Cet article est une synthèse de la littérature scientifique. Il ne traite d'aucun produit commercial.

En bref

Les troubles du sommeil concernent une part croissante de la population, et les traitements classiques (somnifères, anxiolytiques) présentent des limites bien connues en termes d’effets secondaires et de dépendance. Un essai clinique randomisé en double aveugle contre placebo, publié dans « Scientific Reports » en 2026, a évalué pendant six semaines un probiotique producteur de GABA chez 139 adultes souffrant d’insomnie modérée à sévère. Les résultats montrent une amélioration significative de l’insomnie, de l’anxiété et de mesures objectives du sommeil, avec une augmentation du GABA urinaire dès la première semaine de prise.
Accès à l'étude complètedoi :10.1038/s41598-025-27861-6

Le GABA, neurotransmetteur clé du sommeil, et un probiotique capable d’en produire

L’acide gamma-aminobutyrique (GABA) est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Il joue un rôle central dans la régulation du sommeil et de l’anxiété : un déficit en GABA est associé à des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes et une anxiété accrue. Plusieurs souches bactériennes, notamment des lactobacilles, sont capables de produire du GABA dans l’intestin, ouvrant la voie à une approche complémentaire via l’axe intestin-cerveau.

Parmi ces souches, Lactobacillus plantarum (aujourd’hui reclassé sous le nom Lactiplantibacillus plantarum) Lp815 a été identifiée pour sa capacité à synthétiser des quantités élevées de GABA dans des conditions proches de celles du gros intestin (pH 4 à 6). En laboratoire, elle produit environ trois fois plus de GABA qu’une souche de référence. Un précédent essai clinique avait déjà montré que Lp815 réduisait significativement les symptômes d’anxiété chez des adultes anxieux, avec une tendance à l’amélioration du sommeil. C’est cette piste que le présent essai a voulu approfondir, cette fois chez des personnes souffrant spécifiquement de troubles du sommeil.

En pratique. Comment choisir un complément de probiotiques ? Le produit doit indiquer clairement le genre, l’espèce et la souche du probiotique. Par exemple : Lactobacillus (genre) plantarum (espèce) BIO1096 (souche), déposée à l’Institut Pasteur sous la référence CNCM I-4909. Cette identification garantit la traçabilité de la souche et permet de la relier aux études cliniques publiées. Il est préférable que la souche soit conditionnée dans des gélules gastro-résistantes, afin de limiter l’impact de l’acidité gastrique et d’assurer sa viabilité jusqu’à l’intestin. La quantité de probiotiques doit être clairement précisée en UFC (Unités Formant Colonie) par gélule : dans cet essai, le dosage utilisé était de 5 milliards d’UFC par jour.

Un essai en double aveugle chez 139 adultes insomniaques

L’essai a randomisé 139 adultes souffrant d’insomnie modérée à sévère : la moitié a reçu 5 milliards d’UFC de Lp815 par jour, l’autre un placebo, pendant six semaines. Le sommeil a été évalué par des questionnaires validés (insomnie, anxiété) et par une bague connectée portée chaque nuit, mesurant objectivement la durée et la qualité du sommeil. Un sous-groupe a fourni des échantillons urinaires pour doser le GABA. Les participants suivaient le protocole depuis leur domicile, ce qui reflète les conditions de vie réelle mais implique une variabilité plus importante qu’en milieu hospitalier.

Sommeil, anxiété, sueurs nocturnes : ce que l’essai a montré

Insomnie

À la semaine 6, le score d’insomnie était significativement plus bas dans le groupe Lp815 que dans le groupe placebo (9,3 contre 12,0). L’amélioration portait sur l’endormissement, le maintien du sommeil et la satisfaction globale vis-à-vis du sommeil. Surtout, 77 % des participants sous Lp815 ont connu une amélioration cliniquement significative (au moins 4 points de baisse sur l’échelle ISI), contre 58 % sous placebo. Les personnes souffrant d’insomnie sévère au départ ont montré les améliorations les plus marquées, avec une réduction notable dès la quatrième semaine.

Anxiété et sueurs nocturnes

Les scores d’anxiété ont diminué de façon significativement plus importante dans le groupe Lp815 dès la deuxième semaine, avec un effet plus prononcé chez les femmes. La sévérité des sueurs nocturnes a également diminué significativement dans le groupe Lp815, alors qu’elle est restée stable sous placebo.

