Kudzu : bienfaits, vertus et indications de Pueraria lobata
En bref
Le kudzu et la consommation d'alcool : le bienfait le mieux documenté
La propriété la plus étudiée du kudzu concerne sa capacité à réduire la consommation d'alcool. Plusieurs essais cliniques randomisés, menés principalement par l'équipe de recherche du McLean Hospital (Harvard Medical School), ont produit des résultats convergents sur ce sujet.
Un premier essai contrôlé contre placebo a montré qu'un traitement de 7 jours par un extrait de kudzu réduisait significativement le nombre de bières consommées par des buveurs excessifs, tout en modifiant le comportement de consommation : gorgées plus petites, temps allongé entre chaque bière. Aucun effet indésirable notable n'a été rapporté, et l'envie subjective de boire n'était pas modifiée (Lukas et al., 2005). Un essai ultérieur a testé la puérarine seule (1 200 mg par jour pendant 7 jours) et observé une réduction similaire de la consommation, avec une modification du rythme de prise (Penetar et al., 2012).
L'essai le plus long a évalué un extrait standardisé (NPI-031, apportant 250 mg d'isoflavones trois fois par jour) pendant 4 semaines chez 17 buveurs excessifs non demandeurs de soins. La consommation hebdomadaire a diminué de 34 à 57 %, le nombre de jours d'abstinence a augmenté, et le nombre de jours de forte consommation (binge drinking) a diminué. L'extrait a été bien toléré, sans effet indésirable notable ni altération des fonctions hépatique ou rénale (Lukas et al., 2013).
Réduction de 34 à 57 % de la consommation d'alcool hebdomadaire observée chez des buveurs excessifs traités pendant 4 semaines avec un extrait standardisé de kudzu (250 mg d'isoflavones, trois fois par jour), dans un essai randomisé en double aveugle contre placebo (Lukas et al., 2013).
Une dose unique de 2 g d'extrait de kudzu (520 mg d'isoflavones) a également suffi à réduire la consommation lors d'une session de binge drinking en conditions contrôlées, confirmant la rapidité d'action de l'extrait (Penetar et al., 2015). Par ailleurs, un autre essai a montré que le kudzu ne modifie pas les effets subjectifs de l'alcool (sensation d'ivresse, coordination) et ne perturbe pas le cycle veille-sommeil, ce qui constitue un avantage potentiel par rapport à d'autres approches pharmacologiques (Penetar et al., 2011).
Le mécanisme d'action exact reste à élucider. L'hypothèse principale porte sur une accélération transitoire de l'absorption de l'éthanol, qui entraînerait un pic plasmatique plus rapide et une satiété plus précoce. L'inhibition de certaines enzymes du métabolisme de l'alcool (aldéhyde déshydrogénase, alcool déshydrogénase) par les isoflavones constitue une autre piste. Pour approfondir ce sujet, consultez notre page dédiée au kudzu et la réduction de la consommation d'alcool.
Le kudzu et le sevrage tabagique
Le kudzu est parfois présenté comme une aide au sevrage tabagique. Cette indication repose principalement sur l'usage traditionnel et sur l'extrapolation des résultats obtenus dans le domaine de l'alcool : si les isoflavones du kudzu modifient les comportements addictifs liés à l'alcool, elles pourraient agir de manière analogue sur d'autres dépendances.
À ce jour, aucun essai clinique publié n'a spécifiquement évalué l'efficacité du kudzu sur le sevrage tabagique chez l'humain. Cette indication ne peut donc pas être considérée comme validée par la science. Les personnes souhaitant arrêter de fumer sont invitées à se rapprocher d'un professionnel de santé pour bénéficier d'un accompagnement adapté. Pour un état des lieux complet des données disponibles, consultez notre page kudzu et tabac.
Ménopause, santé cardiovasculaire : les autres pistes à l'étude
Symptômes de la ménopause
Les isoflavones du kudzu possèdent une activité oestrogénique faible, ce qui a conduit à leur évaluation dans le contexte des symptômes de la ménopause. Un essai exploratoire mené chez 50 femmes ménopausées a testé plusieurs schémas posologiques d'un extrait lyophilisé de racine de kudzu pendant 4 semaines. Les scores de symptômes ménopausiques (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes) ont diminué significativement dans quatre des cinq groupes. Parallèlement, les marqueurs de résorption osseuse (CTX-I) ont baissé de manière dose-dépendante (Bihlet et al., 2021). Ces résultats sont toutefois limités par l'absence de groupe placebo, la petite taille des groupes et la courte durée de l'étude.
