Troubles du sommeil : Lactiplantibacillus plantarum réduit l’insomnie et l’anxiété dans un essai randomisé
En bref
Accès à l'étude complète : doi :10.1038/s41598-025-27861-6
Le GABA, neurotransmetteur clé du sommeil, et un probiotique capable d’en produire
L’acide gamma-aminobutyrique (GABA) est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Il joue un rôle central dans la régulation du sommeil et de l’anxiété : un déficit en GABA est associé à des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes et une anxiété accrue. Plusieurs souches bactériennes, notamment des lactobacilles, sont capables de produire du GABA dans l’intestin, ouvrant la voie à une approche complémentaire via l’axe intestin-cerveau.
Parmi ces souches, Lactobacillus plantarum (aujourd’hui reclassé sous le nom Lactiplantibacillus plantarum) Lp815 a été identifiée pour sa capacité à synthétiser des quantités élevées de GABA dans des conditions proches de celles du gros intestin (pH 4 à 6). En laboratoire, elle produit environ trois fois plus de GABA qu’une souche de référence. Un précédent essai clinique avait déjà montré que Lp815 réduisait significativement les symptômes d’anxiété chez des adultes anxieux, avec une tendance à l’amélioration du sommeil. C’est cette piste que le présent essai a voulu approfondir, cette fois chez des personnes souffrant spécifiquement de troubles du sommeil.
Un essai en double aveugle chez 139 adultes insomniaques
L’essai a randomisé 139 adultes souffrant d’insomnie modérée à sévère : la moitié a reçu 5 milliards d’UFC de Lp815 par jour, l’autre un placebo, pendant six semaines. Le sommeil a été évalué par des questionnaires validés (insomnie, anxiété) et par une bague connectée portée chaque nuit, mesurant objectivement la durée et la qualité du sommeil. Un sous-groupe a fourni des échantillons urinaires pour doser le GABA. Les participants suivaient le protocole depuis leur domicile, ce qui reflète les conditions de vie réelle mais implique une variabilité plus importante qu’en milieu hospitalier.
Sommeil, anxiété, sueurs nocturnes : ce que l’essai a montré
Insomnie
À la semaine 6, le score d’insomnie était significativement plus bas dans le groupe Lp815 que dans le groupe placebo (9,3 contre 12,0). L’amélioration portait sur l’endormissement, le maintien du sommeil et la satisfaction globale vis-à-vis du sommeil. Surtout, 77 % des participants sous Lp815 ont connu une amélioration cliniquement significative (au moins 4 points de baisse sur l’échelle ISI), contre 58 % sous placebo. Les personnes souffrant d’insomnie sévère au départ ont montré les améliorations les plus marquées, avec une réduction notable dès la quatrième semaine.
Anxiété et sueurs nocturnes
Les scores d’anxiété ont diminué de façon significativement plus importante dans le groupe Lp815 dès la deuxième semaine, avec un effet plus prononcé chez les femmes. La sévérité des sueurs nocturnes a également diminué significativement dans le groupe Lp815, alors qu’elle est restée stable sous placebo.
Données objectives du sommeil
Les mesures enregistrées par la bague connectée confirment les résultats subjectifs : le temps passé au lit, la durée totale de sommeil et la durée de sommeil profond ont significativement augmenté dans le groupe Lp815 par rapport au placebo au cours de la période de supplémentation. La tolérance a été bonne, avec uniquement des effets indésirables légers et comparables dans les deux groupes.
La piste du GABA intestinal
Un sous-groupe de participants a fourni des échantillons urinaires à plusieurs reprises au cours de l’essai. Dès la première semaine de supplémentation, les taux de GABA urinaire étaient significativement plus élevés chez les participants prenant Lp815 que chez ceux sous placebo. Cette augmentation s’est maintenue de façon stable jusqu’à la fin de l’essai, sans effet de plateau ni de diminution.
Plus intéressant encore, les taux de GABA urinaire à la semaine 2 étaient inversement corrélés aux scores d’insomnie et d’anxiété : autrement dit, plus le GABA urinaire était élevé, plus l’insomnie et l’anxiété étaient faibles. Ces observations préliminaires, réalisées sur un petit nombre de participants, renforcent l’hypothèse selon laquelle Lp815 agirait en augmentant la production intestinale de GABA, lequel pourrait influencer le système nerveux central via l’axe intestin-cerveau — notamment par la stimulation du nerf vague.
Cet essai clinique contre placebo apporte des résultats encourageants sur l’intérêt du probiotique Lp815, producteur de GABA, pour améliorer le sommeil et réduire l’anxiété. Des études de plus grande ampleur et de plus longue durée seront nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les mécanismes en jeu. Cette approche ne se substitue pas à un traitement médical : si vous souffrez de troubles du sommeil, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant de débuter une supplémentation.
Quelles approches complémentaires pour le sommeil ?
La prise en charge des troubles du sommeil gagne souvent à être globale, en combinant plusieurs approches complémentaires adaptées à chaque situation. Outre l’hygiène de sommeil (horaires réguliers, limitation des écrans, environnement calme), plusieurs pistes naturelles ont fait l’objet d’études cliniques. Il est dans tous les cas recommandé d’en informer son équipe médicale.
Phytothérapie et gemmothérapie
La Teinture mère de Valériane est l’une des plantes les plus étudiées pour les troubles du sommeil, souvent associée à la Passiflore. Le macérat de bourgeons de Tilleul est traditionnellement utilisé pour favoriser la détente et l’endormissement. L’Ashwagandha a montré des effets sur la qualité du sommeil dans plusieurs essais cliniques. Le Safran fait également l’objet de données encourageantes sur l’insomnie.
Aromathérapie
L’huile essentielle de Lavande Vraie a été évaluée dans de nombreux essais cliniques sur le sommeil, en diffusion ou en inhalation. L’huile essentielle de Bergamote a montré des effets sur la qualité du sommeil et le réveil dans un essai randomisé.
Micronutrition
Le magnésium bisglycinate a été évalué dans un essai clinique en double aveugle sur le sommeil. La mélatonine, hormone naturellement produite par l’organisme, fait l’objet de nombreuses études sur l’insomnie, en particulier pour les troubles de l’endormissement.
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