Nausées, constipation, douleurs abdominales : les effets secondaires des compléments de fer classiques sont un frein majeur à l’observance du traitement. En compilant 17 essais cliniques randomisés portant sur environ 2 200 participants, une méta-analyse publiée en 2023 dans « Nutrition Reviews » a évalué si le bisglycinate de fer pouvait offrir une alternative mieux tolérée que les sels de fer conventionnels. Les données recueillies, en particulier chez la femme enceinte, apportent des éléments encourageants.
Cet article a été mis à jour le 02/07/2026L’analyse poolée de neuf essais cliniques portant sur des femmes enceintes (1 383 participantes au total) révèle que le bisglycinate de fer est associé à une augmentation significative des concentrations d’hémoglobine par rapport aux autres formes de fer testées — sulfate ferreux, fumarate ferreux, ascorbate ferreux ou glycine sulfate ferreux. Une tendance similaire, bien que non significative sur le plan statistique, a été observée pour les concentrations de ferritine, marqueur des réserves en fer de l’organisme.
Le résultat le plus marquant de cette méta-analyse concerne la tolérance : les événements indésirables digestifs (nausées, constipation, douleurs abdominales, diarrhée) étaient environ trois fois moins fréquents dans les groupes bisglycinate que dans les groupes recevant des sels de fer classiques. Cette différence est statistiquement significative et constitue un argument central en faveur de cette forme chélatée, sachant que les troubles digestifs sont la première cause d’abandon de la supplémentation en fer.
Chez les enfants (quatre essais, 456 participants), les concentrations d’hémoglobine et de ferritine n’étaient pas significativement différentes entre les groupes bisglycinate et les groupes recevant d’autres formes de fer. Les auteurs soulignent que le faible nombre d’études dans cette population limite la portée de ces résultats.
Les auteurs ont procédé à une revue systématique de la littérature selon les standards Cochrane et PRISMA. Sur 816 références identifiées, 17 essais cliniques randomisés ont été retenus. Les populations étudiées comprenaient des femmes enceintes (9 essais), des enfants (4 essais), ainsi que des adolescents, des femmes non enceintes et des patients en oncologie (4 essais évalués qualitativement). Les critères de jugement principaux étaient les concentrations d’hémoglobine et de ferritine après au moins quatre semaines de supplémentation ; les effets indésirables gastro-intestinaux constituaient le critère secondaire.
Toutefois, en raison de risques de biais dans plusieurs essais (absence de double aveugle, informations incomplètes sur la randomisation) et d’une hétérogénéité importante entre les études, ces résultats appellent à être confirmés par des essais de plus grande envergure et de meilleure qualité méthodologique.
La carence en fer touche environ deux milliards de personnes dans le monde. Elle se traduit par une fatigue persistante, une diminution des capacités physiques et intellectuelles, et peut conduire à une anémie aux conséquences sérieuses, en particulier chez les femmes enceintes (risque accru de prématurité, de faible poids de naissance) et les jeunes enfants (impact sur le développement cognitif et psychomoteur).
La supplémentation orale en fer est la stratégie la plus répandue pour prévenir et traiter ce déficit. Toutefois, les sels de fer couramment prescrits — sulfate ferreux, fumarate ferreux — posent un problème de tolérance bien documenté. Leur biodisponibilité est faible : moins de 20 % du fer ingéré est absorbé au niveau du duodénum, le reste transitant vers le côlon où il provoque des irritations. Les doses thérapeutiques habituelles (150 à 300 mg de fer élémentaire par jour) aggravent ces effets, générant nausées, constipation, douleurs abdominales ou diarrhée. Chez la femme enceinte, dont les besoins en fer passent de 0,8 mg par jour au premier trimestre à 7,5 mg au troisième trimestre, ces désagréments s’ajoutent aux nausées de grossesse et compromettent l’observance — et donc l’efficacité du traitement.
Le bisglycinate de fer est un chélate d’acide aminé dans lequel chaque atome de fer est lié à deux molécules de glycine, formant un complexe stable qui se comporte différemment des sels de fer classiques dans le tube digestif. Plusieurs propriétés expliquent sa meilleure tolérance et son efficacité à doses réduites :
Cette méta-analyse est la première à compiler systématiquement les données d’essais cliniques comparant le bisglycinate de fer aux sels de fer conventionnels. Ses résultats chez la femme enceinte — amélioration de l’hémoglobine et réduction marquée des effets digestifs — sont encourageants, d’autant plus qu’ils ont été obtenus avec des doses de fer plus faibles. Ces résultats appellent toutefois à être confirmés par des essais complémentaires, notamment chez l’enfant et l’adulte non enceinte. Cette approche ne se substitue pas à un suivi médical : toute supplémentation en fer doit être précédée d’un bilan sanguin (hémoglobine, ferritine) et encadrée par un professionnel de santé.
La prise en charge d’un déficit en fer gagne à s’inscrire dans une approche globale, associant une supplémentation adaptée à des mesures nutritionnelles et, le cas échéant, à d’autres ressources naturelles. Quelle que soit l’approche retenue, il est essentiel d’en informer son médecin ou son pharmacien, notamment en cas de traitement en cours.
La vitamine C est le cofacteur le plus documenté pour améliorer l’absorption du fer non héminique. Elle agit en réduisant le fer ferrique (Fe³⁺) en fer ferreux (Fe²⁺), forme mieux absorbée par la muqueuse intestinale. Associer une source de vitamine C à la prise de fer peut optimiser l’efficacité de la supplémentation.
L’alimentation reste le socle de tout apport en fer. Le fer héminique, présent dans les viandes rouges, les abats, les poissons et les fruits de mer, est mieux absorbé que le fer non héminique des légumineuses, céréales complètes et légumes verts. Pour les personnes suivant un régime végétarien ou végétalien, l’association systématique de sources de fer végétal avec de la vitamine C et la réduction des inhibiteurs d’absorption (thé et café à distance des repas) sont des réflexes essentiels.
La Spiruline est naturellement riche en fer et en phycocyanine, un pigment qui pourrait favoriser l’assimilation du fer. À la dose courante de 3 à 5 g par jour, elle constitue un complément intéressant en prévention, sans toutefois pouvoir remplacer une supplémentation ciblée en cas de carence avérée.
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Nathalie