Lors d’une distillation de plante, on n’obtient pas un produit, mais bien deux : l’huile essentielle et l’hydrolat. A l’heure actuelle, on fait un lien direct entre l’aromathérapie et les huiles essentielles, alors que l’aromathérapie, c’est bien plus que ça. Elle comprend également l’hydrolathérapie, autrement dit la thérapie par les hydrolats, plus douce que celle des huiles essentielles, et donc plus facile à utiliser. C’est alors que beaucoup de questions se soulèvent : les hydrolats, c’est quoi exactement ? De quoi sont-ils composés ? Comment les choisir ?

Définition d'un hydrolat

Selon la Phamacopée française, “les eaux distillées végétales sont obtenues par entraînement à la vapeur d’eau de diverses parties de plantes aromatiques ou non. Elles sont constituées par la phase aqueuse recondensée (ou hydrolat) et séparée de l’huile essentielle quand il y en a.”

Concrètement, lors d’une distillation à la vapeur d’eau d’une plante aromatique, on obtient deux phases. Celle du dessus correspond à l’huile essentielle, qu’on connait bien maintenant, et qui est totalement hydrophobe c’est-à-dire qu’elle ne se mélange pas à l’eau. Celle du dessous correspond à l’eau de distillation, qui du coup est totalement hydrophile, puisque c’est de l’eau. Elle contient une infime partie de principes actifs, il s’agit de l’hydrolat. Certains diront qu’elle contient un peu d’huile essentielle, ce qui n’est pas tout à fait exact puisque l’huile essentielle est par définition hydrophobe. Vous me suivez ? Alors on continue. A la sortie de l’alambic, l’hydrolat a souvent un aspect un tantinet laiteux, d’où son nom qui associe eau “hydro” et lait “lat”. C’est lorsque les microgouttelettes d’huile essentielle dépassent 1 micron que la solution se déphase. Si on parle en terme de concentration de molécules, les hydrolats sont donc beaucoup moins puissants que les huiles essentielles, mais ne sont pas pour autant inintéressants. Ils sont parfois considérés comme un sous-produit des huiles essentielles, alors qu’ils peuvent être tout aussi efficaces selon les utilisations qu’on veut en faire.

Si vous avez bien lu la définition de la Pharmacopée Française, vous aurez remarqué ce petit “ou non” à la fin de la première phrase. En deux petits mots, ils arrivent à nous déstabiliser ! Ce qu’ils veulent dire par là, c’est que les hydrolats peuvent être obtenus par distillation de plantes non aromatiques, contrairement aux huiles essentielles. Il est donc possible d’obtenir de l’hydrolat sans huile essentielle ! C’est le cas par exemple de l’hydrolat de Bleuet, de Tilleul ou d’Hamamélis.

De quoi sont composés les hydrolats ?

De la théorie...

Pour commencer, un hydrolat obtenu en début de distillation sera nettement plus chargé en principes actifs qu’un hydrolat récupéré en fin de distillation, puisqu’il sera plus dilué.

D’un point de vue plus théorique, les hydrolats contiennent toute la fraction moléculaire hydrosoluble de la plante, mais ne contiennent en moyenne que 0,1 à 2% de molécules aromatiques, et ces chiffres varient d’une source à l’autre. Ces molécules peuvent être les mêmes que celles de l’huile essentielle correspondante ou alors totalement différentes ! Et ça, on l’explique par la composition de la molécule cette fois-ci, par les groupes fonctionnels qu’elle contient. Ils peuvent par conséquent être complémentaires, et là ça devient très intéressant. Il est très difficile de quantifier les molécules présentes dans un hydrolat. D’une part, il y en a peu et les techniques d’analyses ne sont des fois pas assez sensibles pour les détecter. D’autre part parce que les bases de données se font assez rares sur ce type de produit. Généralement, le chémotype des hydrolats se réfère donc à l’huile essentielle correspondante.

En terme de molécules, on va vous faire grâce d’un cours de chimie, mais il faut savoir que dans la nature, il existe des molécules dites polaires et d’autres dites apolaires. Cette polarité se définit par la répartition des charges positives et négatives au sein de la molécule, et est régie par la géométrie de la molécule et l’électronégativité des atomes. Mais comme on vous l’a dit, on ne va pas rentrer dans les détails. Ce qu’il faut retenir, c’est que deux molécules polaires vont s’attirer très fortement, comme c’est le cas pour deux molécules apolaires. L’eau est un solvant polaire, du coup il va beaucoup plus attirer les molécules polaires, contrairement aux huiles essentielles.

... A la pratique !

Voici en exclusivité les molécules que l’on peut retrouver dans les hydrolats :

  • Les acides, de part leur fonction carbonyle et alcool

  • Les phénols : le carvacrol, le thymol et l’eugénol

  • Les alcools, partiellement pour certains comme le linalol, l’alpha terpinéol ou le géraniol, totalement pour d’autres comme le lavandulol

  • Les coumarines

  • Les cétones comme le camphre, la verbénone, la thujone etc.