D'autres essais ont produit des résultats mitigés : une étude portant sur 127 femmes ménopausées n'a pas observé de bénéfice significatif du kudzu sur les symptômes climatériques par rapport à un placebo (Woo et al., 2003, cité dans la revue Ulbricht et al., 2015). L'hétérogénéité des préparations utilisées (dosages, espèces de Pueraria, durées de traitement) rend les comparaisons difficiles. L'état actuel des données ne permet pas de recommander le kudzu comme alternative établie pour la gestion des symptômes de la ménopause.
Santé cardiovasculaire
La puérarine, principale isoflavone du kudzu, fait l'objet de recherches dans le domaine cardiovasculaire, principalement en Chine. Une méta-analyse portant sur 41 études et 2 953 patients a évalué l'injection intraveineuse de puérarine en complément du traitement conventionnel de l'angor instable. Les résultats ont montré des améliorations sur l'incidence de l'angor, les tracés ECG et les taux d'endothéline (Gao et al., 2015). Il convient toutefois de noter que ces études portaient sur la puérarine injectable, non sur des compléments alimentaires oraux, et que la qualité méthodologique des essais inclus était globalement faible.
Des données précliniques suggèrent également un potentiel antidiabétique de la puérarine, avec des effets hypoglycémiants et une amélioration de la résistance à l'insuline observés sur des modèles animaux (Chen et al., 2018). Ces résultats restent à confirmer par des essais cliniques chez l'humain.
Les isoflavones du kudzu : puérarine, daidzéine et génistéine
Les racines du kudzu contiennent une concentration élevée d'isoflavones, une famille de polyphénols à laquelle sont attribuées la plupart des propriétés biologiques de la plante. Trois composés principaux se distinguent.
La teneur en isoflavones varie considérablement d'un produit à l'autre. Une analyse de produits commerciaux a montré que la plupart contenaient moins de 1 % d'isoflavones (Lukas et al., 2005), ce qui souligne l'importance de choisir un extrait titré et standardisé pour obtenir un apport fiable. Le ratio entre les trois isoflavones dépend de la méthode d'extraction et de la partie de la plante utilisée ; la racine est la partie la plus riche en puérarine.
Comment choisir un bon complément de kudzu
La qualité d'un complément de kudzu repose sur quelques critères déterminants pour son efficacité réelle. Le titrage en isoflavones est le paramètre le plus important : c'est la concentration en principes actifs qui conditionne l'effet biologique, pas la quantité brute de poudre de racine.
Extrait titré à 30-40 % d'isoflavones, concentré (ratio 5:1 ou supérieur), garantissant un apport équivalent à plusieurs centaines de mg de racine brute en une seule gélule.
Extrait titré entre 10 et 30 % d'isoflavones. L'apport quotidien peut nécessiter 2 à 3 gélules pour obtenir un apport significatif en isoflavones.
Extrait peu concentré (titrage inférieur à 10 %) ou poudre de racine brute non titrée. L'apport en isoflavones est inconnu ou très faible, ce qui rend la supplémentation peu pertinente.
Produit sans indication de titrage, sans mention de la teneur en isoflavones, ou revendiquant des propriétés sans aucun rapport avec les données scientifiques existantes.
Les essais cliniques ayant produit des résultats positifs ont utilisé des doses d'isoflavones comprises entre 250 et 750 mg par jour. Toutefois, aucun essai clinique n'a évalué l'efficacité d'un apport de 60 mg d'isoflavones par jour, dose courante des compléments alimentaires disponibles en France. Il n'est donc pas possible d'affirmer qu'un tel dosage produit un effet comparable à celui observé dans les études. Pour en savoir plus sur les recommandations de dosage, consultez notre page kudzu : posologie et dosage.
Précautions, contre-indications et effets secondaires du kudzu
Le kudzu est globalement bien toléré dans les essais cliniques publiés. La revue systématique d'Ulbricht et al. (2015) n'a pas identifié de contre-indication formelle en dehors de l'hypersensibilité à la plante. Les effets indésirables rapportés dans les études sont fréquents mais généralement bénins (céphalées, bouffées de chaleur principalement).
Précautions :
- Réservé à l'adulte.
- Activité oestrogénique faible des isoflavones : le kudzu est déconseillé en cas d'antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein, de cancer hormonodépendant (utérus, ovaire) ou de traitement par tamoxifène.
