Le kudzu peut-il aider à arrêter de fumer ? Ce que dit la science
En bref
Ce que montrent les études sur le kudzu et le tabac
La littérature scientifique sur le kudzu et les addictions a été développée principalement dans le contexte de la consommation d'alcool. Les travaux menés à la Harvard Medical School par l'équipe de Lukas et Penetar constituent le principal socle de données cliniques. Un essai randomisé contrôlé en double aveugle contre placebo a évalué un extrait standardisé de kudzu chez dix-sept hommes gros buveurs non demandeurs de traitement : avec une posologie de 250 mg d'isoflavones totales trois fois par jour pendant quatre semaines, la consommation d'alcool a diminué de 34 à 57 %, le nombre de jours d'abstinence a augmenté, et aucun effet indésirable notable n'a été rapporté (Lukas et al., 2013). Une étude pilote antérieure avait montré que la puérarine isolée, à la dose de 1 200 mg par jour pendant une semaine, réduisait la consommation de bière chez dix volontaires en conditions contrôlées, avec une modification observable du comportement : gorgées plus petites et temps allongé entre les verres (Penetar et al., 2012). Ces résultats, bien que significatifs pour la consommation d'alcool, n'ont jamais été reproduits dans le contexte du tabagisme.
En ce qui concerne le tabac, les données sont beaucoup plus rares. Une revue de la littérature consacrée aux plantes médicinales dans le traitement des dépendances à l'alcool et à la nicotine souligne que les études portant sur le kudzu et la dépendance nicotinique sont insuffisantes pour conclure à une quelconque efficacité (Ozarowski et al., 2013). Aucun essai clinique randomisé évaluant l'effet du kudzu ou de l'une de ses isoflavones sur l'arrêt du tabac n'a été identifié dans les bases de données biomédicales. La plupart des allégations que l'on peut lire sur internet reposent sur une extrapolation non fondée des résultats obtenus sur l'alcool vers d'autres formes de dépendance.
Des travaux précliniques ont cependant exploré l'action de la puérarine sur les lésions cellulaires associées au tabagisme. Une étude in vitro menée sur des cellules épithéliales bronchiques humaines exposées à un extrait de fumée de cigarette a montré que la puérarine atténuait le stress oxydatif et l'apoptose cellulaire, en agissant sur la voie FUNDC1/PI3K/AKT/mTOR (Wang et al., 2022). Ces résultats relèvent de la protection tissulaire et non du sevrage : ils mettent en évidence un potentiel face aux dommages cellulaires causés par la fumée, mais ne renseignent pas sur la capacité du kudzu à aider un fumeur à arrêter.
Des mécanismes étudiés pour l'alcool, non transposables au tabac
Les mécanismes proposés pour expliquer l'effet du kudzu sur la consommation d'alcool ne sont pas directement transposables à la dépendance au tabac. La daidzine, l'une des trois isoflavones majeures du kudzu avec la daidzéine et la puérarine, est un inhibiteur sélectif et réversible de l'aldéhyde déshydrogénase mitochondriale (ALDH2). Cette enzyme intervient dans le métabolisme de l'éthanol : son inhibition par la daidzine ne provoque toutefois pas d'accumulation d'acétaldéhyde, contrairement au disulfirame. Le mécanisme avancé repose plutôt sur une modification du métabolisme des aldéhydes biogènes dérivés de la sérotonine et de la dopamine, qui modulerait le comportement de consommation. L'ALDH2 ne joue aucun rôle significatif dans le métabolisme de la nicotine ni dans les mécanismes de dépendance liés au tabac, ce qui rend ce mécanisme sans pertinence pour le sevrage tabagique.
D'autres pistes ont été évoquées dans la littérature. Des données précliniques suggèrent que les isoflavones du kudzu pourraient interagir avec le système opioïde endogène, en modulant les récepteurs mu et delta ainsi que l'expression de précurseurs comme la proopiomelanocortine (Ozarowski et al., 2013). Ces interactions n'ont cependant été observées qu'en contexte animal et leur pertinence pour le sevrage tabagique n'a pas été étudiée. Un troisième essai du même groupe de recherche a par ailleurs montré que le kudzu ne modifie pas les effets subjectifs de l'intoxication alcoolique ni les performances psychomotrices sous alcool, ce qui suggère que la réduction de consommation passe par un mécanisme encore mal compris (Penetar et al., 2011).
