Cet article est une synthèse de la littérature scientifique. Il ne traite d'aucun produit commercial.

En bref

La stéatose hépatique touche jusqu’à 95 % des personnes en attente de chirurgie bariatrique, compliquant l’intervention elle-même. Un essai pilote randomisé, publié en 2026 dans le « Journal of Clinical Lipidology », a évalué l’extrait de feuilles d’Artichaut chez 40 patients obèses dans ce contexte. Les résultats sur la graisse du foie sont encourageants.
L’essentiel. Chez les patients obèses recevant l’extrait d’Artichaut, la stéatose hépatique a significativement diminué dès trois semaines de prise, avec une réduction parallèle du volume du foie — un bénéfice non observé dans le groupe placebo. C’est la première fois que cet effet est démontré spécifiquement chez des patients en obésité sévère, dans le cadre d’un essai randomisé contre placebo. Accès à l’étude complète : DOI 10.1016/j.jacl.2025.10.063

L’Artichaut, un hépatoprotecteur documenté mais jamais testé chez les patients obèses

L’extrait de feuilles d’Artichaut (Cynara scolymus L.) est étudié depuis les années 1960 pour ses propriétés hépatoprotectrices. Son principal composé actif, la cynarine, possède des effets antioxydants et hypolipémiants documentés par plusieurs essais cliniques. Une méta-analyse publiée en 2022, regroupant sept essais randomisés, a confirmé que la supplémentation en Artichaut abaisse les enzymes hépatiques chez des personnes de poids normal à modérément en surpoids.

En 2018, un essai contrôlé avait montré qu’une prise d’Artichaut pendant huit semaines réduisait la stéatose hépatique, la taille du foie et les transaminases chez des patients non obèses. Cependant, aucune étude n’avait évalué ces effets chez des patients en obésité sévère, dont l’IMC dépasse 35 kg/m² — une population pourtant massivement touchée par la stéatose, avec des mécanismes métaboliques différents. C’est cette lacune que l’essai « SteatoChoke-Study » a cherché à combler.

En pratique. Comment choisir un complément d’Artichaut ? Pour un extrait de feuilles d’Artichaut de qualité, le critère principal est le titrage en cynarine, le marqueur de référence reconnu par la Pharmacopée européenne. Les extraits utilisés dans les essais cliniques sont standardisés à 2,5 % de cynarine minimum.

Quarante patients, deux phases, trois mesures : le protocole de l’essai

Quarante patients candidats à une chirurgie bariatrique (IMC moyen ~49 kg/m²) ont été répartis au hasard en deux groupes de 20 : l’un a reçu 2 600 mg par jour d’extrait d’Artichaut (standardisé à 2,5 % de cynarine), l’autre un placebo identique, pendant six semaines. Les trois dernières semaines, les deux groupes suivaient également un régime hypocalorique préopératoire. La stéatose a été quantifiée par FibroScan (un appareil mesurant la teneur en graisse du foie) et le volume hépatique par échographie, à trois moments : avant l’intervention, à trois semaines et à six semaines. Essai de petite taille et monocentrique, ses résultats devront être confirmés par des études plus larges.

Une réduction de la stéatose mesurable dès trois semaines

La graisse du foie recule significativement

Le score de stéatose mesuré par FibroScan a significativement diminué dans le groupe Artichaut, avec une baisse déjà notable après trois semaines de prise. Le groupe placebo, lui, n’a pas connu de changement significatif sur ce paramètre au fil du temps. Les auteurs soulignent que l’effet observé entre la troisième et la sixième semaine, période durant laquelle le régime préopératoire était commun aux deux groupes, suggère un bénéfice propre de l’Artichaut, s’ajoutant à celui du régime.

Le foie diminue de volume

Les diamètres des deux lobes du foie ont diminué dans le groupe Artichaut. Le lobe gauche — celui qui gêne le plus l’accès chirurgical lors d’une opération bariatrique — a perdu en moyenne 7,5 mm de diamètre en trois semaines. Le lobe droit a diminué de 13 mm sur la même période. Ces réductions se sont maintenues jusqu’à la sixième semaine. Dans le groupe placebo, aucune évolution significative n’a été mesurée.

