Kudzu : dangers, effets secondaires et contre-indications
En bref
Quel est le profil de tolérance du kudzu dans les essais cliniques ?
Plusieurs essais cliniques ont évalué la tolérance du kudzu chez l'humain. Un essai ouvert mené sur 50 femmes ménopausées recevant de l'extrait de racine de kudzu pendant quatre semaines (113 à 338 mg de puérarine par jour) n'a rapporté aucun événement indésirable grave. Les effets secondaires observés étaient majoritairement légers : céphalées (30 %), bouffées de chaleur (26 %), nausées (10 %) et bouche sèche (8 %) (Bihlet et al., 2021).
Un essai randomisé portant sur 45 femmes ménopausées recevant 100 mg d'isoflavones de kudzu par jour pendant trois mois, comparé à l'absence de traitement, n'a pas mis en évidence d'effets indésirables significatifs (Woo et al., 2003). Les travaux de Lukas sur des buveurs modérés à excessifs n'ont signalé aucun effet secondaire notable après une à quatre semaines de supplémentation (Lukas et al., 2005 ; Penetar et al., 2015).
Quels sont les effets secondaires du kudzu ?
Les effets secondaires rapportés dans les essais cliniques et la littérature de pharmacovigilance sont généralement bénins et transitoires. Les plus fréquents, observés dans l'essai de Bihlet et al. (2021), comprennent les céphalées, les troubles digestifs (nausées, constipation, flatulences) et la sécheresse buccale. Ces manifestations disparaissent habituellement à l'arrêt de la supplémentation ou en quelques jours de poursuite du traitement.
Un cas isolé de néphrite interstitielle aiguë a été rapporté chez une femme d'âge moyen après dix jours de consommation de jus de racine de kudzu (Jung et al., 2013). L'atteinte rénale s'est manifestée par une perte d'appétit, des nausées, des vomissements et un inconfort abdominal, avec une amélioration en quelques jours après l'arrêt. Ce cas reste unique dans la littérature et ne permet pas de conclure à un risque rénal systématique.
Il convient de distinguer les effets liés à l'activité pharmacologique du kudzu de ceux qui relèvent d'une réaction individuelle. Un effet de type disulfirame (bouffées de chaleur, malaises lors de la prise concomitante d'alcool) a été rapporté anecdotiquement, mais n'a pas été observé dans les essais contrôlés disponibles (Lukas et al., 2005 ; Penetar et al., 2015). La posologie du kudzu et la forme de l'extrait peuvent influencer la survenue et l'intensité des effets secondaires.
Le kudzu est-il dangereux pour le foie ?
La question de la toxicité hépatique du kudzu est fréquemment soulevée. Un seul cas documenté d'atteinte hépatique a été rapporté : un homme de 55 ans hospitalisé avec une élévation des transaminases (AST/ALT), une fièvre modérée et des urines foncées. Ce patient consommait simultanément des extraits de gui et de kudzu, ce qui rend l'attribution causale incertaine : l'un ou l'autre extrait, ou leur interaction, pourrait être en cause. Aucun cas de toxicité hépatique n'a été rapporté dans les autres essais cliniques disponibles.
Les données précliniques sont contradictoires sur cette question. D'un côté, la puérarine atténue le stress oxydatif hépatique dans certains modèles animaux, suggérant des propriétés hépatoprotectrices (Ma et al., 2014). De l'autre, Wang et al. (2015) ont observé chez la souris une hausse des transaminases (ALT/AST) et des lésions histologiques hépatiques après quatre semaines d'administration d'un extrait de racine de kudzu, concluant à un potentiel hépatotoxique. Ce signal préclinique contradictoire n'a toutefois pas trouvé d'écho dans les essais cliniques disponibles, où aucune hépatotoxicité n'a été rapportée aux doses complémentaires habituelles. Une surveillance reste néanmoins prudente en cas de consommation prolongée.
Quelles sont les interactions médicamenteuses du kudzu ?
Plusieurs interactions médicamenteuses sont documentées pour le kudzu, principalement via ses effets sur les enzymes du cytochrome P450. Ces données reposent largement sur des études animales et in vitro, mais la prudence s'impose.
Méthotrexate. Chez le rat, la co-administration de décoction de racine de kudzu augmentait l'exposition au méthotrexate de plus de 200 %, entraînant une mortalité de 57 % (Chiang et al., 2005). La marge thérapeutique étroite du méthotrexate impose d'éviter cette association.
Substrats du CYP3A. La puérarine inhibe le CYP3A hépatique (IC50 = 15,5 microM), augmentant la biodisponibilité orale de la buspirone chez le rat (Kim et al., 2014). De nombreux médicaments sont métabolisés par cette voie (immunosuppresseurs, statines, inhibiteurs calciques).
CYP2D6 et CYP1A2. Une étude menée chez 18 volontaires sains a montré que la puérarine inhibait l'activité du CYP2D6 et induisait celle du CYP1A2 in vivo (Zheng et al., 2010). Ces résultats suggèrent des interactions possibles avec les substrats de ces enzymes (antidépresseurs, bêtabloquants, théophylline).