Données objectives du sommeil

Les mesures enregistrées par la bague connectée confirment les résultats subjectifs : le temps passé au lit, la durée totale de sommeil et la durée de sommeil profond ont significativement augmenté dans le groupe Lp815 par rapport au placebo au cours de la période de supplémentation. La tolérance a été bonne, avec uniquement des effets indésirables légers et comparables dans les deux groupes.

Message clé. Dans cet essai, plus de trois quarts des participants prenant le probiotique Lp815 ont vu leur insomnie s’améliorer de façon cliniquement significative en six semaines, contre moins de six sur dix sous placebo — avec des bénéfices confirmés par les données objectives d’une bague de suivi du sommeil.

La piste du GABA intestinal

Un sous-groupe de participants a fourni des échantillons urinaires à plusieurs reprises au cours de l’essai. Dès la première semaine de supplémentation, les taux de GABA urinaire étaient significativement plus élevés chez les participants prenant Lp815 que chez ceux sous placebo. Cette augmentation s’est maintenue de façon stable jusqu’à la fin de l’essai, sans effet de plateau ni de diminution.

Plus intéressant encore, les taux de GABA urinaire à la semaine 2 étaient inversement corrélés aux scores d’insomnie et d’anxiété : autrement dit, plus le GABA urinaire était élevé, plus l’insomnie et l’anxiété étaient faibles. Ces observations préliminaires, réalisées sur un petit nombre de participants, renforcent l’hypothèse selon laquelle Lp815 agirait en augmentant la production intestinale de GABA, lequel pourrait influencer le système nerveux central via l’axe intestin-cerveau — notamment par la stimulation du nerf vague.

Ce qu’il faut retenir

Cet essai clinique contre placebo apporte des résultats encourageants sur l’intérêt du probiotique Lp815, producteur de GABA, pour améliorer le sommeil et réduire l’anxiété. Des études de plus grande ampleur et de plus longue durée seront nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les mécanismes en jeu. Cette approche ne se substitue pas à un traitement médical : si vous souffrez de troubles du sommeil, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant de débuter une supplémentation.

Quelles approches complémentaires pour le sommeil ?

La prise en charge des troubles du sommeil gagne souvent à être globale, en combinant plusieurs approches complémentaires adaptées à chaque situation. Outre l’hygiène de sommeil (horaires réguliers, limitation des écrans, environnement calme), plusieurs pistes naturelles ont fait l’objet d’études cliniques. Il est dans tous les cas recommandé d’en informer son équipe médicale.

Phytothérapie et gemmothérapie

La Teinture mère de Valériane est l’une des plantes les plus étudiées pour les troubles du sommeil, souvent associée à la Passiflore. Le macérat de bourgeons de Tilleul est traditionnellement utilisé pour favoriser la détente et l’endormissement. L’Ashwagandha a montré des effets sur la qualité du sommeil dans plusieurs essais cliniques. Le Safran fait également l’objet de données encourageantes sur l’insomnie.

Aromathérapie

L’huile essentielle de Lavande Vraie a été évaluée dans de nombreux essais cliniques sur le sommeil, en diffusion ou en inhalation. L’huile essentielle de Bergamote a montré des effets sur la qualité du sommeil et le réveil dans un essai randomisé.

Micronutrition

Le magnésium bisglycinate a été évalué dans un essai clinique en double aveugle sur le sommeil. La mélatonine, hormone naturellement produite par l’organisme, fait l’objet de nombreuses études sur l’insomnie, en particulier pour les troubles de l’endormissement.


Grant, A. D., Erfe, M. C. B., Delebecque, C. J., Keller, D., Zimmerman, N. P., Kazaryan, A., Oliver, P. L., Moos, J., Luna, V. & Craft, N. (2026). Lactiplantibacillus plantarum Lp815 improves sleep and increases urinary GABA in a randomized, double-blind, placebo-controlled study of sleep disturbance. Scientific Reports, 16, 644. doi :10.1038/s41598-025-27861-6
Avertissement : les informations présentées sur cette page sont issues de la littérature scientifique et sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas un avis médical et ne remplacent pas la consultation d’un professionnel de santé. Les troubles du sommeil peuvent avoir des causes variées nécessitant un diagnostic médical. Avant de débuter une supplémentation, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

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