TDAH chez l'enfant : le fer et le zinc peuvent-ils compléter le traitement ?
En bref
Des améliorations ciblées selon le minéral
Parmi les neuf essais analysés, cinq portaient sur le zinc, deux sur le fer et deux sur des multi-suppléments contenant les deux minéraux.
Zinc : hyperactivité et impulsivité en première ligne
Les études sur le zinc, administré à des doses de 10 à 40 mg par jour pendant 6 à 13 semaines en complément du traitement habituel, rapportent des améliorations sur les symptômes d'hyperactivité, d'impulsivité et de socialisation. L'étude la plus large (400 enfants, 12 semaines) a montré que les améliorations les plus nettes apparaissaient entre la 4e et la 12e semaine de supplémentation. En revanche, les effets sur l'inattention étaient moins constants d'une étude à l'autre.
Fer : un effet sur l'inattention et le sommeil
Les deux essais portant sur le fer (sulfate ferreux, 80 mg/jour ou 5 mg/kg/jour, pendant 8 à 12 semaines) ont observé des améliorations sur les échelles globales du TDAH, avec un bénéfice plus marqué sur l'inattention. L'un des essais a également relevé une réduction du syndrome des jambes sans repos, un trouble du sommeil fréquemment associé au TDAH.
Multi-suppléments : régulation émotionnelle
Deux essais utilisant des formules associant zinc, fer et d'autres micronutriments (vitamines, acides aminés) ont mis en évidence des améliorations sur l'inattention, la régulation émotionnelle et l'agressivité. Les auteurs soulignent toutefois que l'effet propre du fer et du zinc est difficile à isoler dans ces formulations complexes.
Neuf essais passés au crible
Cette revue systématique, conduite selon les recommandations PRISMA, a interrogé les bases Medline, PsychINFO, Web of Science et Google Scholar. Sur 123 publications identifiées, 9 essais contrôlés randomisés publiés entre 2000 et 2021 répondaient aux critères d'inclusion : intervention par supplémentation en fer ou en zinc, enfants de 5 à 18 ans diagnostiqués selon les critères du DSM, et mesures standardisées des symptômes avant et après traitement. Les échantillons restent modestes (22 à 400 participants) et les durées de traitement relativement courtes (6 à 13 semaines), ce qui appelle à la prudence dans l'interprétation des résultats.
Pourquoi le fer et le zinc intéressent les chercheurs du TDAH
Plusieurs études épidémiologiques ont observé que les enfants présentant un TDAH affichent plus fréquemment des niveaux sanguins bas de fer et de zinc que les enfants non concernés. Or ces deux minéraux jouent un rôle central dans la chimie cérébrale.
- Le fer est un cofacteur de la tyrosine hydroxylase, l'enzyme clé de la synthèse de la dopamine et de la noradrénaline, deux neurotransmetteurs directement impliqués dans le TDAH. Des travaux de neuro-imagerie ont par ailleurs montré que de faibles niveaux de fer cérébral sont associés à une diminution de la densité des transporteurs de la dopamine.
- Le zinc intervient dans le métabolisme de la mélatonine et dans la régulation de la dopamine, dont il est considéré comme un inhibiteur de la recapture. Il participe également à la conversion du tryptophane en sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans le contrôle de l'impulsivité.
Des voies biologiques qui convergent vers la dopamine
Les auteurs de la revue proposent plusieurs hypothèses pour expliquer la complémentarité des résultats observés.
- La piste principale est dopaminergique : le fer et le zinc sont tous deux impliqués dans la synthèse et la régulation de la dopamine, précisément la cible des traitements psychostimulants du TDAH (méthylphénidate, amphétamines). Corriger une carence en l'un ou l'autre de ces minéraux pourrait ainsi potentialiser l'effet du traitement médicamenteux.
- L'étude de Bilici et al. (400 enfants) a aussi mis en évidence un lien entre les niveaux de zinc avant traitement et l'ampleur de l'amélioration : les enfants ayant les taux les plus bas bénéficiaient davantage de la supplémentation. Ce constat suggère que l'intérêt de la supplémentation pourrait être particulièrement marqué chez les enfants présentant un déficit avéré.
- Par ailleurs, les propriétés du zinc sur la voie sérotoninergique (via la conversion du tryptophane) pourraient expliquer son effet plus marqué sur l'impulsivité, tandis que le rôle du fer dans la densité des transporteurs de la dopamine rendrait compte de son action sur l'inattention.
Cette revue systématique apporte des données encourageantes sur l'intérêt d'une supplémentation en fer et en zinc comme complément au traitement du TDAH chez l'enfant. Les résultats varient selon le minéral : le zinc semble agir davantage sur l'hyperactivité et l'impulsivité, le fer sur l'inattention. Cependant, les échantillons étudiés restent limités et les durées de suivi courtes ; des essais de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces observations. Toute supplémentation doit être envisagée en concertation avec l'équipe médicale qui accompagne l'enfant, et ne se substitue pas au traitement prescrit.
Approches complémentaires
La prise en charge du TDAH gagne à s'inscrire dans une approche globale, associant le traitement médical à des interventions nutritionnelles et de mode de vie. Plusieurs pistes complémentaires, à discuter avec l'équipe soignante, ont fait l'objet d'études.
Micronutrition
- Les oméga 3, en particulier le DHA et l'EPA, ont montré dans plusieurs essais un effet modeste mais significatif sur l'inattention et la régulation émotionnelle chez les enfants concernés par le TDAH.
- Le Magnésium est fréquemment déficitaire chez les enfants TDAH et intervient dans la transmission nerveuse et la gestion du stress.
- La Vitamine D fait l'objet de recherches croissantes dans le champ des troubles neurodéveloppementaux.
Phytothérapie
Le Safran (Crocus sativus L.) a fait l'objet d'un essai clinique le comparant au méthylphénidate chez l'enfant TDAH, avec des résultats encourageants sur les symptômes d'inattention et d'hyperactivité.
Aromathérapie
L'huile essentielle de Lavande Vraie (Lavandula angustifolia Mill.) est traditionnellement utilisée pour ses propriétés apaisantes et pourrait contribuer à la gestion de l'agitation et des troubles du sommeil associés au TDAH, en complément d'une prise en charge adaptée.
Toute modification ou ajout à la prise en charge doit être discuté avec le médecin ou le pédopsychiatre qui suit l'enfant.
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