, inflammation, apoptose, effet antioxydant et neuroprotection. Chez l'humain, un essai pilote randomisé a montré qu'une consommation régulière de baies de goji augmentait significativement la densité optique du pigment maculaire, un marqueur associé à un risque réduit de DMLA. Un autre essai a mis en évidence un effet neuroprotecteur dans la rétinite pigmentaire.
La Myrtille (Vaccinium myrtillus), riche en anthocyanes, a démontré in vivo une protection de la fonction visuelle pendant l'inflammation rétinienne et une capacité à favoriser l'élimination des dépôts de bêta-amyloïde dans les drusen, lésions caractéristiques de la DMLA. Des essais cliniques documentent une amélioration de la fatigue oculaire et une activation des défenses antioxydantes dans l'épithélium pigmentaire rétinien, mais aucun n'a directement mesuré l'effet sur la progression de la DMLA.
Le Cassis (Ribes nigrum) a montré in vitro une capacité à inhiber l'accumulation d'A2E, un sous-produit toxique du cycle visuel impliqué dans la dégénérescence rétinienne, et à favoriser la régénération de la rhodopsine, le pigment essentiel à la vision en faible luminosité. Un essai clinique combinant un extrait de cassis avec de la lutéine, de la zéaxanthine et du goji a montré une augmentation de la densité du pigment maculaire après 45 et 90 jours.
La Myrtille américaine (blueberry), la Canneberge, le raisin, le kaki, la groseille indienne (amla) et la cerise acide présentent des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires documentées en laboratoire, mais ne disposent pas encore d'essais cliniques sur la DMLA. La myrtille américaine fait toutefois l'objet d'un résultat épidémiologique notable : un suivi de 11 ans chez des femmes a associé une consommation régulière de blueberries à une réduction du risque global de DMLA.
Les auteurs ont mené une recherche dans les bases de données scientifiques en ciblant les principales familles de phytochimiques présentes dans les baies : flavonoïdes, anthocyanes, caroténoïdes, resvératrol, acides phénoliques et stilbènes. Seuls les composés disposant d'un volume suffisant de publications en lien avec la santé rétinienne ont été retenus.
La revue couvre à la fois des études précliniques (modèles cellulaires sur l'épithélium pigmentaire rétinien et modèles animaux de dégénérescence rétinienne) et les rares essais cliniques disponibles. Il s'agit d'une revue narrative et non d'une méta-analyse : les résultats sont synthétisés et discutés sans être agrégés statistiquement. Le nombre d'essais cliniques ciblant directement l'effet des baies sur la DMLA reste limité et la plupart portent sur de petits effectifs ou des durées courtes.
La DMLA résulte d'une cascade pathologique dans laquelle le stress oxydatif, l'inflammation chronique et la néovascularisation jouent des rôles centraux. Les composés actifs des baies interviennent sur ces trois fronts.
Les anthocyanes de la Myrtille et du Cassis neutralisent les radicaux libres qui endommagent les cellules de l'épithélium pigmentaire rétinien. Ils activent notamment la voie Nrf2, un régulateur clé des défenses antioxydantes cellulaires, qui stimule la production d'enzymes protectrices. Les caroténoïdes du goji (lutéine et zéaxanthine) agissent quant à eux comme des filtres locaux dans la macula, en absorbant la lumière bleue et en réduisant la formation de lipofuscine, un déchet toxique du cycle visuel.
Les flavonoïdes et anthocyanes modulent plusieurs voies inflammatoires impliquées dans la progression de la DMLA, en réduisant l'expression de médiateurs comme l'interleukine-6 ou le TNF-α. L'Aronia (Aronia melanocarpa), par exemple, a montré un effet anti-inflammatoire dose-dépendant dans un modèle d'uvéite en inhibant directement la production de monoxyde d'azote et de prostaglandine E2.
Dans la forme humide de la DMLA, la croissance anormale de vaisseaux sanguins sous la rétine est une cause majeure de perte de vision. Certains flavonoïdes et le resvératrol agissent en diminuant l'expression du VEGF (facteur de croissance de l'endothélium vasculaire) via la voie HIF-1α/VEGF/VEGFR2. Des études animales ont confirmé que le resvératrol atténue la néovascularisation choroïdienne par ce mécanisme.
Pigments responsables de la couleur bleue, violette ou rouge des baies (Myrtille, Cassis, Aronia). Puissants antioxydants, ils protègent les cellules rétiniennes et améliorent la microcirculation dans la rétine. Leur principal inconvénient : une biodisponibilité faible liée à un métabolisme rapide dans l'organisme.
Concentrés naturellement dans la macula, ils filtrent la lumière bleue et agissent comme antioxydants locaux. L'étude AREDS2 a confirmé que leur ajout à une formulation antioxydante pouvait contribuer à ralentir la progression vers une DMLA avancée. Les baies de goji en sont une source notable, sous forme de diesters potentiellement mieux absorbés que les formes libres.
Ce vaste groupe comprend des molécules comme la quercétine, la lutéoline ou l'EGCG. Elles agissent simultanément sur les voies antioxydante (Nrf2), anti-inflammatoire (NF-κB, MAPK) et anti-angiogénique (VEGF). Plusieurs flavonoïdes ont montré un effet protecteur contre la mort cellulaire induite par le stress oxydatif dans des cellules d'épithélium pigmentaire rétinien humain.
Présent dans la peau du raisin, la myrtille américaine et la mûre, le resvératrol améliore la bioénergétique mitochondriale et active la sirtuine 1, une enzyme clé dans la régulation du stress cellulaire. Des essais cliniques préliminaires avec des suppléments contenant du resvératrol microencapsulé ont montré des améliorations de la structure et de la fonction rétiniennes chez des patients atteints de DMLA. Sa biodisponibilité reste toutefois un obstacle à surmonter.
Cette revue confirme que les baies, grâce à leurs composés antioxydants, anti-inflammatoires et anti-angiogéniques, constituent une piste alimentaire d'intérêt dans la prévention de la DMLA. Le goji, la Myrtille et le Cassis sont les mieux documentés, mais les preuves cliniques directes restent préliminaires. Des essais de plus grande envergure, ciblant spécifiquement la progression de la DMLA, sont nécessaires pour établir des recommandations de dosage fiables. Ces approches ne se substituent pas au suivi ophtalmologique ni aux traitements prescrits — toute supplémentation doit être discutée avec l'équipe soignante.
La prévention de la DMLA repose sur une approche globale associant suivi médical, protection contre la lumière bleue et soutien nutritionnel. Plusieurs nutriments et ingrédients disposent de niveaux de preuve complémentaires à celui des baies.
Le Safran (Crocus sativus) fait l'objet d'essais cliniques spécifiques dans la DMLA sèche. Un essai de 12 mois a montré une amélioration de la fonction rétinienne centrale chez des patients supplémentés en safran oral, y compris ceux recevant déjà des caroténoïdes.
Un régime de type méditerranéen, riche en légumes, fruits, poissons gras et huiles végétales, a été associé dans les études AREDS 1 et 2 à un risque réduit de progression vers une DMLA tardive. Il constitue le socle alimentaire recommandé pour les personnes concernées.
Toute supplémentation doit être discutée avec l'équipe médicale, en particulier en cas de traitement ophtalmologique en cours.
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Nathalie