Cholestérol et composition corporelle : des signaux complémentaires

Chez les participantes, le cholestérol LDL a eu tendance à diminuer sous Artichaut, alors qu’il a augmenté sous placebo — une interaction significative entre les groupes. Le pourcentage de masse grasse a également évolué différemment : stable sous Artichaut dès les trois premières semaines, il a augmenté sous placebo sur la même période. Ces résultats secondaires, observés sur de petits sous-groupes, restent exploratoires.

Message clé. L’effet de l’Artichaut sur la stéatose hépatique s’est manifesté dès trois semaines de prise, avant même le début du régime préopératoire. Cela suggère un effet propre de l’extrait, indépendant de la restriction calorique.

Des transaminases en hausse : un signal inattendu à surveiller

Contrairement aux études précédentes menées chez des patients non obèses, cet essai a observé une augmentation de l’AST (une enzyme hépatique) dans le groupe Artichaut, devenue significative à six semaines. La proportion de valeurs anormales pour l’ALT (l’autre transaminase) a également augmenté dans ce groupe entre la troisième et la sixième semaine.

Les auteurs avancent une hypothèse : chez des patients en obésité sévère et stéatose avancée, la mobilisation rapide des graisses hépatiques stimulée par l’Artichaut pourrait générer un stress oxydatif transitoire, lié à l’afflux d’acides gras dans les cellules du foie. Ce phénomène n’a pas été accompagné d’effets indésirables cliniques — aucun événement indésirable n’a été rapporté durant l’essai. Il reste à déterminer, dans des études plus longues, si ces élévations se normalisent avec la poursuite du traitement.

Ce qu’il faut retenir.

Cet essai pilote est le premier à évaluer l’extrait de feuilles d’Artichaut chez des patients en obésité sévère avec stéatose hépatique avancée. Les résultats montrent une réduction significative de la graisse hépatique et du volume du foie dès trois semaines. La hausse inattendue des transaminases dans cette population invite toutefois à la prudence et devra être mieux comprise. Ces données préliminaires, issues d’un essai portant sur 40 patients, nécessitent confirmation par des études plus larges et plus longues. Toute démarche de supplémentation doit être discutée avec l’équipe médicale.

Foie, métabolisme et stéatose : des approches complémentaires à explorer

La stéatose hépatique s’inscrit dans un contexte métabolique global. Au-delà de l’Artichaut, d’autres approches documentées par la recherche peuvent contribuer à soutenir la fonction hépatique — toujours en complément d’un suivi médical.

Phytothérapie
  • Le Chardon-Marie, grâce à son principe actif la silymarine, est l’un des hépatoprotecteurs les mieux étudiés. Plusieurs méta-analyses montrent un effet favorable sur les enzymes hépatiques et la stéatose.
  • Le Curcuma, par la curcumine, a montré dans plusieurs essais contrôlés des effets anti-inflammatoires et une réduction des enzymes hépatiques chez des patients atteints de stéatose.
  • La Berbérine a fait l'objet d'essais cliniques avec une amélioration significative des enzymes hépatiques et d'autres marqueurs métaboliques (riglycérides, cholestérol total, insulino-résistance).
Micronutrition
  • Les Oméga 3 (EPA et DHA) sont documentés par de nombreux essais cliniques pour leur capacité à réduire l’accumulation de graisses dans le foie et à améliorer le profil lipidique.
  • La Coenzyme Q10, antioxydant naturellement présent dans les cellules, a montré dans un essai randomisé en double aveugle une réduction de la stéatose hépatique et une amélioration des marqueurs cardiovasculaires chez des patients atteints de stéatose métabolique.
Hygiène de vie

L’activité physique régulière, même modérée, est l’une des interventions les mieux documentées pour réduire la stéatose hépatique, indépendamment de la perte de poids. Les recommandations actuelles préconisent au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine.

Toute supplémentation ou modification de l’hygiène de vie doit être discutée avec l’équipe médicale, en particulier dans un contexte de préparation à une chirurgie.


Holländer, S., Marth, E., Scherber, P. R., Spiliotis, A., Al-Ali, A., Gäbelein, G., & Glanemann, M. (2026). Artichoke leaf extract reduces steatosis and decreases liver size in prebariatric patients: A randomized placebo-controlled pilot trial—The “SteatoChoke-Study.” Journal of Clinical Lipidology, 20(1), 167–178. doi:10.1016/j.jacl.2025.10.063
Avertissement : Les informations présentées sur cette page sont issues de la littérature scientifique et sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas un avis médical et ne remplacent pas la consultation d’un professionnel de santé. Avant de débuter une supplémentation, demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.

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