La stéatose hépatique métabolique reste une condition pour laquelle les options de traitement sont limitées. Un essai randomisé en double aveugle portant sur 60 patients, publié en 2024 dans « Cardiovascular Diabetology », a évalué les effets de 6 mois de supplémentation en Coenzyme Q10 à haute dose. Les résultats, tant sur la graisse hépatique que sur les fonctions vasculaire et cardiaque, ouvrent une piste encourageante.
Cet article a été mis à jour le 29/06/2026La Coenzyme Q10 (CoQ10) est une molécule liposoluble présente dans la quasi-totalité des cellules, en particulier au niveau des mitochondries, où elle participe à la production d'énergie. Elle existe sous deux formes — ubiquinone (oxydée) et ubiquinol (réduite) — dont la conversion permanente est nécessaire à son fonctionnement. Au-delà de son rôle énergétique, le CoQ10 agit comme antioxydant en protégeant les membranes cellulaires contre les dommages liés au stress oxydatif.
C'est précisément cette double fonction qui a conduit les chercheurs à s'y intéresser dans le contexte de la stéatose hépatique métabolique (MASLD, anciennement NAFLD). Cette affection, caractérisée par une accumulation de graisse dans le foie, s'accompagne d'un dysfonctionnement mitochondrial et d'une diminution des défenses antioxydantes. Or le stress oxydatif joue un rôle reconnu dans la progression de l'atteinte hépatique, notamment vers la fibrose, ou la NASH (stéatohépatite métabolique).
Avant cet essai, une seule étude randomisée avait évalué le CoQ10 dans la stéatose hépatique. Conduite par Farsi et al. en 2016, elle portait sur 41 patients, avec une dose de 100 mg/jour pendant 3 mois. Les résultats montraient une amélioration des enzymes hépatiques et des marqueurs inflammatoires, mais la stéatose n'était évaluée que par échographie, une méthode moins précise que l'élastographie (FibroScan). Par ailleurs, aucune étude n'avait mesuré l'impact du CoQ10 sur la fonction endothéliale, vasculaire et cardiaque chez ces patients — un angle pourtant essentiel, car la MASLD est associée à un risque cardiovasculaire accru.
C'est cette lacune que l'essai de Vrentzos et al. a cherché à combler, avec une cohorte plus large, un dosage plus élevé, une durée de traitement plus longue et des techniques de mesure plus précises. Il s'agit toutefois d'une étude monocentrique portant sur 60 patients, dont les résultats devront être confirmés par des essais de plus grande envergure.
Soixante patients atteints de MASLD, sans diabète, ont été répartis au hasard en deux groupes égaux : l'un recevant 240 mg/jour de CoQ10 (sous forme de deux comprimés contenant également de la choline, du chardon-marie, de la cynarine, du sélénium et des vitamines C, B1, B6 et B12), l'autre recevant un placebo. Tous les participants ont bénéficié de conseils diététiques fondés sur le régime méditerranéen et d'un encouragement à pratiquer au moins 150 minutes d'exercice modéré par semaine.
Il est important de noter que les comprimés utilisés dans l'étude n'étaient pas du CoQ10 pur : ils contenaient plusieurs autres actifs, ce qui ne permet pas d'attribuer avec certitude l'ensemble des résultats au seul CoQ10.
Le score de stéatose (CAP) a diminué de manière significative dans le groupe CoQ10, passant en moyenne de 305 à 281 dB/m, soit une réduction d'environ 8 %. Le groupe placebo n'a montré aucune évolution significative. Le taux de LDL-cholestérol a également baissé de façon significative sous CoQ10. En revanche, aucune différence n'a été observée sur la fibrose hépatique.
Les marqueurs vasculaires et cardiaques se sont améliorés de manière significative dans le groupe CoQ10, tandis que le groupe placebo est resté stable :
Aucun de ces marqueurs n'a évolué dans le groupe placebo.
