Curcumine et maladie de Parkinson : une supplémentation de 12 mois améliore les symptômes non moteurs dans une étude clinique
En bref
Accès à l’étude complète : DOI 10.1093/jnen/nlac034
Symptômes stabilisés, dépôts pathologiques en recul
Après 12 mois, les patients supplémentés en curcumine présentaient une trajectoire clinique nettement plus favorable que les patients non supplémentés, dont l’ensemble des scores s’est détérioré malgré une augmentation de leur traitement par L-dopa.
Symptômes non moteurs et autonomiques
Les échelles évaluant les troubles non moteurs (NMSS) et les symptômes autonomiques (COMPASS-31) ont diminué chez les patients ayant reçu de la curcumine, traduisant une amélioration de ces manifestations. À l’inverse, ces mêmes scores ont nettement augmenté dans le groupe témoin, reflétant la progression attendue de la maladie.
Symptômes moteurs
La progression motrice, évaluée par l’échelle MDS-UPDRS, a été plus modérée chez les patients supplémentés que chez les témoins — alors même que ces derniers avaient augmenté leur dose de L-dopa de 150 mg/jour en moyenne, contrairement au groupe curcumine dont le traitement est resté stable.
Dépôts d’alpha-synucléine dans les nerfs cutanés
Les biopsies cutanées ont révélé une tendance à la diminution des dépôts d’alpha-synucléine phosphorylée chez les patients supplémentés, tandis qu’ils avaient tendance à augmenter chez les témoins. Un modèle de régression multiple, tenant compte de l’âge, du sexe et de la durée de la maladie, a confirmé un effet significatif de la curcumine à la fois sur les paramètres cliniques et sur ces dépôts. Les patients diagnostiqués depuis moins de six ans ont tiré le meilleur bénéfice de la supplémentation.
Un an de suivi clinique et biologique
L’étude a suivi 33 patients parkinsoniens pendant 12 mois : 19 ont reçu de la curcumine sous forme de phospholipides (2 g par jour) et 14 ont poursuivi leur traitement habituel. L’évaluation clinique a été réalisée en aveugle à l’aide de quatre échelles validées, et des biopsies cutanées ont mesuré les dépôts d’alpha-synucléine phosphorylée (un biomarqueur de la progression de la maladie). Il s’agit d’une étude pilote ouverte, sans placebo, portant sur un nombre limité de patients ; ces résultats devront être confirmés par un essai contrôlé en double aveugle de plus grande envergure.
Un polyphénol qui franchit la barrière hémato-encéphalique
La Curcumine est le principal polyphénol du rhizome de Curcuma (Curcuma longa). Ses propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et anti-amyloïdogènes (capacité à empêcher l’agrégation anormale de certaines protéines) en font un candidat d’intérêt pour les maladies neurodégénératives. Des études précliniques ont montré qu’elle peut inhiber directement la formation d’agrégats d’alpha-synucléine et améliorer les fonctions motrices chez l’animal.
L’un des apports majeurs de cette étude est d’avoir démontré que la curcumine, formulée en phospholipides pour améliorer son absorption, parvient à franchir la barrière hémato-encéphalique (membrane protectrice qui filtre les substances entrant dans le cerveau). Deux de ses métabolites actifs ont été détectés dans le liquide céphalorachidien des patients supplémentés, alors qu’aucune trace n’a été retrouvée chez les témoins. Les concentrations de ces métabolites étaient corrélées à l’amélioration des scores cliniques, ce qui renforce l’hypothèse d’un effet direct sur le système nerveux central.
Parkinson au quotidien : quand les symptômes invisibles pèsent le plus
Si les tremblements et la rigidité restent les signes les plus connus de la maladie de Parkinson, ce sont souvent les symptômes non moteurs qui altèrent le plus la qualité de vie : troubles du sommeil, constipation, douleurs, fatigue, anxiété ou encore hypotension orthostatique. Les traitements dopaminergiques conventionnels, comme la L-dopa, agissent principalement sur la motricité et perdent en efficacité avec le temps, tout en exposant à des effets indésirables. Le besoin de pistes complémentaires, capables d’agir sur ces manifestations souvent négligées, est un enjeu reconnu par la communauté scientifique.
Cette étude pilote suggère que la curcumine, sous forme de phospholipides, pourrait contribuer à stabiliser certains symptômes non moteurs de la maladie de Parkinson et à freiner l’accumulation d’alpha-synucléine dans les nerfs. Il s’agit des premières données cliniques chez l’humain associant un bénéfice symptomatique à un passage avéré de la barrière hémato-encéphalique. Ces résultats restent préliminaires et devront être confirmés par un essai contrôlé en double aveugle sur un plus grand nombre de patients. La curcumine ne se substitue pas aux traitements prescrits par l’équipe neurologique.
Approches complémentaires
La prise en charge de la maladie de Parkinson gagne à être globale, en complément du suivi neurologique. Plusieurs pistes nutritionnelles et phytothérapeutiques font l’objet de recherches ; elles ne remplacent pas les traitements médicaux et doivent être discutées avec l’équipe soignante.
Vitamine D
Une carence en vitamine D est fréquemment observée chez les patients parkinsoniens. Des essais cliniques suggèrent qu’une supplémentation pourrait contribuer à améliorer certaines fonctions motrices. Un dosage sanguin permet de détecter un éventuel déficit et d’adapter la supplémentation.
Oméga-3
Les oméga-3 à longue chaîne (EPA et DHA), présents dans les poissons gras, possèdent des propriétés anti-inflammatoires et neuroprotectrices. Ils contribuent au maintien de l’intégrité des membranes neuronales et font l’objet de recherches dans le contexte des maladies neurodégénératives.
Coenzyme Q10
Le coenzyme Q10 est un antioxydant impliqué dans le fonctionnement des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules. Son taux diminue avec l’âge et pourrait être plus bas chez les patients parkinsoniens. Des études ont exploré son rôle potentiel dans la protection des neurones dopaminergiques.
Griffonia et 5-HTP
Le Griffonia (Griffonia simplicifolia) est une plante dont les graines sont riches en 5-HTP, un précurseur de la sérotonine. Il fait l’objet de recherches pour son intérêt potentiel dans les troubles du sommeil paradoxal associés à la maladie de Parkinson. Son usage nécessite un avis médical, en particulier en cas de traitement dopaminergique.
Activité physique et alimentation
La pratique régulière d’une activité physique adaptée (marche, tai-chi, danse) est reconnue pour contribuer au maintien des fonctions motrices et de l’équilibre. Une alimentation riche en fruits, légumes, fibres et antioxydants complète utilement la prise en charge.
Il est recommandé d’informer son neurologue ou son équipe soignante avant d’intégrer tout complément alimentaire à sa routine.
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