Kudzu et alcool : ce que disent les études cliniques
En bref
Ce que montrent les essais cliniques sur le kudzu et l'alcool
L'essentiel des données humaines provient d'une série d'essais randomisés, en double aveugle et contre placebo, menés par l'équipe de Scott Lukas et David Penetar au McLean Hospital, affilié à la Harvard Medical School. Le premier essai, publié en 2005, a testé un extrait standardisé de kudzu (Pueraria lobata) pendant sept jours chez des buveurs réguliers placés dans un cadre semi-naturel. Les participants traités ont significativement réduit le nombre de bières consommées par rapport au groupe placebo, sans que l'envie de boire soit modifiée.
Une étude ambulatoire de 2013, plus longue et plus robuste, a suivi 17 hommes classés comme gros buveurs (environ 28 consommations par semaine) pendant quatre semaines de traitement à 750 mg d'isoflavones par jour. La réduction de consommation hebdomadaire a atteint 34 à 57 % selon les semaines, accompagnée d'une augmentation significative du nombre de jours d'abstinence et du nombre de jours consécutifs sans alcool. Le profil de tolérance était bon : aucun effet indésirable, aucune modification des bilans hépatique ni rénal. Là encore, le craving n'a pas été modifié.
En 2015, une dose unique de 2 g d'extrait (520 mg d'isoflavones) a suffi à réduire la consommation dans un paradigme de binge drinking : le groupe traité a consommé en moyenne 1,9 bière contre 3,4 dans le groupe placebo. Les participants sous kudzu buvaient plus lentement, prenaient des gorgées plus petites et mettaient plus de temps avant d'ouvrir la bière suivante.
Un essai pilote de 2012 a isolé l'effet de la puérarine seule (1 200 mg par jour pendant une semaine). Les résultats étaient comparables : la consommation est passée de 3,5 bières sous placebo à 2,4 bières sous puérarine. Cette donnée suggère que la puérarine est l'un des principaux isoflavones actifs du kudzu, bien que la daidzine et la daidzéine contribuent probablement aussi à l'effet global de l'extrait complet.
Comment le kudzu agirait-il sur la consommation d'alcool ?
Le mécanisme d'action n'est pas entièrement élucidé, mais trois hypothèses complémentaires émergent de la littérature scientifique.
Inhibition de l'ALDH-2 mitochondriale. Les travaux de Keung et Vallee (1998) à Harvard ont montré que la daidzine inhibe l'aldéhyde déshydrogénase mitochondriale (ALDH-2). Contrairement au disulfirame, cette inhibition n'entraîne pas d'accumulation d'acétaldéhyde issu du métabolisme de l'éthanol. Elle provoque en revanche une accumulation d'intermédiaires aldéhydiques issus du métabolisme de la sérotonine et de la dopamine, ce qui pourrait moduler les circuits de récompense impliqués dans le comportement de consommation. Des études précliniques sur des rongeurs à préférence alcoolique ont confirmé l'efficacité de la daidzine et de la puérarine pour réduire la consommation d'éthanol, confortant cette piste mécanistique.
Effet vasodilatateur cérébral. La puérarine exerce un effet vasodilatateur documenté, notamment sur la circulation cérébrale. Une hypothèse avancée par l'équipe de Lukas est que cette vasodilatation accélérerait l'acheminement de l'éthanol au cerveau, conduisant à un signal de satiété plus précoce. L'essai de Penetar et al. (2011) a effectivement observé une montée plasmatique légèrement plus rapide sous kudzu, mais uniquement à la dose d'alcool la plus élevée et pendant les 15 premières minutes seulement, sans modification du pic ni de la cinétique d'élimination.
Pas d'augmentation de l'intoxication. L'essai contrôlé de 2011 a spécifiquement testé l'hypothèse selon laquelle le kudzu augmenterait les effets subjectifs de l'alcool. Ce n'est pas le cas : ni l'impression d'ivresse, ni les performances psychomotrices, ni les capacités de vigilance n'étaient modifiées sous kudzu par rapport au placebo. Le kudzu ne rend donc pas plus « ivre plus vite » et les réductions de consommation observées ne s'expliquent pas par une amplification de l'intoxication.
Kudzu et alcool : quelle posologie a été utilisée dans les essais ?
Les doses d'isoflavones employées dans les essais cliniques sont élevées. L'étude ambulatoire de quatre semaines utilisait 750 mg d'isoflavones par jour, réparties en trois prises de 250 mg. L'essai sur la puérarine isolée atteignait 1 200 mg par jour. L'essai en dose unique administrait 520 mg d'isoflavones en une prise, 2,5 heures avant la session de consommation.
