Curcumine et stéatose hépatique : une méta-analyse confirme la baisse des transaminases
En bref
Accès à l’étude complète : doi :10.1002/fsn3.4144
La curcumine, un anti-inflammatoire naturel étudié pour le foie
Le Curcuma (Curcuma longa), plante de la famille des Zingibéracées, doit l’essentiel de ses propriétés à ses curcuminoïdes — dont la curcumine est le composé principal. Antioxydante et anti-inflammatoire, cette molécule est étudiée dans de nombreuses pathologies chroniques : syndrome métabolique, troubles articulaires, dyslipidémies.
Son intérêt dans la stéatose hépatique repose sur un mécanisme central : la curcumine réduit l’activité de médiateurs pro-inflammatoires comme le TNF-α, une cytokine impliquée dans la progression des atteintes hépatiques. Plusieurs essais cliniques ont ainsi évalué son effet sur les enzymes du foie — avec des résultats toutefois variables d’une étude à l’autre.
Des résultats contradictoires d’un essai à l’autre
Plusieurs essais cliniques randomisés ont rapporté une baisse significative de l’ALT et de l’AST sous curcumine chez des patients atteints de stéatose hépatique, tandis que d’autres n’ont retrouvé aucun effet notable. Ces divergences pourraient s’expliquer par des différences de dosage, de forme galénique, de durée de supplémentation ou de taille d’échantillon. Certains essais n’exigeaient pas, par exemple, un taux élevé d’enzymes hépatiques comme critère d’inclusion, ce qui a pu atténuer les effets mesurés. C’est précisément cette hétérogénéité qui justifiait une synthèse rigoureuse de l’ensemble des données disponibles.
Quatorze essais cliniques passés au crible
Les auteurs ont interrogé trois bases de données médicales pour identifier tous les essais contrôlés randomisés comparant la curcumine à un placebo chez des adultes atteints de stéatose hépatique non alcoolique. Quatorze essais totalisant 778 patients ont été retenus, avec des doses de 50 à 3 000 mg par jour sur 8 à 12 semaines. L’hétérogénéité entre les études est restée élevée et les résultats devront être confirmés par des essais de plus grande envergure.
Des enzymes hépatiques en baisse significative
ALT (alanine aminotransférase)
La synthèse de 12 études a mis en évidence une réduction significative de l’ALT dans les groupes curcumine par rapport au placebo. Les analyses de sous-groupes montrent que cet effet est particulièrement net chez les patients de moins de 45 ans et dans les études portant sur de plus grands échantillons (plus de 55 participants). La baisse de l’ALT est observée aussi bien avec 8 qu’avec 12 semaines de supplémentation.
AST (aspartate aminotransférase)
L’analyse de 13 études confirme également une baisse significative de l’AST sous curcumine. L’effet est retrouvé dans les deux tranches d’âge étudiées et avec les deux durées de traitement. En revanche, les analyses de sous-groupes suggèrent que les doses modérées (inférieures à 1 000 mg/jour) seraient plus efficaces sur ce paramètre que les doses élevées — un résultat qui pourrait s’expliquer par la nature des formulations utilisées à faible dose, souvent à biodisponibilité améliorée.
ALP (phosphatases alcalines)
Sur les cinq essais ayant mesuré les phosphatases alcalines, la curcumine n’a pas montré d’effet significatif en analyse globale. Toutefois, l’analyse par sous-groupes révèle un bénéfice significatif lorsque la supplémentation dure au moins 12 semaines — ce qui pourrait s’expliquer par la faible biodisponibilité de la curcumine, nécessitant un temps d’exposition plus long pour agir sur ce marqueur.
Comment la curcumine agit-elle sur les enzymes du foie ?
L’ALT et l’AST sont des marqueurs de souffrance hépatocellulaire : leur élévation traduit une inflammation et un stress oxydatif au niveau du foie. Or la curcumine agit précisément sur ces deux mécanismes.
- Elle inhibe l’activation du facteur NF-κB, une voie de signalisation centrale dans l’inflammation hépatique associée à la stéatose.
- Elle réduit la production de TNF-α, une cytokine pro-inflammatoire directement impliquée dans la progression des lésions du foie.
- Ses propriétés antioxydantes permettent de neutraliser les espèces réactives de l’oxygène responsables des dommages aux cellules hépatiques.
Ces deux voies convergentes — anti-inflammatoire et antioxydante — expliquent la baisse des transaminases observée dans la méta-analyse et sont cohérentes avec les données précliniques accumulées sur le sujet.
Cette méta-analyse de 14 essais cliniques randomisés confirme que la supplémentation en curcumine peut contribuer à réduire les transaminases hépatiques (ALT et AST) chez les patients atteints de stéatose hépatique non alcoolique. L’effet sur les phosphatases alcalines nécessite une durée de traitement plus longue. Ces résultats encourageants demandent à être consolidés par des essais de plus grande envergure et sur des populations plus diversifiées. La curcumine ne se substitue pas au traitement médical : toute supplémentation doit être discutée avec l’équipe soignante.
Approches complémentaires
La stéatose hépatique s’inscrit dans un contexte métabolique global où l’alimentation, l’activité physique et la gestion du poids jouent un rôle central. Au-delà de la curcumine, d’autres approches nutritionnelles et phytothérapeutiques disposent de données cliniques et peuvent s’envisager en complément, toujours en concertation avec l’équipe médicale.
Berbérine
La Berbérine, alcaloïde issu notamment de l’Épine-Vinette (Berberis vulgaris), a fait l’objet d’une méta-analyse publiée en 2024 dans le Journal of Translational Medicine, portant sur 10 essais cliniques et 811 patients atteints de stéatose hépatique. Les résultats montrent une amélioration significative des enzymes hépatiques (ALT, AST, GGT), des triglycérides, du cholestérol total et de la résistance à l’insuline, avec un profil de tolérance favorable.
Chardon-Marie (silymarine)
La silymarine, complexe de flavonoïdes extrait des graines de Chardon-Marie (Silybum marianum), est l’un des hépatoprotecteurs les mieux étudiés. Une revue systématique de 29 essais cliniques randomisés publiée en 2023 rapporte une amélioration des marqueurs hépatiques dans près de deux tiers des études, avec des résultats particulièrement nets dans la stéatose hépatique non alcoolique.
Artichaut
L’Artichaut (Cynara scolymus) est traditionnellement utilisé pour soutenir la fonction hépatobiliaire. Un essai pilote randomisé publié en 2026 a montré qu’un extrait de feuilles d’Artichaut réduisait significativement la stéatose hépatique et le volume du foie dès trois semaines chez des patients obèses, ouvrant une piste complémentaire intéressante.
Coenzyme Q10
La Coenzyme Q10 est un antioxydant liposoluble impliqué dans la production d’énergie mitochondriale. Un essai randomisé en double aveugle publié en 2024 dans Cardiovascular Diabetology a montré qu’une supplémentation à haute dose pendant six mois réduisait la stéatose hépatique tout en améliorant la fonction vasculaire et cardiaque. Ces résultats préliminaires ouvrent une piste intéressante, compte tenu du rôle du dysfonctionnement mitochondrial dans cette pathologie.
Toute supplémentation doit être discutée au préalable avec son médecin ou son pharmacien, en particulier en cas de traitement en cours.
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