Safran et TDAH chez l'enfant : une étude clinique compare son efficacité au méthylphénidate
En bref
Safran et méthylphénidate : des résultats comparables sur les symptômes du TDAH
L'étude a évalué l'efficacité des deux traitements à l'aide de questionnaires parentaux (SNAP-IV, échelle de Conners abrégée) et d'un test de performance informatisé (CPT-3), une mesure objective de l'attention et de l'impulsivité. Les deux groupes ont montré une amélioration significative de l'ensemble des symptômes du TDAH après trois mois de traitement, sans différence statistiquement significative entre eux.
Un avantage du Safran sur l'hyperactivité
L'analyse détaillée révèle cependant des tendances intéressantes. Sur l'échelle SNAP-IV, le Safran tendait à être plus efficace sur les symptômes d'hyperactivité, tandis que le méthylphénidate montrait un avantage sur les symptômes d'inattention. Sur le test objectif CPT-3, les patients sous Safran ont davantage progressé sur un paramètre lié à l'attention soutenue (Block Change), alors que ceux sous méthylphénidate se sont améliorés davantage sur un marqueur d'impulsivité (Commissions).
Des fonctions exécutives améliorées dans les deux groupes
Au-delà des symptômes du TDAH, les deux traitements ont également amélioré les fonctions exécutives (planification, mémoire de travail, contrôle de soi), évaluées par le questionnaire BRIEF-2. Cette amélioration modérée est cliniquement pertinente, car environ la moitié des enfants et adolescents présentant un TDAH rencontrent des difficultés exécutives au quotidien.
Un bénéfice du Safran sur l'endormissement
Les parents des enfants traités par Safran ont rapporté une amélioration notable du temps d'endormissement, un bénéfice que le méthylphénidate n'a pas apporté. Ce résultat est cohérent avec les propriétés du Safran sur la qualité du sommeil, documentées par d'autres essais cliniques. Il est particulièrement pertinent pour les enfants avec un TDAH, chez qui les troubles du sommeil sont fréquents.
Bonne tolérance dans les deux groupes
Les deux traitements ont été bien tolérés. Des effets indésirables ont été rapportés par environ un quart des patients dans chaque groupe, sans différence significative entre le Safran et le méthylphénidate.
Un essai clinique mené chez 63 enfants et adolescents
L'étude a été conduite dans un service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent en milieu hospitalier. Elle a inclus 63 patients âgés de 7 à 17 ans, diagnostiqués TDAH selon les critères du DSM-5, et n'ayant reçu aucun traitement médicamenteux dans les six mois précédant l'inclusion.
Les patients ont été répartis en deux groupes sur une durée de trois mois :
- Groupe Safran (n = 36) : 30 mg/jour d'extrait de Safran (Saffr'Activ), pris le soir
- Groupe méthylphénidate (n = 27) : méthylphénidate à libération prolongée, jusqu'à 1 mg/kg/jour, pris le matin
L'originalité de cette étude réside dans l'utilisation combinée de mesures subjectives (questionnaires parentaux) et d'une mesure objective (le test informatisé CPT-3), une approche que les essais cliniques précédents sur le Safran dans le TDAH n'avaient pas employée. L'étude a aussi évalué les fonctions exécutives, rarement mesurées dans ce contexte. Il convient toutefois de noter que l'étude n'était ni randomisée ni en aveugle, et que l'échantillon reste modeste — des essais de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Le Safran, un actif aux propriétés neuroprotectrices
Le Safran (Crocus sativus) est une épice extraite des stigmates du crocus. Au-delà de son usage culinaire millénaire, il fait l'objet d'une recherche croissante en neuropsychiatrie. Ses deux familles de composés actifs — les crocines (pigments caroténoïdes) et le safranal (composé aromatique) — agissent sur plusieurs cibles du système nerveux central :
- Les crocines inhibent la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, les deux neurotransmetteurs les plus directement impliqués dans le TDAH.
- Le safranal, de son côté, exerce une action sur la recapture de la sérotonine et la modulation des récepteurs GABA-A.
Ces mécanismes complémentaires pourraient expliquer le spectre large d'action observé dans l'étude : amélioration de l'hyperactivité, de l'attention, des fonctions exécutives et du sommeil.
Trois essais cliniques antérieurs (Baziar et al. 2019, Khaksarian et al. 2021, Pazoki et al. 2022) avaient déjà montré l'efficacité du Safran dans le TDAH, soit en comparaison directe avec le méthylphénidate, soit en association. L'étude de Blasco-Fontecilla et al. se distingue par l'ajout de mesures objectives et l'évaluation des fonctions exécutives.
Cette étude apporte un nouvel argument en faveur de l'extrait de Safran comme option complémentaire dans la prise en charge du TDAH chez l'enfant. L'efficacité comparable au méthylphénidate sur les symptômes principaux, associée à un bénéfice sur l'endormissement, en fait une piste encourageante. Des essais randomisés, en double aveugle et de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces résultats. En attendant, toute démarche de supplémentation doit être discutée avec l'équipe médicale qui suit l'enfant.
Des pistes pour une prise en charge globale du TDAH
La prise en charge du TDAH est multimodale : elle associe généralement un traitement médicamenteux, un accompagnement psychologique et des aménagements au quotidien. Certaines approches nutritionnelles et phytothérapeutiques, soutenues par des données scientifiques, peuvent compléter cette prise en charge — toujours en concertation avec l'équipe soignante.
Micronutrition
- Les acides gras oméga-3, en particulier l'EPA, disposent du niveau de preuve le plus élevé parmi les compléments alimentaires étudiés dans le TDAH. Plusieurs méta-analyses rapportent un effet modéré sur l'attention. Un apport minimal de 500 mg d'EPA par jour est généralement recommandé dans les études.
- Le Zinc et le Fer sont efficaces chez les enfants présentant une carence documentée. En cas de déficit avéré, leur supplémentation peut réduire l'hyperactivité et l'impulsivité. Un bilan biologique préalable est indispensable.
- Le Magnésium, souvent déficitaire chez les enfants présentant un TDAH, fait l'objet de données préliminaires favorables sur l'agitation et le sommeil.
Aromathérapie
L'huile essentielle de Lavande Vraie est étudiée pour ses propriétés apaisantes et son action sur la qualité du sommeil. En diffusion atmosphérique, elle peut contribuer à créer un environnement propice au calme et à l'endormissement, un bénéfice pertinent dans le contexte du TDAH. Son usage chez l'enfant requiert les précautions d'emploi habituelles des huiles essentielles (âge, dilution, voie d'administration).
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