- Interactions possibles avec les antidiabétiques (effet hypoglycémiant additif, données précliniques) et le méthotrexate (augmentation des concentrations plasmatiques, données animales).
- Grossesse et allaitement : données de sécurité insuffisantes. L'utilisation est déconseillée.
- Des cas isolés de néphrite interstitielle et d'atteinte hépatique ont été rapportés, sans lien de causalité formel établi.
Les isoflavones du kudzu exercent des effets contradictoires sur les enzymes du cytochrome P450 (inhibition du CYP2D6, induction du CYP1A2), ce qui pourrait théoriquement modifier le métabolisme de certains médicaments. La pertinence clinique de ces interactions reste à déterminer. Si vous prenez un traitement médicamenteux, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant de prendre du kudzu. Pour un développement complet sur la sécurité d'emploi, consultez notre page kudzu : dangers et effets secondaires.
Sources
- Lukas, S. E., Penetar, D., Berko, J., Vicens, L., Palmer, C., Mallya, G., Macklin, E. A., & Lee, D. Y.-W. (2005). An extract of the Chinese herbal root kudzu reduces alcohol drinking by heavy drinkers in a naturalistic setting. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 29(5), 756-762. doi:10.1097/01.alc.0000163499.64347.92
- Penetar, D. M., Toto, L. H., Farmer, S. L., Lee, D. Y.-W., Ma, Z., Liu, Y., & Lukas, S. E. (2012). The isoflavone puerarin reduces alcohol intake in heavy drinkers: a pilot study. Drug and Alcohol Dependence, 126(1-2), 251-256. doi:10.1016/j.drugalcdep.2012.04.012
- Lukas, S. E., Penetar, D., Su, Z., Geaghan, T., Maywalt, M., Tracy, M., Rodolico, J., Palmer, C., Ma, Z., & Lee, D. Y.-W. (2013). A standardized kudzu extract (NPI-031) reduces alcohol consumption in nontreatment-seeking male heavy drinkers. Psychopharmacology, 226(1), 65-73. doi:10.1007/s00213-012-2884-9
- Penetar, D. M., Toto, L. H., Lee, D. Y.-W., & Lukas, S. E. (2015). A single dose of kudzu extract reduces alcohol consumption in a binge drinking paradigm. Drug and Alcohol Dependence, 153, 194-200. doi:10.1016/j.drugalcdep.2015.05.025
- Penetar, D. M., Maclean, R. R., McNeil, J. F., & Lukas, S. E. (2011). Kudzu extract treatment does not increase the intoxicating effects of acute alcohol in human volunteers. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 35(4), 726-734. doi:10.1111/j.1530-0277.2010.01390.x
- Bihlet, A. R., Byrjalsen, I., Andersen, J. R., Simonsen, S. F., Mundbjerg, K., Helmer, B., Riis, B. J., Karsdal, M. A., & Christiansen, C. (2021). The efficacy and safety of multiple dose regimens of kudzu (Pueraria lobata) root extract on bone and cartilage turnover and menopausal symptoms. Frontiers in Pharmacology, 12, 760629. doi:10.3389/fphar.2021.760629
- Gao, Z., Wei, B., & Qian, C. (2015). Puerarin injection for treatment of unstable angina pectoris: a meta-analysis and systematic review. International Journal of Clinical and Experimental Medicine, 8(9), 14577-14594. PMID : 26628941
- Chen, X., Yu, J., & Shi, J. (2018). Management of diabetes mellitus with puerarin, a natural isoflavone from Pueraria lobata. The American Journal of Chinese Medicine, 46(8), 1771-1789. doi:10.1142/S0192415X18500891
- Ulbricht, C., Costa, D., Dam, C., D'Auria, D., Giese, N., Isaac, R., LeBlanc, Y., Rusie, E., Weissner, W., & Windsor, R. C. (2015). An evidence-based systematic review of kudzu (Pueraria lobata) by the Natural Standard Research Collaboration. Journal of Dietary Supplements, 12(1), 36-104. doi:10.3109/19390211.2014.904123
Avertissement : les informations présentées dans cet article sont données à titre informatif et ne se substituent pas à un avis médical. Consultez un professionnel de santé avant de prendre un complément alimentaire, en particulier si vous êtes enceinte, allaitante, sous traitement médicamenteux ou atteint d'une pathologie.
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