Thé vert et risque cardiovasculaire : une méta-analyse confirme des effets sur le cholestérol et la glycémie
En bref
Accès à l'étude complète : DOI 10.3389/fnut.2022.1084455
Du bol de thé au complément alimentaire
Le Thé vert (Camellia sinensis) est l'une des boissons les plus consommées au monde. Ses feuilles, non fermentées, conservent une forte teneur en polyphénols, et en particulier en catéchines. Parmi celles-ci, l'épigallocatéchine-3-gallate (EGCG) est la plus abondante et la mieux étudiée. C'est principalement sur ces composés que repose l'intérêt croissant pour les extraits de thé vert en supplémentation.
Plusieurs grandes études de cohorte ont montré une association entre la consommation régulière de thé vert et une réduction du risque d'événements cardiovasculaires. L'une d'elles, portant sur plus de 40 000 adultes suivis pendant plusieurs années, a observé une réduction de 22 à 33 % de la mortalité cardiovasculaire chez les consommateurs réguliers. Cependant, les essais cliniques menés avec des extraits concentrés ont longtemps abouti à des résultats contradictoires, certains montrant un bénéfice sur le cholestérol ou la glycémie, d'autres n'observant aucun effet notable. C'est pour tenter de clarifier ces divergences que la présente méta-analyse a été entreprise.
Antioxydant, hypolipémiant, régulateur glycémique : des mécanismes identifiés
Protection antioxydante
L'activité cardioprotectrice du thé vert repose principalement sur les propriétés antioxydantes de ses catéchines. L'EGCG stimule les enzymes antioxydantes de l'organisme (catalase, superoxyde dismutase), inhibe les enzymes pro-oxydantes et neutralise les radicaux libres. Des travaux in vitro ont montré que ces catéchines protègent les lipoprotéines de basse densité (LDL) contre l'oxydation, un processus clé dans la formation de la plaque d'athérome.
Effet sur le cholestérol
Sur le plan lipidique, l'extrait de thé vert réduirait l'absorption intestinale du cholestérol et diminuerait sa concentration hépatique. L'augmentation de la production d'acides biliaires et un léger effet thermogénique ont aussi été proposés comme mécanismes contributifs.
Glycémie et pression artérielle
Concernant la glycémie, les catéchines du thé vert augmenteraient les taux circulants d'adiponectine, une hormone sécrétée par le tissu adipeux qui améliore la sensibilité à l'insuline. Cette adiponectine jouerait également un rôle dans la régulation de la pression artérielle, par ses effets anti-athérogènes et sa capacité à limiter l'hypertension induite par le sel.
Cinquante-cinq essais cliniques randomisés compilés
Les auteurs ont interrogé les bases PubMed, Scopus, Web of Science et Embase pour identifier l'ensemble des essais cliniques randomisés évaluant l'effet d'une supplémentation en thé vert sur les facteurs de risque cardiovasculaire. Sur plus de 11 000 références initiales, 55 essais cliniques (63 comparaisons) ont été retenus, totalisant 4 874 participants. Les durées d'intervention allaient de 2 à 48 semaines, et les dosages utilisés variaient largement d'une étude à l'autre. Les paramètres suivis comprenaient le profil lipidique (cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides), les marqueurs glycémiques (glycémie à jeun, hémoglobine glyquée, insuline, HOMA-IR), la pression artérielle et la protéine C-réactive (CRP).
Les effets mesurés sur le cholestérol, la glycémie et la tension
Profil lipidique
- Le cholestérol total et le LDL-cholestérol (« mauvais » cholestérol) diminuent significativement, tandis que le HDL-cholestérol, le « bon » cholestérol, augmente.
- L'effet global sur les triglycérides n'atteint pas le seuil de significativité statistique, mais les triglycérides diminuent de manière significative lorsque la supplémentation dure plus de 12 semaines.
- La réduction du cholestérol total est plus marquée chez les personnes en surpoids et chez celles dont le cholestérol de départ dépasse 200 mg/dl.
- La baisse du LDL est particulièrement nette chez les personnes en surpoids non diabétiques.
Contrôle glycémique
La glycémie à jeun diminue de façon significative après supplémentation, de même que l'hémoglobine glyquée (HbA1c), un marqueur du contrôle glycémique sur les deux à trois derniers mois.
