Près d’un couple sur six est concerné par l’infertilité, et dans environ la moitié des cas, un facteur masculin est en cause. Une méta-analyse regroupant 8 essais cliniques randomisés et 877 hommes, publiée en 2025 dans « Frontiers in Pharmacology », a évalué les effets de la supplémentation en Coenzyme Q10 sur les paramètres du spermogramme et les hormones reproductives. Ses résultats, significatifs sur plusieurs critères, viennent consolider une piste encourageante.
Cet article a été mis à jour le 29/06/2026Le Coenzyme Q10 est une molécule naturellement présente dans la quasi-totalité des cellules de l’organisme. Sous sa forme active, l’ubiquinol, il joue un double rôle : il participe à la production d’énergie au sein des mitochondries (les « centrales énergétiques » de la cellule) et il protège les membranes cellulaires contre les dommages causés par les radicaux libres.
Ce double rôle est particulièrement pertinent pour les spermatozoïdes. Ces cellules, incapables de produire elles-mêmes du Coenzyme Q10 car transcriptionnellement inactives, dépendent entièrement de l’apport extérieur pour couvrir leurs besoins — tant pour la production d’énergie nécessaire à leur mobilité que pour leur protection contre le stress oxydatif. Or, un excès de radicaux libres dans le liquide séminal est aujourd’hui reconnu comme l’un des principaux facteurs d’altération de la qualité spermatique.
Les sources alimentaires de Coenzyme Q10 (abats, poissons gras, légumineuses, oléagineux) ne couvrent pas toujours les besoins de l’organisme, d’où l’intérêt porté à la supplémentation.
Plusieurs essais cliniques ont évalué l’effet du Coenzyme Q10 sur le spermogramme, avec des résultats hétérogènes. Certaines études, utilisant des doses de 200 mg par jour pendant trois mois, ont rapporté une amélioration de la concentration et de la motilité des spermatozoïdes chez des hommes infertiles. D’autres, menées avec des doses plus faibles (50 à 100 mg par jour), n’ont montré qu’un bénéfice partiel — par exemple sur la motilité progressive, mais pas sur la morphologie.
Ces divergences, liées aux différences de dosages, de durées de traitement et de profils de patients, rendaient difficile toute conclusion définitive. C’est précisément cette lacune que la méta-analyse d’Akhigbe et al. a cherché à combler, en regroupant et en analysant l’ensemble des données disponibles issues d’essais cliniques randomisés.
Les auteurs ont interrogé cinq bases de données médicales internationales et retenu uniquement les essais cliniques randomisés comparant un groupe supplémenté en Coenzyme Q10 à un groupe placebo. Sur plus de 2 000 études identifiées, 8 ont rempli l’ensemble des critères d’inclusion, totalisant 877 hommes âgés de 18 à 50 ans. Les durées de supplémentation allaient de 12 à 26 semaines et les doses de 10 à 300 mg par jour, seul ou en association avec d’autres antioxydants. La qualité méthodologique était globalement élevée, même si la diversité des protocoles explique une certaine variabilité dans les résultats.
Les résultats de cette méta-analyse montrent un effet favorable de la supplémentation en Coenzyme Q10 sur quatre des six paramètres étudiés.
Les hommes supplémentés présentaient un nombre total de spermatozoïdes significativement plus élevé que le groupe contrôle. Cet effet était observé quelle que soit la durée de traitement (inférieure ou supérieure à 3 mois) et quel que soit le type de prise (Coenzyme Q10 seul ou en association).
La motilité totale — c’est-à-dire la proportion de spermatozoïdes en mouvement — était significativement augmentée dans le groupe supplémenté. La motilité progressive, qui reflète la capacité des spermatozoïdes à se déplacer efficacement vers l’ovocyte, était également améliorée, en particulier pour les traitements de moins de trois mois et les associations avec d’autres antioxydants.
La proportion de spermatozoïdes de forme normale était significativement plus élevée chez les hommes supplémentés, notamment après plus de trois mois de traitement et lorsque le Coenzyme Q10 était pris seul.
En revanche, la supplémentation n’a pas eu d’effet significatif sur le volume de l’éjaculat ni sur la concentration spermatique (nombre de spermatozoïdes par millilitre).
Deux des essais inclus ont également mesuré les hormones reproductives après 26 semaines de supplémentation. Les résultats dessinent un profil hormonal cohérent :
Ces données suggèrent que le Coenzyme Q10 améliore la qualité du sperme au moins en partie en soutenant la production de testostérone au niveau testiculaire.
Cette méta-analyse est la plus large à ce jour sur le sujet. Elle montre que la supplémentation en Coenzyme Q10 améliore significativement le nombre total de spermatozoïdes, leur motilité et leur morphologie, en association avec une hausse de la testostérone. Ces résultats sont encourageants mais reposent encore sur un nombre limité d’essais (8 études, 877 hommes), avec une hétérogénéité notable entre les protocoles. Des essais cliniques de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces bénéfices et préciser les doses et durées optimales. La supplémentation en Coenzyme Q10 ne remplace pas un bilan et un suivi médical de fertilité : elle s’inscrit comme un complément possible, à discuter avec son médecin ou son urologue.
La fertilité masculine dépend de nombreux facteurs — hormonaux, nutritionnels, environnementaux et comportementaux. Le Coenzyme Q10 s’inscrit dans une approche plus globale, où plusieurs pistes de soutien nutritionnel ont fait l’objet d’études cliniques. Toute démarche de supplémentation doit être discutée avec l’équipe médicale, en particulier dans le cadre d’un parcours de fertilité.
Le zinc est un oligo-élément directement impliqué dans la spermatogenèse et le maintien d’un taux normal de testostérone. Il est concentré dans la prostate et le liquide séminal. L’EFSA lui reconnaît deux allégations en lien avec la fertilité : il « contribue à une fertilité et à une reproduction normales » et « au maintien d’un taux normal de testostérone dans le sang ». Une carence en zinc est associée à une diminution du nombre, de la motilité et de la morphologie des spermatozoïdes.
Le sélénium est un cofacteur essentiel de la glutathion peroxydase, une enzyme antioxydante majeure. Il « contribue à une spermatogenèse normale » selon l’EFSA. Plusieurs études l’ont évalué en association avec d’autres antioxydants (dont le Coenzyme Q10) dans le cadre de l’infertilité masculine. Les noix du Brésil en sont une source alimentaire particulièrement concentrée.
La Maca (Lepidium meyenii) est traditionnellement utilisée comme tonique dans les Andes péruviennes. Quelques essais cliniques de petite taille suggèrent une amélioration de la concentration et de la motilité spermatique après plusieurs semaines de prise, mais les preuves restent limitées et ne permettent pas de recommandation formelle.
L’infertilité ne concerne pas uniquement le partenaire masculin. Des travaux récents ont également évalué l’intérêt de certains micronutriments pour la fertilité féminine. Une méta-analyse portant sur 22 études et plus de 2 000 femmes a montré des effets significatifs de la vitamine D sur le taux d’ovulation et le taux de grossesse, notamment chez les femmes présentant un syndrome des ovaires polykystiques. Par ailleurs, un essai clinique préliminaire a exploré le potentiel protecteur de la N-acétylcystéine (NAC) sur les cellules ovariennes dans le cadre de l’endométriose.
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Nathalie