Depuis quelques années, les oméga 7 (principalement l’acide palmitoléique) et les huiles d’Argousier (pépins ou pulpe) font l’objet d’un engouement croissant dans le domaine du bien-être et de la cosmétique. Des sites commerciaux leur attribuent aussi de multiples vertus par voie orale : hydratation profonde, anti-âge, régulation du cholestérol, protection cardiovasculaire, anti-inflammatoire… Mais que disent réellement les études cliniques réalisées chez l’humain ? Cette popularité repose sur des arguments séduisants, mais elle mérite d’être examinée à la lumière des données nutritionnelles et cliniques actuelles.
Cet article a été mis à jour le 02/03/2026
Les promoteurs des oméga 7 (en particulier l’acide palmitoléique) ou de l’huile d’Argousier (Hippophae rhamnoides) par voie orale mettent en avant plusieurs bénéfices potentiels :
Ces affirmations s’appuient sur quelques références scientifiques mais elles mélangent souvent les données issues d’études précliniques (sur des cellules ou des animaux) avec de véritables essais cliniques humains, ce qui peut induire le consommateur en erreur. Par ailleurs, les oméga 7 sont souvent présentés comme des acides gras « rares » et donc à forte valeur ajoutée.
Les données cliniques disponibles sont cependant encore limitées. Les rares essais randomisés contrôlés publiés (le plus haut niveau de preuve) portent sur de petits effectifs. Il importe aussi de distinguer les résultats obtenus avec l’huile de pulpe d'Argousier ou l'huile de pépins d’Argousier, ou encore avec l’acide palmitoléique pur.
Dermatite atopique : un essai randomisé en double aveugle (49 patients, 4 mois, 5 g/j d’huile de pulpe d'Argousier) a montré une amélioration de l’eczéma, mais celle-ci était également observée dans le groupe placebo (paraffine). La différence spécifique à l’huile de pulpe est donc incertaine (Yang et al., 1999).
Profil lipidique : dans la même étude, l’huile de pulpe a augmenté significativement le HDL-cholestérol (dit « bon cholestérol »), passant de 1,38 à 1,53 mmol/L (Yang et al., 1999). C’est un résultat intéressant, mais isolé et non reproduit dans d’autres essais.
Sécheresse oculaire : les données de restauration de la sécrétion lacrymale proviennent d’un modèle murin (souris), pas d’un essai humain (Nakamura et al., 2017).
Autres effets : les bénéfices avancés en matière de protection gastrique, d’action anti-inflammatoire (psoriasis), de protection hépatique ou d’amélioration de la densité osseuse proviennent exclusivement de modèles animaux ou cellulaires et n’ont pas été confirmés chez l’humain.
Dermatite atopique : dans le même essai (Yang et al., 1999), l’huile de graines (5 g/j) n’a pas amélioré significativement les symptômes par rapport au placebo. Elle a seulement modifié le profil d’acides gras sanguins.
Vieillissement cutané : un petit essai (60 femmes, 2 g/j pendant 3 mois) a rapporté une amélioration de l’hydratation, de l’élasticité et de la rugosité cutanée, mais sans groupe placebo, ce qui limite considérablement la portée de ces résultats (Yang et al., 2009).
Fibrose hépatique : chez 50 patients cirrhotiques, un extrait de baie (45 g/j, 6 mois) a réduit des marqueurs de fibrose. Mais il s’agissait d’un extrait global de baie, pas d’huile de graines isolée (Gao et al., 2003).
Inflammation et douleur : un essai randomisé contrôlé (688 mg/j de palmitoléate, 3 semaines) chez des adultes souffrant de douleurs musculo-squelettiques chroniques n’a montré aucune réduction de la CRP, du TNF-α, de l’IL-6, ni d’amélioration de la qualité de vie par rapport au placebo (Sasagawa et al., 2021).
Barrière cutanée : un essai randomisé en double aveugle (90 femmes, 500 mg/j, 12 semaines) a montré une amélioration significative de l’hydratation cutanée et une diminution de la perte en eau transépidermique. En revanche, aucun effet significatif n’a été constaté sur l’élasticité, la rugosité de surface ni la sévérité des rides (Koh et al., 2023).
Plusieurs éléments importants sont rarement mentionnés dans les discours promotionnels :
Contrairement aux oméga 3 et oméga 6, que notre organisme ne peut pas fabriquer, les oméga 7 sont synthétisés naturellement par le corps humain. Il n’existe donc pas de « carence » en oméga 7 à proprement parler, et l’intérêt d’une supplémentation systématique reste à démontrer.
L’huile de pépins d’Argousier contient moins de 2 % d’oméga 7. Il ne faut donc pas confondre « huile d’Argousier » tout court et « huile riche en oméga 7 ». Son intérêt repose principalement sur sa richesse en acides gras polyinsaturés (oméga 3 et oméga 6) et ses propriétés cosmétiques. De plus, son prix étant élevé, il est conseillé de privilégier d’autres huiles végétales alimentaires riches en oméga 3 comme l’huile de Lin ou l’huile de Cameline pour couvrir ses besoins nutritionnels.
L’huile de pulpe d’Argousier est effectivement plus concentrée en oméga 7 (22 à 41 %). Cependant, comme l’huile de Palme, elle est également trop riche en acide palmitique ((22 à 43%), un acide gras saturé connu pour ses effets négatifs sur la santé cardiovasculaire en cas de consommation excessive, notamment chez les personnes à risque.
