La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) reste la première cause de perte de vision irréversible après 55 ans, et les options thérapeutiques actuelles ne sont pas sans contraintes. Une méta-analyse publiée en 2024 dans « Frontiers in Nutrition » a compilé les données de 26 études portant sur 241 151 participants pour évaluer le lien entre l'apport en différents acides gras alimentaires et le risque de DMLA. Ses résultats distinguent clairement les acides gras protecteurs de ceux qui favorisent la progression de la maladie.
Cet article a été mis à jour le 06/07/2026En comparant les apports alimentaires les plus élevés aux plus faibles, cette méta-analyse met en évidence un bénéfice net des oméga-3 à longue chaîne sur le risque global de DMLA. Les personnes consommant le plus d'oméga-3 à longue chaîne présentent un risque de DMLA globale réduit d'environ un tiers par rapport à celles ayant les apports les plus faibles. L'acide docosahexaénoïque (DHA) seul est associé à une réduction de 20 %, l'acide eicosapentaénoïque (EPA) à une réduction d'environ 9 %, et leur prise combinée à une réduction d'environ 21 %.
À l'inverse, un apport élevé en acides gras trans — présents dans certains produits industriels transformés — est associé à un doublement du risque de DMLA avancée. C'est un résultat que les méta-analyses précédentes n'avaient pas mis en évidence aussi nettement.
Parmi tous les autres types d'acides gras étudiés — graisses totales, acides gras saturés, monoinsaturés, polyinsaturés au sens large, oméga-6 — aucun ne montre d'association significative avec le risque de DMLA, que ce soit dans un sens protecteur ou délétère.
Les auteurs ont compilé les données de 26 études observationnelles — 14 études de cohorte, 3 études cas-témoins et 9 études transversales — en interrogeant quatre bases de données internationales (PubMed, Web of Science, Cochrane Library, EMBASE). Pour chaque type d'acide gras, le risque de DMLA a été comparé entre les groupes ayant les apports les plus élevés et les plus faibles, à l'aide de modèles statistiques adaptés au degré de variation entre les études.
L'ensemble des études incluses a été jugé de haute qualité selon les échelles d'évaluation de référence. L'analyse de sensibilité confirme la robustesse des résultats : aucune étude individuelle ne modifie les conclusions lorsqu'elle est retirée de l'analyse. L'évaluation des apports alimentaires reposait sur des questionnaires auto-déclaratifs, ce qui introduit une marge d'imprécision inhérente à ce type d'études observationnelles.
Le DHA est le principal acide gras constitutif des membranes des photorécepteurs, ces cellules de la rétine responsables de la captation de la lumière. Il intervient dans la régulation de l'expression génique et protège les cellules rétiniennes contre le stress oxydatif et l'inflammation. L'EPA, précurseur métabolique du DHA, contribue à réduire les lipides sanguins et à inhiber la formation de néovaisseaux, un processus central dans la forme humide de la DMLA.
Les dérivés de l'EPA et du DHA — notamment les résolvines et les neuroprotectines — exercent une action anti-inflammatoire complémentaire en protégeant les photorécepteurs contre la mort cellulaire. Les lipides représentent environ un tiers du poids sec de la rétine, ce qui explique pourquoi la qualité des apports en acides gras influence directement la santé rétinienne. Par ailleurs, une accumulation excessive de lipides oxydés dans les dépôts sous-rétiniens (les drusens) peut au contraire déclencher une réponse inflammatoire qui contribue à la progression de la DMLA.
L'un des apports originaux de cette méta-analyse est de différencier les effets des acides gras selon les trois stades de la DMLA.
L'apport combiné en DHA et EPA est associé à une réduction d'environ 29 % du risque de DMLA précoce. Les oméga-3 pris globalement montrent également un effet protecteur à ce stade, avec une réduction d'environ 18 %. Le DHA pris isolément ne montre pas d'association significative à ce stade.
Seul le DHA montre une association significative à ce stade, avec une réduction d'environ 17 % du risque. C'est la première méta-analyse à identifier ce bénéfice spécifique du DHA sur la DMLA intermédiaire, un stade charnière dans la progression de la maladie.
C'est au stade avancé que les résultats sont les plus contrastés. Les oméga-3 à longue chaîne réduisent le risque d'environ 40 %, le DHA seul d'environ 32 %, et l'EPA d'environ 15 %. À l'opposé, les acides gras trans doublent le risque de progression vers ce stade. Les auteurs soulignent que l'augmentation progressive du risque lié aux acides gras trans à chaque stade de la maladie renforce la plausibilité de cette association.
Cette méta-analyse de grande ampleur apporte des données convergentes en faveur d'un rôle protecteur du DHA et de l'EPA contre la DMLA, avec des bénéfices distincts selon le stade de la maladie. Elle met aussi en lumière, pour la première fois à cette échelle, l'effet délétère des acides gras trans sur le risque de DMLA avancée. Ces résultats, issus d'études observationnelles, ne permettent pas d'établir un lien de causalité formel et devront être confirmés par des essais cliniques de grande envergure. Toute modification de l'alimentation ou supplémentation doit être envisagée en concertation avec l'équipe soignante, en particulier en cas de traitement en cours pour la DMLA.
La santé rétinienne bénéficie d'une prise en charge nutritionnelle globale, dont les oméga-3 ne sont qu'un des piliers. Plusieurs autres nutriments et approches alimentaires disposent de données scientifiques dans le contexte de la DMLA. Toute supplémentation doit être discutée avec son ophtalmologiste ou son médecin traitant.
L'essai clinique de référence AREDS-2, mené sur 4 203 participants avec un suivi de 10 ans, a montré qu'une supplémentation associant lutéine (10 mg), zéaxanthine (2 mg), vitamine C (500 mg), vitamine E (400 UI), zinc (80 mg) et cuivre (2 mg) réduisait d'environ 25 % le risque de progression vers la DMLA avancée. La lutéine et la zéaxanthine, deux caroténoïdes naturellement concentrés dans la macula et présents dans les baies de Goji, ont montré un bénéfice supplémentaire par rapport au bêta-carotène initialement utilisé, tout en étant dépourvues du risque de cancer pulmonaire associé à ce dernier chez les fumeurs et anciens fumeurs.
Plusieurs essais cliniques randomisés en double aveugle ont évalué l'effet du Safran (Crocus sativus) chez des patients atteints de DMLA légère à modérée. Une supplémentation de 20 mg par jour pendant 3 à 12 mois a amélioré significativement l'acuité visuelle et la fonction rétinienne, mesurée par électrorétinogramme. Les composés actifs du Safran — la crocine et la crocétine — sont des caroténoïdes exerçant des effets antioxydants et neuroprotecteurs sur les photorécepteurs. Les résultats sont convergents entre les études, bien que les effectifs restent modestes et que des confirmations à plus grande échelle soient nécessaires.
Une méta-analyse publiée en 2025 dans Nutrients (Marques-Couto et al.) confirme qu'une bonne adhérence au régime méditerranéen est associée à une réduction de 23 à 34 % du risque de progression de la DMLA. Ce modèle alimentaire — riche en poissons gras, légumes à feuilles vertes, fruits, huile d'olive et oléagineux — recoupe naturellement un apport élevé en oméga-3 et en caroténoïdes maculaires. Au-delà de la seule supplémentation, c'est l'ensemble de l'alimentation qui contribue à la protection rétinienne.
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Nathalie