Polyarthrite rhumatoïde : la Cannelle réduit douleurs articulaires et inflammation dans un essai clinique
En bref
Accès à l'étude complète : DOI 10.1080/07315724.2018.1460733
Des données précliniques qui ont motivé un essai chez l'humain
La Cannelle (Cinnamomum) est utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle, notamment pour ses propriétés anti-inflammatoires. Le cinnamaldéhyde, son principal composé actif, ainsi que d'autres polyphénols comme les proanthocyanidines et la quercétine, ont montré dans des études de laboratoire et sur des modèles animaux d'arthrite une capacité à réduire la production de cytokines pro-inflammatoires, en particulier le TNF-α, une molécule clé dans l'entretien de l'inflammation articulaire. Ces effets s'exercent notamment par l'inhibition du NF-κB, un facteur de transcription central dans la cascade inflammatoire.
Malgré ces résultats précliniques encourageants, aucun essai clinique n'avait jusqu'alors évalué l'effet de la cannelle chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. C'est cette lacune que l'étude présentée ici a cherché à combler.
Un essai randomisé en double aveugle sur 36 femmes
Trente-six femmes atteintes de polyarthrite rhumatoïde active depuis au moins deux ans, toutes sous traitement de fond (DMARDs), ont été réparties en deux groupes : 2 000 mg de poudre de cannelle par jour (quatre capsules) ou un placebo identique, pendant huit semaines.
Les critères mesurés au début et à la fin de l'étude comprenaient :
- la CRP (protéine C-réactive) et le TNF-α, deux marqueurs de l'inflammation dans le sang ;
- le score d'activité de la maladie (DAS-28) ;
- l'intensité de la douleur sur une échelle visuelle (VAS) ;
- le nombre d'articulations douloureuses et gonflées.
L'observance a dépassé 90 % dans les deux groupes et aucun effet indésirable notable n'a été rapporté. L'effectif reste modeste et la durée de suivi courte, ce qui appelle une confirmation par des essais de plus grande envergure.
Inflammation et symptômes articulaires : des améliorations sur tous les critères
Marqueurs inflammatoires
La CRP a significativement diminué dans le groupe cannelle alors qu'elle a augmenté dans le groupe placebo. Le TNF-α, cytokine pro-inflammatoire directement impliquée dans la destruction articulaire, a également baissé de manière significative chez les femmes supplémentées en cannelle, sans changement notable dans le groupe placebo.
Score d'activité de la maladie
Le DAS-28, score composite qui intègre le nombre d'articulations atteintes, les marqueurs biologiques et l'évaluation du patient, a significativement diminué dans le groupe cannelle, passant en moyenne d'une activité élevée à une activité modérée. Dans le groupe placebo, ce score est resté stable.
Douleur et articulations atteintes
L'intensité de la douleur, mesurée sur une échelle visuelle, a significativement diminué chez les femmes prenant la cannelle. Le nombre d'articulations douloureuses au toucher et le nombre d'articulations gonflées ont tous deux baissé de manière très marquée dans le groupe cannelle, alors qu'ils sont restés stables dans le groupe placebo. L'ampleur de ces améliorations constitue le résultat le plus frappant de cette étude.
Cet essai clinique, le premier à évaluer la cannelle chez des patientes atteintes de polyarthrite rhumatoïde, montre des résultats encourageants sur l'inflammation et les symptômes articulaires après huit semaines de supplémentation à 2 000 mg par jour. L'effectif reste limité à 36 participantes et les résultats devront être confirmés par des études plus larges et plus longues. Cette approche ne se substitue pas au traitement médical ; toute supplémentation doit être envisagée en accord avec le rhumatologue ou le médecin traitant.
Approches complémentaires
La prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde repose en priorité sur le suivi médical et le traitement de fond. Plusieurs approches complémentaires, documentées par des essais cliniques ou des méta-analyses, peuvent être discutées avec l'équipe soignante.
Micronutrition
La vitamine D fait l'objet de données convergentes dans la polyarthrite rhumatoïde. Une méta-analyse portant sur 11 essais cliniques et plus de 1 100 patients a montré une réduction significative du score d'activité de la maladie, de la CRP et de la vitesse de sédimentation chez les patients supplémentés.
La NAC (N-acétylcystéine) est une autre piste explorée : une première méta-analyse de quatre essais randomisés a mis en évidence une réduction des marqueurs inflammatoires et du nombre d'articulations atteintes.
Phytothérapie
La curcumine du Curcuma est l'un des composés naturels les plus étudiés dans ce contexte. Une méta-analyse de sept essais contrôlés randomisés a confirmé une réduction significative du score d'activité de la maladie et de trois marqueurs inflammatoires. Le Curcuma (Curcuma longa) peut être utilisé sous forme d'extrait standardisé en curcuminoïdes.
Aromathérapie
En application locale, certaines huiles essentielles anti-inflammatoires et antalgiques peuvent apporter un soulagement ponctuel lors des poussées. L'huile essentielle de Gaulthérie Odorante, riche en salicylate de méthyle, et l'huile essentielle d'Eucalyptus Citronné, riche en citronellal, figurent parmi les plus utilisées, diluées dans une huile végétale et appliquées en massage sur les articulations douloureuses, tout en respectant leurs précautions d'emploi en contre-indications.
Hygiène de vie
La Société française de rhumatologie recommande aux patients atteints de polyarthrite rhumatoïde d'adopter une alimentation de type méditerranéen, riche en fruits, légumes, poissons gras et huile d'olive, et d'augmenter les apports en oméga-3 pour contribuer à moduler l'inflammation. Le maintien d'une activité physique adaptée, même modérée, aide à préserver la mobilité articulaire et à limiter la raideur.
Dans tous les cas, il est important d'informer l'équipe médicale de toute supplémentation ou usage de produits naturels, afin d'éviter d'éventuelles interactions avec les traitements en cours.
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