Les effets anti-ulcère, hépatoprotecteurs, anti-diabétiques, neuroprotecteurs et anti-ostéoporose n’ont été observés que chez l’animal (rat, souris). Ces résultats sont intéressants pour orienter la recherche, mais ils ne constituent pas une preuve d’efficacité chez l’humain. De nombreuses molécules prometteuses chez l’animal ne confirment pas leur effet en essai clinique humain.
Pour les consommateurs qui souhaitent malgré tout intégrer des oméga 7 à leur alimentation, l’huile végétale de Macadamia constitue une alternative intéressante. Elle contient entre 18 et 28 % d’acide palmitoléique, avec un profil lipidique plus équilibré que l’huile de pulpe d’Argousier (moindre teneur en acide palmitique saturé). Des études cliniques ont d’ailleurs été menées spécifiquement avec des noix de Macadamia, montrant des effets favorables sur les paramètres lipidiques.
L’huile d’Avocat fait aussi partie des rares sources végétales d'oméga 7, mais sa teneur est plus faible (3 à 12%) tout en étant assez élevée en acide palmitique (12 à 25%).
La diversité alimentaire reste la meilleure approche : consommer régulièrement des noix, des huiles végétales variées et des poissons gras couvre généralement l’ensemble des besoins en acides gras, y compris ceux que le corps synthétise lui-même.
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Publication : Fadhel, M., & Hassan, A. (2023). Anti-inflammatory effect of omega-7 against doxorubicin-induced cardiotoxicity in male rats: An observational study. F1000Research. https://doi.org/10.12688/f1000research.128965.1
Publication : Koh, Y., Seok, J., Park, J., Kim, K., Yoo, K., Kim, Y., & Kim, B. (2023). Efficacy and safety of oral palmitoleic acid supplementation for skin barrier improvement: A 12-week, randomized, double-blinded, placebo-controlled study. Heliyon, 9. https://doi.org/10.1016/j.heliyon.2023.e16711
Publication : Nakamura, S., Kimura, Y., Mori, D., et al. (2017). Restoration of Tear Secretion in a Murine Dry Eye Model by Oral Administration of Palmitoleic Acid. Nutrients, 9.
Publication : Yang, B., Kalimo, K., Mattila, L., Kallio, S., Katajisto, J., Peltola, O., & Kallio, H. (1999). Effects of dietary supplementation with sea buckthorn (Hippophaë rhamnoides) seed and pulp oils on atopic dermatitis.. The Journal of nutritional biochemistry, 10 11, 622-30. https://doi.org/10.1016/s0955-2863(99)00049-2
Publication : Sasagawa, M., Boclair, M., & Amieux, P. (2021). Omega-7 Mixed Fatty Acid Supplementation Fails to Reduce Serum Inflammatory Biomarkers: A Placebo-Controlled, Double-Blind Randomized Crossover Trial. Nutrients, 13. https://doi.org/10.3390/nu13082801
Publication : Park, K., Hong, J., Kim, S., Kim, J., Kim, K., & Park, K. (2022). Anti-Osteoporosis Effects of the Fruit of Sea Buckthorn (Hippophae rhamnoides) through Promotion of Osteogenic Differentiation in Ovariectomized Mice. Nutrients, 14. https://doi.org/10.3390/nu14173604
Publication : Rédei, D., Kúsz, N., Jedlinszki, N., Blazsó, G., Zupkó, I., & Hohmann, J. (2017). Bioactivity-Guided Investigation of the Anti-Inflammatory Activity of Hippophae rhamnoides Fruits. Planta Medica, 84, 26 - 33. https://doi.org/10.1055/s-0043-114424
Publication : Zou, H., Hao, P., Cao, Y., Li, L., Ding, R., Bai, X., & Xue, Y. (2023). Hippophae rhamnoides reverses decreased CYP2D6 expression in rats with BCG-induced liver injury. Scientific Reports, 13. 023-44590-w https://doi.org/10.1038/s41598
Publication : Balkrishna, A., Sakat, S., Joshi, K., Joshi, K., Sharma, V., Ranjan, R., Bhattacharya, K., & Varshney, A. (2019). Cytokines Driven Anti-Inflammatory and Anti-Psoriasis Like Efficacies of Nutraceutical Sea Buckthorn (Hippophae rhamnoides) Oil. Frontiers in Pharmacology, 10. https://doi.org/10.3389/fphar.2019.01186
Publication : Xing, J., Yang, B., Dong, Y., Wang, B., Wang, J., & Kallio, H. (2002). Effects of sea buckthorn (Hippophaë rhamnoides L.) seed and pulp oils on experimental models of gastric ulcer in rats.. Fitoterapia, 73 7-8, 644-50. https://doi.org/10.1016/s0367-326x(02)00221-6
Publication : Yang, B., Bonfigli, A., Pagani, V., et al. (2009). Effects of oral supplementation and topical application of supercritical CO₂ extracted sea buckthorn oil on skin ageing of female subjects. Journal of Applied Cosmetology, 27, 13–25.
Publication : Gao, Z., Gu, X., Cheng, F., & Jiang, F. (2003). Effect of sea buckthorn on liver fibrosis: a clinical study.. World journal of gastroenterology, 9 7, 1615-7. https://doi.org/10.3748/wjg.v9.i7.1615
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