Ménopause et ostéoporose : une méta-analyse évalue l’effet des probiotiques sur la densité osseuse
En bref
Microbiote intestinal et os : un dialogue biologique de mieux en mieux compris
Les probiotiques sont des micro-organismes vivants — principalement des bactéries des genres Lactobacillus et Bifidobacterium — qui, consommés en quantité suffisante, exercent des effets bénéfiques sur la santé. On les associe le plus souvent à la digestion, mais leur champ d’action s’étend bien au-delà de l’intestin.
Des travaux récents ont montré que la composition du microbiote intestinal se modifie de façon notable après la ménopause, et que ces changements sont corrélés à la perte de masse osseuse. Plusieurs mécanismes sont identifiés :
- régulation de l’inflammation, en freinant la production de molécules pro-inflammatoires qui accélèrent la destruction osseuse ;
- amélioration de l’absorption intestinale du calcium et de la vitamine D ;
- contribution à la production intestinale d’estrogènes ;
- stimulation de la synthèse d’acides gras à chaîne courte, qui inhibent l’activité des ostéoclastes (cellules responsables de la résorption osseuse).
Chez l’animal, la supplémentation en probiotiques a montré des effets positifs sur la densité osseuse de rongeurs mimant la ménopause. Chez la femme, toutefois, les données cliniques restaient fragmentaires : la publication récente de plusieurs nouveaux essais a permis de doubler le nombre d’études disponibles, justifiant cette nouvelle synthèse.
Douze essais cliniques passés au crible
La méta-analyse de Wang, Wei et Liu a rassemblé 12 essais cliniques randomisés publiés entre 2017 et 2024, incluant au total 1 183 femmes ménopausées. Les essais provenaient de sept pays et les durées de supplémentation variaient de 3 à 24 mois. Quatre essais utilisaient une souche unique — notamment Lactobacillus reuteri ou Lactobacillus acidophilus —, tandis que les huit autres recouraient à des formulations multi-souches. Les doses allaient de moins de 100 millions à plusieurs milliards d’unités formant colonies (UFC) par jour.
La densité minérale osseuse (DMO) a été mesurée par absorptiométrie biphotonique (DXA), la méthode de référence, au niveau du rachis lombaire et de la hanche. Plusieurs marqueurs sanguins du remodelage osseux ont également été analysés. L’hétérogénéité entre les études était élevée, en raison de la diversité des souches, des doses et des durées de traitement ; les auteurs ont utilisé un modèle statistique adapté et réalisé des analyses de sensibilité confirmant la robustesse des résultats.
Des gains significatifs sur la densité osseuse
Par rapport aux groupes témoins, les femmes supplémentées en probiotiques présentaient une amélioration significative de la densité osseuse, à la fois au niveau du rachis lombaire et de la hanche. En parallèle, deux marqueurs de la résorption osseuse étaient significativement diminués :
- le CTX (un fragment du collagène osseux libéré lors de la destruction de l’os) ;
- la phosphatase alcaline osseuse (BALP), un marqueur du remodelage osseux.
Ces résultats suggèrent que les probiotiques pourraient freiner la perte osseuse en ralentissant l’activité des ostéoclastes. En revanche, les marqueurs de formation osseuse (P1NP, ostéocalcine) n’étaient pas modifiés de façon significative, ce qui oriente plutôt vers un effet anti-résorptif qu’un effet stimulant la construction d’os nouveau.
Dose, durée, souches : ce que révèlent les analyses en sous-groupes
Les auteurs ont exploré plusieurs facteurs susceptibles d’influencer l’efficacité des probiotiques sur la densité osseuse.
La dose compte
Les essais utilisant des doses élevées (au moins 1 milliard d’UFC par jour) montraient des améliorations significatives de la DMO lombaire et de la hanche. À des doses plus faibles, le bénéfice n’atteignait pas le seuil de significativité statistique.
La durée aussi
Les supplémentations prolongées (plus de 12 mois) étaient associées à un bénéfice supérieur sur la DMO lombaire, comparées aux interventions de six mois ou moins. Pour la hanche, la tendance allait dans le même sens sans atteindre la significativité statistique.
Souche unique ou multi-souches ?
L’analyse n’a pas mis en évidence de différence nette entre les formulations à souche unique et celles combinant plusieurs souches. Identifier les souches les plus efficaces pour la santé osseuse reste une question ouverte pour les recherches futures.
Approches complémentaires
La prévention de la perte osseuse après la ménopause repose sur une approche globale, associant activité physique adaptée, alimentation équilibrée et, lorsque nécessaire, un traitement médical. Certaines pistes complémentaires peuvent être envisagées en parallèle, toujours après avis médical.
Micronutrition
- Un apport suffisant en calcium (par l’alimentation en priorité) et en vitamine D reste le socle de la prévention osseuse.
- La vitamine K2, qui aide à diriger le calcium vers la trame osseuse, fait également l’objet d’un intérêt croissant.
Gemmothérapie et phytothérapie
- Le macérat de bourgeons de Pin sylvestre est traditionnellement utilisé en gemmothérapie pour son tropisme ostéo-articulaire. Il est réputé pour soutenir la reminéralisation osseuse.
- Plus largement, la ménopause s’accompagne souvent d’autres troubles — bouffées de chaleur, perturbations du sommeil, fragilité articulaire — pour lesquels plusieurs plantes ont été documentées (Houblon, Sauge sclarée, Safran, entre autres). Un panorama complet de ces approches est disponible dans le guide dédié aux traitements naturels contre les troubles de la ménopause.
Rappel : toute supplémentation doit être signalée à l’équipe médicale, en particulier en cas de traitement en cours pour l’ostéoporose.
Wang, F., Wei, W., & Liu, P. J. (2024). Effects of probiotic supplementation on bone health in postmenopausal women: a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Endocrinology, 15, 1487998. https://doi.org/10.3389/fendo.2024.1487998
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