  • Les aldéhydes aromatiques et terpéniques

  • Le 1,8 cinéole (aussi appelé eucalyptol)

  • L'acétate de linalyle et quelques éthers comme le méthylchavicol ou l'anéthol.

On peut également y retrouver des principes actifs de la plante, tels que des minéraux ou des oligo-éléments.

Cependant, la concentration en molécules aromatiques ne représenteraient pas à elle seule la puissance des hydrolats. Ils ont également une action au niveau psycho-émotionnel et énergétique grâce à leur dimension vibratoire. Les hydrolats seraient capables de retenir toute l’information de la plante, toute sa force.

Différences entre hydrolat, eaux florales, hydrosol et eaux aromatisées

Eaux florales

Le synonyme qui occupe la première place du podium, c'est sans conteste "eaux florales". Concrètement, les eaux florales sont des hydrolats mais exclusivement de fleurs, comme son nom l’indique. Bon, parfois un écart est possible et un hydrolat de feuilles pourra également être appelé "eau florale". Du coup parler d’eau florale de Rose, c’est tout à fait logique, mais parler d’eau florale d’Angélique, ça l’est un peu moins puisque ce sont les racines de l’Angélique qui sont distillées pour en obtenir de l’huile essentielle et de l’hydrolat.

Hydrosol

Le terme “hydrosol” est quant à lui trompeur. Si vous êtes bilingue, vous me direz que c’est un synonyme d’hydrolat puisque c’est la traduction directe anglo-français. Néanmoins, il faut rester sur ses gardes. Si vous trouvez un flacon d’hydrosol 100% Made in France, il ne s’agit pas d’un hydrolat ! Les hydrosols correspondent en réalité à l’infusion d’huile essentielle dans de l’eau, qui est par la suite filtrée. Bref, en terme de procédé d'obtention, ça n’a rien à voir avec les hydrolats, et en terme de qualité, non plus !

Eaux aromatisées

Loin des sirops à l’eau, les eaux aromatisées sont obtenues par distillation de l’huile essentielle... ou de l’essence ! Eh oui, on pourra difficilement trouver un hydrolat de Citron ou de Pamplemousse puisqu’on obtient leur essence par expression, et non par distillation à la vapeur d’eau. En revanche, une eau aromatisée de Citron c’est tout à fait possible : on met de l’essence de Citron dans l’alambic, à la place du matériel végétal, et on démarre la distillation. On obtient alors de l’eau aromatisée de Citron, et non de l’hydrolat.

Les critères de qualité d’un hydrolat

1 kg de plante = 1 litre d'hydrolat

La “règle” de  base pour obtenir un hydrolat de qualité, c’est de respecter le 1 pour 1 : 1 kg de plante pour obtenir 1 kg (ou 1L) d’hydrolat. Cette condition permet d’obtenir un produit d’excellente qualité et d’une grande efficacité thérapeutique. Pour garantir une parfaite innocuité, la distillation doit se réaliser avec de l’eau pure et naturelle, de type eau de source, eau de forage ou eau potable.

Les analyses

Les analyses de contrôle se résument souvent à des analyses microbiologiques pour vérifier l’absence de germes. La grosse concentration en eau rend effectivement les hydrolats très sensibles aux infections microbiennes, c’est pourquoi certains hydrolats sont microfiltrés pour éviter tout risque de contamination ou de n’importe quel élément indésirable.

Comment vérifier la qualité de mon hydrolat ?

Chez vous, pour vérifier la qualité des hydrolats, quelques critères sont à surveiller. Tout d’abord, il faut qu’ils soient BIO, 100% purs (sans conservateur ou additif), naturels, microfiltrés, et non pasteurisés. Si vous trouvez une composition qui révèle plusieurs ingrédients, méfiance, il ne s’agit certainement pas d’un hydrolat !

La cohobation ou double distillation pour un hydrolat de meilleure qualité

Pour obtenir un hydrolat de meilleure qualité, certains distillateurs ont recours à la cohobation. Ce procédé consiste à refaire circuler l’hydrolat dans l’alambic pour obtenir une meilleure concentration en molécules actives. En effet, lors de la première distillation, certains composés risquent de stagner dans le Florentin, une partie de l’alambic, d’où l’intérêt de refaire circuler l’hydrolat pour les récupérer ! Bien sûr, cette technique doit être contrôlée puisque des impuretés peuvent se former à force de chauffer et de refroidir le distillat. Elle est fréquemment utilisée pour obtenir de l’hydrolat de Rose, de Mélisse ou de Fleur d’Oranger mais ne sera pas systématiquement utilisée pour toutes les plantes. Elle permet d’obtenir un hydrolat bien plus concentré que celui obtenu avec une seule distillation. Elle est aussi très utile pour les plantes à faible rendement !

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