La dépendance à la nicotine repose sur des mécanismes spécifiques : l'activation des récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine (nAChR), principalement les sous-types alpha-4-bêta-2, stimule la libération de dopamine dans le système mésolimbique. Les traitements de sevrage dont l'efficacité est démontrée — substituts nicotiniques, varénicline (agoniste partiel des nAChR), bupropion — ciblent précisément ces voies. Aucune donnée disponible ne démontre que les isoflavones du kudzu modulent ces récepteurs ou ces circuits dopaminergiques de manière pertinente pour le sevrage tabagique. Les données concernant l'alcool, mieux documentées, sont développées sur la page consacrée au kudzu et alcool.
Effets secondaires et précautions
Le kudzu est globalement bien toléré dans les essais cliniques portant sur la consommation d'alcool. L'essai de Lukas et al. (2013), mené sur quatre semaines à 750 mg d'isoflavones par jour, n'a rapporté aucun effet indésirable notable ni modification significative des paramètres biologiques hépatiques ou rénaux. Ces données de tolérance, obtenues dans un contexte d'étude sur l'alcool et non sur le tabac, ne sont toutefois pas directement extrapolables à d'autres usages ni à d'autres posologies.
Les isoflavones du kudzu possèdent des propriétés phytoestrogéniques qui justifient une vigilance chez les personnes présentant des antécédents de pathologies hormono-dépendantes. Des interactions médicamenteuses sont possibles avec les anticoagulants, les antidiabétiques et les médicaments métabolisés par certains cytochromes hépatiques. Un examen détaillé de ces aspects est disponible sur la page consacrée aux effets secondaires et dangers du kudzu. Les questions relatives aux dosages sont traitées sur la page dédiée à la posologie du kudzu.
Si vous envisagez le recours au kudzu dans le cadre d'un arrêt du tabac, il convient de garder à l'esprit que cette plante ne dispose d'aucune preuve d'efficacité dans le sevrage tabagique et ne saurait se substituer aux méthodes dont l'efficacité a été démontrée par des essais cliniques de grande envergure : substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles), varénicline, bupropion et accompagnement comportemental. Un médecin ou un tabacologue reste le meilleur interlocuteur pour définir une stratégie de sevrage adaptée à votre situation.
Sources
- Lukas, S. E., Penetar, D. M., Su, Z., Geaghan, T., Maywalt, M., Tracy, M., Rodolico, J., Palmer, C., Ma, Z., & Lee, D. Y. (2013). A standardized kudzu extract (NPI-031) reduces alcohol consumption in nontreatment-seeking male heavy drinkers. Psychopharmacology, 226(1), 65–73. https://doi.org/10.1007/s00213-012-2884-9
- Penetar, D. M., Toto, L. H., Lee, D. Y., & Lukas, S. E. (2012). The isoflavone puerarin reduces alcohol intake in heavy drinkers: a pilot study. Drug and Alcohol Dependence, 126(1-2), 251–256. https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2012.04.012
- Penetar, D. M., Maclean, R. R., McNeil, J. F., & Lukas, S. E. (2011). Kudzu extract treatment does not increase the intoxicating effects of acute alcohol in human volunteers. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 35(4), 726–734. https://doi.org/10.1111/j.1530-0277.2010.01390.x
- Ozarowski, M., Mikołajczak, P. Ł., Thiem, B., Kujawski, R., Mrozikiewicz, P. M., Piątczak, E., & Gryszczyńska, A. (2013). Medicinal plants in the phytotherapy of alcohol or nicotine addiction. Implication for plants in vitro cultures. Przeglad Lekarski, 70(10), 869–874. PMID : 24501814
- Wang, L., Chen, M., Li, H., Zhang, S., He, X., Shen, Z., & Feng, J. (2022). Puerarin attenuates cigarette smoke extract‑induced cell injury in human bronchial epithelial cells via the FUNDC1/PI3K/AKT/mTOR signaling pathway. Aging, 14(3), 1253–1264. https://doi.org/10.18632/aging.203317
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