Antidiabétiques. Des données précliniques suggèrent que la puérarine potentialise l'effet hypoglycémiant des antidiabétiques oraux, augmentant le risque d'hypoglycémie en cas d'association (Yang et al., 2019).
Tamoxifène. En raison de son activité oestrogénique, le kudzu pourrait antagoniser les effets du tamoxifène. La pertinence clinique reste à établir, mais l'association est déconseillée par principe de précaution.
- Ne pas associer le kudzu au méthotrexate (risque de surdosage documenté chez l'animal)
- Informer votre médecin de toute supplémentation en kudzu si vous prenez un traitement chronique, en particulier des anticoagulants, des antidiabétiques ou des immunosuppresseurs
- Éviter l'association avec le tamoxifène ou tout traitement anti-oestrogénique
Contre-indications et populations à risque
L'activité phyto-oestrogénique du kudzu constitue la principale source de contre-indications. Ses isoflavones se lient aux récepteurs aux oestrogènes et exercent une activité agoniste qui, bien que modérée, suffit à déconseiller sa consommation dans plusieurs situations cliniques.
Cancers hormono-dépendants. Les personnes ayant un antécédent personnel ou familial de cancer du sein ou de tout autre cancer hormono-dépendant (endomètre, ovaire) doivent éviter le kudzu, car le potentiel de stimulation oestrogénique pourrait favoriser la prolifération de cellules tumorales résiduelles.
Grossesse et allaitement. En l'absence de données de sécurité, la supplémentation en isoflavones de kudzu est déconseillée par principe de précaution chez la femme enceinte ou allaitante.
Enfants. L'ANSES recommande de ne pas dépasser 1 mg d'isoflavones aglycones par kilogramme de poids corporel et par jour, et déconseille les compléments alimentaires à base d'isoflavones chez les enfants de moins de trois ans. Le kudzu utilisé pour réduire la consommation d'alcool ou accompagner le sevrage tabagique concerne exclusivement les adultes et ne dispense pas d'un suivi médical.
Sources
- Bihlet, A. R., Byrjalsen, I., Andersen, J. R., Simonsen, S. F., Mundbjerg, K., Helmer, B., Riis, B. J., Karsdal, M. A., & Christiansen, C. (2021). The efficacy and safety of multiple dose regimens of kudzu (Pueraria lobata) root extract on bone and cartilage turnover and menopausal symptoms. Frontiers in Pharmacology, 12, 760629. doi:10.3389/fphar.2021.760629
- Chiang, H. M., Fang, S. H., Wen, K. C., Hsiu, S. L., Tsai, S. Y., Hou, Y. C., Chi, Y. C., & Chao, P. D. L. (2005). Life-threatening interaction between the root extract of Pueraria lobata and methotrexate in rats. Toxicology and Applied Pharmacology, 209(3), 263-268. doi:10.1016/j.taap.2005.04.015
- Jung, H. L., Kim, Y. J., Han, S. H., & Kim, J. (2013). Acute interstitial nephritis after ingestion of Pueraria lobata (kudzu) root juice. Clinical Nephrology, 80(4), 298-300. doi:10.5414/cn107850
- Kim, S. B., Yoon, I. S., Kim, K. S., Cho, S. J., Kim, Y. S., Cho, H. J., Chung, S. J., Chong, S., & Kim, D. D. (2014). In vitro and in vivo evaluation of the effect of puerarin on hepatic cytochrome P450-mediated drug metabolism. Planta Medica, 80(7), 561-567. doi:10.1055/s-0034-1368350
- Lukas, S. E., Penetar, D., Berko, J., Vicens, L., Palmer, C., Mallya, G., Macklin, E. A., & Lee, D. Y-W. (2005). An extract of the Chinese herbal root kudzu reduces alcohol drinking by heavy drinkers in a naturalistic setting. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 29(5), 756-762. doi:10.1097/01.alc.0000163499.64347.92
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- Wang, D., Qiu, L., Wu, X., Wei, H., & Xu, F. (2015). Evaluation of kudzu root extract-induced hepatotoxicity. Journal of Ethnopharmacology, 176, 321-326. doi:10.1016/j.jep.2015.11.005
- Woo, J., Lau, E., Ho, S. C., Cheng, F., Chan, C., Chan, A. S. Y., Haines, C. J., Chan, T. Y. K., Li, M., & Sham, A. (2003). Comparison of Pueraria lobata with hormone replacement therapy in treating the adverse health consequences of menopause. Menopause, 10(4), 352-361. doi:10.1097/01.GME.0000054764.94658.33
- Yang, L., Chen, J., Lu, H., Lai, J., He, Y., Liu, S., & Guo, X. (2019). Pueraria lobata for diabetes mellitus: Past, present and future. The American Journal of Chinese Medicine, 47(7), 1419-1444. doi:10.1142/S0192415X19500733
- Zheng, J., Chen, B., Jiang, B., Zeng, L., Tang, Z. R., Fan, L., & Zhou, H. H. (2010). The effects of puerarin on CYP2D6 and CYP1A2 activities in vivo. Archives of Pharmacal Research, 33(2), 243-246. doi:10.1007/s12272-010-0209-2
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