En revanche, ni l'insuline à jeun ni l'indice HOMA-IR, qui mesure la résistance à l'insuline, ne sont modifiés de manière significative.
L'effet sur la glycémie à jeun est plus net lorsque la supplémentation dure plus de 12 semaines, que le dosage reste inférieur à 1 000 mg par jour et que les valeurs de départ se situent sous le seuil de 100 mg/dl.
Pression artérielle
La pression artérielle diastolique diminue de façon modeste mais significative. L'effet est plus marqué chez les personnes obèses et chez celles dont la pression diastolique de départ dépasse 80 mmHg. La pression artérielle systolique, en revanche, n'est pas significativement modifiée dans l'analyse globale.
Inflammation (CRP)
Aucun effet significatif de la supplémentation en thé vert n'a été observé sur la protéine C-réactive, un marqueur de l'inflammation systémique, quels que soient le dosage, la durée ou le profil des participants.
Cette méta-analyse de 55 essais cliniques montre que la supplémentation en extrait de thé vert est associée à des améliorations modestes mais significatives du profil lipidique (cholestérol total, LDL, HDL), de la glycémie à jeun, de l'hémoglobine glyquée et de la pression diastolique. L'effet sur les triglycérides n'apparaît qu'avec des durées de supplémentation supérieures à 12 semaines. L'hétérogénéité importante entre les études et la présence de biais invitent toutefois à considérer ces résultats comme encourageants, plutôt que définitifs. Des essais complémentaires, plus homogènes en termes de dosage et de durée, restent nécessaires pour préciser les conditions optimales de supplémentation. Cette approche ne se substitue pas au traitement médical ni au suivi cardiologique.
Approches complémentaires
La prévention cardiovasculaire repose avant tout sur un suivi médical adapté et des mesures hygiéno-diététiques. Plusieurs approches complémentaires, évaluées dans des essais cliniques ou des méta-analyses, peuvent s'inscrire dans cette démarche globale, en concertation avec l'équipe soignante.
Micronutrition
Les oméga-3 à longue chaîne (EPA et DHA) font l'objet d'une documentation abondante en prévention cardiovasculaire. Une méta-analyse de 40 essais cliniques portant sur plus de 135 000 participants a montré une réduction significative du risque d'infarctus du myocarde, avec un effet proportionnel à la dose.
Le coenzyme Q10 est un antioxydant endogène dont les taux diminuent avec l'âge et la prise de statines. Plusieurs méta-analyses rapportent une réduction de la mortalité chez les patients atteints d'insuffisance cardiaque, ainsi qu'une baisse modérée de la pression artérielle systolique.
Le Magnésium contribue au fonctionnement normal du muscle cardiaque. Des méta-analyses ont montré qu'une supplémentation est associée à une réduction significative de la pression artérielle, en particulier chez les personnes dont les apports sont insuffisants.
Phytothérapie
L'Ail noir (Allium sativum), obtenu par fermentation de l'ail frais, a montré dans des essais cliniques un effet modéré sur la réduction de la pression artérielle et du cholestérol total.
La feuille d'Olivier (Olea europaea), riche en oleuropéine, a fait l'objet d'une méta-analyse rapportant une réduction significative de la pression artérielle systolique et diastolique chez les personnes hypertendues.
La Cannelle (Cinnamomum spp.) a été évaluée dans plusieurs méta-analyses suggérant un effet favorable sur la glycémie, les triglycérides et la pression artérielle.
La teinture mère d'Aubépine (Crataegus spp.) est utilisée depuis longtemps pour ses effets sur la sphère cardiovasculaire. Une revue Cochrane a conclu à un bénéfice en complément du traitement de l'insuffisance cardiaque légère à modérée.
Hygiène de vie
L'activité physique régulière constitue l'un des piliers de la prévention cardiovasculaire. Les recommandations internationales préconisent au minimum 150 minutes d'activité modérée par semaine. Une alimentation riche en fruits, légumes, légumineuses et poissons gras contribue également à un meilleur profil lipidique et glycémique.
Toute supplémentation ou modification des habitudes de vie doit être envisagée en concertation avec l'équipe médicale, en particulier en cas de traitement cardiovasculaire en cours.
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