Les crises de migraine, par leur fréquence et leur durée, altèrent considérablement le quotidien. Une méta-analyse publiée dans « BMJ Open » en 2021, regroupant six essais cliniques randomisés et 371 patients, a évalué l'intérêt de la Coenzyme Q10 en prévention. Ses résultats sur la réduction des crises ouvrent une piste complémentaire à considérer.
Cet article a été mis à jour le 29/06/2026La Coenzyme Q10 (CoQ10), aussi appelée ubiquinone, est une molécule produite naturellement par l’organisme. Elle intervient dans la production d’énergie au sein des mitochondries et possède des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires.
Or, des taux abaissés de CoQ10 ont été rapportés dans le plasma et le tissu cérébral de patients migraineux. L’hypothèse avancée par les chercheurs est qu’un déficit en CoQ10 pourrait favoriser un dysfonctionnement mitochondrial et une inflammation neurologique, deux mécanismes associés au déclenchement des crises. C’est cette piste qui a motivé la réalisation de plusieurs essais cliniques testant la CoQ10 en prévention de la migraine.
Avant cette méta-analyse, deux synthèses publiées en 2019 avaient tenté de faire le point, avec des résultats contradictoires : l’une ne retrouvait aucun bénéfice de la CoQ10, l’autre concluait à une réduction de la fréquence des crises mais sans effet sur la durée ni la sévérité. Ces divergences s’expliquent en partie par l’inclusion d’essais non randomisés ou de populations pédiatriques. L’équipe de Sazali et al. a donc entrepris une méta-analyse plus restrictive, limitée aux seuls essais randomisés contrôlés chez l’adulte.
Les auteurs ont interrogé six bases de données majeures pour identifier tous les essais randomisés comparant la CoQ10 à un placebo chez des adultes migraineux. Six essais totalisant 371 participants ont été retenus, avec des dosages de 30 à 800 mg par jour et une durée de traitement de 2 à 3 mois. La qualité méthodologique a été évaluée par l’outil Cochrane de risque de biais et le niveau de preuve par la méthode GRADE. Le nombre limité d’études et les tailles d’échantillon modestes constituent les principales limites de ce travail.
Le résultat le plus marquant concerne la fréquence mensuelle des crises : les patients supplémentés en CoQ10 ont présenté en moyenne 1,5 crise de moins par mois que ceux du groupe placebo. Ce résultat, issu de cinq essais et 259 participants, est statistiquement significatif (p < 0,001) et ne présente pas d’hétérogénéité entre les études (I² = 0 %), ce qui renforce sa cohérence.
La durée des épisodes migraineux a également diminué de manière significative dans le groupe CoQ10, avec une réduction moyenne de 0,19 heure par mois (p < 0,00001, I² = 0 %). Ce résultat est issu des six essais et 371 participants.
En revanche, la CoQ10 n’a pas réduit significativement l’intensité de la douleur pendant les crises, mesurée par l’échelle visuelle analogique. Ce résultat est marqué par une très forte hétérogénéité entre les études (I² = 99 %), ce qui limite sa fiabilité. L’analyse en sous-groupes selon le dosage (plus ou moins de 400 mg/jour) n’a pas modifié cette conclusion.
Un essai a évalué l’impact sur la qualité de vie à l’aide de questionnaires validés : les scores de handicap (MIDAS) et d’impact des céphalées (HIT-6) se sont améliorés dans le groupe CoQ10. Un autre essai a rapporté une réduction des jours de nausées liées à la migraine. Concernant la tolérance, les seuls effets indésirables rapportés — épisodes de diarrhée et coloration des urines — étaient mineurs et sans différence significative par rapport au placebo.
Cette méta-analyse apporte un signal encourageant en faveur de la Coenzyme Q10 pour réduire la fréquence et la durée des crises migraineuses. Le niveau de preuve reste toutefois modéré, en raison du faible nombre d’essais et de la taille limitée des échantillons : des études de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces résultats. La supplémentation en CoQ10 ne se substitue pas aux traitements prescrits par le médecin ; elle s’inscrit comme une piste complémentaire, à discuter avec son équipe soignante.
La prise en charge de la migraine gagne souvent à combiner plusieurs approches. Au-delà de la Coenzyme Q10, d’autres pistes nutritionnelles et naturelles ont fait l’objet d’études cliniques et peuvent être envisagées en complément du traitement médical, en accord avec son médecin.
Le magnésium est l’un des suppléments les plus étudiés en prévention de la migraine. Son rôle dans la régulation de l’excitabilité neuronale et du tonus vasculaire en fait un candidat de choix. La riboflavine (vitamine B2), impliquée elle aussi dans le métabolisme mitochondrial, a montré des résultats prometteurs à haute dose dans plusieurs essais cliniques. Ces deux micronutriments étaient d’ailleurs utilisés en association avec la CoQ10 dans l’un des essais inclus dans cette méta-analyse.
Un essai clinique publié en 2024 dans BMC Medicine a montré qu’une co-supplémentation en probiotiques et vitamine D pendant 12 semaines réduisait la fréquence et l’intensité des crises chez des patients migraineux, en agissant sur l’axe intestin-cerveau. C’est une piste récente qui reste à confirmer par des études de plus grande ampleur.
En application locale, certaines huiles essentielles sont traditionnellement utilisées pour soulager les maux de tête. L’huile essentielle de Menthe Poivrée, riche en menthol, est reconnue par l’Agence européenne du médicament pour son usage en application cutanée contre les céphalées. L’huile essentielle de Lavande Vraie constitue une alternative pour les personnes plus sensibles, grâce à ses propriétés antalgiques et apaisantes.
Dans tous les cas, il est important d’informer son médecin ou pharmacien avant de débuter toute supplémentation ou approche complémentaire.
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Nathalie