Ces posologies sont nettement supérieures à celles proposées par la plupart des compléments alimentaires. Un extrait de kudzu 5:1 titré à 35 % d'isoflavones, fournissant 60 mg d'isoflavones par gélule (soit l'équivalent de 855 mg de racine brute), représente un apport environ 9 à 12 fois inférieur aux doses ayant montré un effet dans les essais. Aucune étude publiée n'a évalué l'efficacité de tels dosages sur la consommation d'alcool. Pour un approfondissement des recommandations posologiques selon les usages, la page consacrée à la posologie du kudzu détaille les différents protocoles.
Limites des preuves et précautions d'emploi
Plusieurs éléments invitent à la prudence dans l'interprétation des résultats. La quasi-totalité des études humaines favorables provient d'un seul groupe de recherche (McLean Hospital / Harvard). Le seul essai indépendant, celui de Shebek et Rindone (2000), mené sur 38 vétérans alcoolodépendants recevant 1,2 g de racine de kudzu deux fois par jour pendant un mois, n'a pas montré de réduction significative de la consommation d'alcool. Les échantillons restent petits, de 10 à 38 participants par essai. Les populations étudiées étaient des buveurs excessifs non demandeurs de traitement ou des patients alcoolodépendants, ce qui limite l'extrapolation à d'autres contextes cliniques ou à d'autres addictions comme le tabac. Aucune donnée au-delà de quatre semaines de traitement n'est disponible.
Le kudzu ne remplace en aucun cas une prise en charge médicale de l'alcoolodépendance. Les personnes en situation de dépendance physique à l'alcool s'exposent à un syndrome de sevrage potentiellement grave qui nécessite un accompagnement médical.
- Les isoflavones du kudzu exercent une activité phytoestrogénique : les personnes présentant des conditions hormonodépendantes doivent consulter un professionnel de santé avant toute prise.
- Des cas de toxicité hépatique ont été rapportés. Les personnes souffrant de troubles hépatiques doivent faire preuve de vigilance.
- Le kudzu peut interagir avec les médicaments hypoglycémiants et les anticoagulants.
- Son usage est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement en l'absence de données de sécurité.
Pour un tour d'horizon complet des effets indésirables et des interactions médicamenteuses, consultez la page dédiée aux dangers et effets secondaires du kudzu.
Sources
- Keung, W. M., & Vallee, B. L. (1998). Daidzin and its antidipsotropic analogs inhibit serotonin and dopamine metabolism in isolated mitochondria. Proceedings of the National Academy of Sciences, 95(5), 2198-2203. doi:10.1073/pnas.95.5.2198
- Lukas, S. E., Penetar, D., Berko, J., Vicens, L., Palmer, C., Mallya, G., Macklin, E. A., & Lee, D. Y.-W. (2005). An extract of the Chinese herbal root kudzu reduces alcohol drinking by heavy drinkers in a naturalistic setting. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 29(5), 756-762. doi:10.1097/01.alc.0000163499.64347.92
- Penetar, D. M., Maclean, R. R., McNeil, J. F., & Lukas, S. E. (2011). Kudzu extract treatment does not increase the intoxicating effects of acute alcohol in human volunteers. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 35(4), 726-734. doi:10.1111/j.1530-0277.2010.01390.x
- Penetar, D. M., Toto, L. H., Farmer, S. L., Lee, D. Y.-W., Ma, Z., Liu, Y., & Lukas, S. E. (2012). The isoflavone puerarin reduces alcohol intake in heavy drinkers: a pilot study. Drug and Alcohol Dependence, 126(1-2), 251-256. doi:10.1016/j.drugalcdep.2012.04.012
- Lukas, S. E., Penetar, D., Su, Z., Geaghan, T., Maywalt, M., Tracy, M., Rodolico, J., Palmer, C., Ma, Z., & Lee, D. Y.-W. (2013). A standardized kudzu extract (NPI-031) reduces alcohol consumption in nontreatment-seeking male heavy drinkers. Psychopharmacology, 226(1), 65-73. doi:10.1007/s00213-012-2884-9
- Penetar, D. M., Toto, L. H., Lee, D. Y.-W., & Lukas, S. E. (2015). A single dose of kudzu extract reduces alcohol consumption in a binge drinking paradigm. Drug and Alcohol Dependence, 153, 194-200. doi:10.1016/j.drugalcdep.2015.05.025
- Rezvani, A. H., Overstreet, D. H., Perfumi, M., & Massi, M. (2003). Plant derivatives in the treatment of alcohol dependency. Pharmacology, Biochemistry, and Behavior, 75(3), 593-606. doi:10.1016/s0091-3057(03)00124-2
- Shebek, J., & Rindone, J. P. (2000). A pilot study exploring the effect of kudzu root on the drinking habits of patients with chronic alcoholism. Journal of Alternative and Complementary Medicine, 6(1), 45-48. doi:10.1089/acm.2000.6.45
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