Aucun effet indésirable grave n'a été rapporté. Un seul patient du groupe CoQ10 a présenté une douleur abdominale légère, résolutive sous traitement symptomatique.
La MASLD n'est pas qu'un problème hépatique. L'accumulation de graisse dans le foie s'accompagne d'une inflammation chronique et d'une perturbation des signaux métaboliques qui augmentent le risque de complications cardiovasculaires — athérosclérose, dysfonction endothéliale, rigidité artérielle. C'est d'ailleurs la cause cardiovasculaire, et non hépatique, qui reste la première cause de mortalité chez les patients atteints de MASLD.
Les options thérapeutiques restent encore limitées. Le resmétirom, récemment approuvé aux États-Unis, ne concerne que les formes avancées avec fibrose modérée à sévère. Pour les stades plus précoces, la prise en charge repose essentiellement sur l'alimentation et l'activité physique. Dans ce contexte, des approches complémentaires capables d'agir simultanément sur le foie et sur le risque cardiovasculaire présentent un intérêt particulier — c'est précisément ce que suggèrent les résultats de cet essai.
Cet essai est l'un des premiers à montrer qu'une supplémentation en CoQ10 à haute dose (240 mg/jour pendant 6 mois) peut réduire la stéatose hépatique tout en améliorant la fonction endothéliale, vasculaire et myocardique chez des patients atteints de MASLD. Ces résultats sont encourageants, mais doivent être confirmés par des études de plus grande envergure. Les comprimés utilisés contenaient d'autres actifs que le CoQ10, ce qui limite l'attribution des résultats à cette seule molécule. Cette approche ne se substitue pas à un suivi médical : toute supplémentation doit être discutée avec l'équipe soignante.
La prise en charge de la stéatose hépatique métabolique repose avant tout sur l'alimentation et l'activité physique. Plusieurs compléments naturels ont fait l'objet d'essais cliniques et peuvent, en complément d'une hygiène de vie adaptée, constituer des pistes intéressantes à explorer avec l'accord de l'équipe médicale.
La Silymarine, principal actif du Chardon-Marie (Silybum marianum), est l'un des compléments les plus étudiés dans la stéatose hépatique. Plusieurs méta-analyses d'essais randomisés ont montré une réduction significative des enzymes hépatiques (ALAT, ASAT) chez les patients atteints de NAFLD/MASLD, à des doses de 200 à 420 mg/jour. Une méta-analyse publiée en 2024 dans Annals of Hepatology (Li et al., 26 essais, 2 375 patients) a confirmé cet effet, indépendamment de toute perte de poids.
La Berbérine, alcaloïde issu notamment de l'Épine-Vinette (Berberis vulgaris), a montré des résultats encourageants dans une méta-analyse publiée en 2024 dans le Journal of Translational Medicine (Nie et al.). Les données suggèrent une amélioration des enzymes hépatiques, du profil lipidique et de la sensibilité à l'insuline, bien que le niveau de preuve reste à consolider.
Les acides gras oméga-3 (EPA et DHA) ont montré un effet favorable sur la graisse hépatique et le profil lipidique dans plusieurs méta-analyses d'essais randomisés. Une méta-analyse publiée en 2024 dans Cureus (Aziz et al., 15 études) a confirmé une réduction significative des enzymes hépatiques (ALAT, ASAT) et des triglycérides sous supplémentation en oméga-3.
La vitamine E a elle aussi fait l'objet de nombreux essais cliniques dans la NAFLD/MASLD. Une revue parapluie publiée en 2023 dans le Journal of Digestive Diseases (Wang et al.) a conclu à une réduction significative des enzymes hépatiques et de la stéatose, avec un effet sur la fibrose observé à des doses supérieures à 600 UI/jour et sur des durées d'au moins 12 mois.
Rappelons que ces approches ne se substituent pas au suivi médical. Toute supplémentation doit être discutée au préalable avec son médecin ou son pharmacien, en particulier en cas de traitement en cours.
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Nathalie