Probiotiques et diarrhée sous chimiothérapie : une méta-analyse confirme un bénéfice significatif
En bref
Moins de diarrhées, moins de nausées : ce que montrent les données
Sur les 14 études retenues pour l'analyse quantitative, les patients supplémentés en probiotiques présentaient une incidence de diarrhée tous grades confondus nettement inférieure à celle du groupe témoin. En termes concrets, pour quatre patients traités par probiotiques pendant leur chimiothérapie, un cas de diarrhée était évité.
Les bénéfices ne se limitent pas aux diarrhées. L'analyse met également en évidence une réduction significative d'autres troubles digestifs fréquents sous chimiothérapie :
- Nausées et vomissements : environ un patient sur quatre protégé grâce aux probiotiques
- Ballonnements : risque réduit de plus de 70 % dans le groupe probiotiques
- Perte d'appétit : réduction de près de 40 % de l'incidence
Un point remarquable : l'hétérogénéité entre les études était nulle ou très faible pour l'ensemble de ces critères, ce qui renforce la fiabilité de ces résultats.
9 400 articles passés au crible : comment les chercheurs ont procédé
Les auteurs ont suivi les recommandations PRISMA, le protocole de référence pour les revues systématiques. Cinq bases de données internationales ont été interrogées sans restriction de langue ni de date : Cochrane Library, PubMed, ScienceDirect, SciFinder et Scopus.
Sur les 9 400 articles identifiés, 184 ont été retenus pour une lecture approfondie, aboutissant à 24 études incluses dans la revue systématique et 14 dans la méta-analyse. Les patients, tous adultes, recevaient des chimiothérapies à base de 5-fluorouracile, de capécitabine ou d'irinotécan, pour des cancers majoritairement colorectaux, œsophagiens ou rectaux.
La qualité méthodologique de chaque étude a été évaluée par deux auteurs indépendants, à l'aide d'outils validés adaptés au type d'étude. La majorité des essais randomisés inclus ont été jugés de qualité « bonne » à « acceptable ». Le nombre relativement modeste de patients par analyse et la variabilité des souches et dosages utilisés restent néanmoins des facteurs à prendre en compte dans l'interprétation des résultats.
Bifidobacterium et Lactobacillus : les souches au cœur des essais
La plupart des études incluses ont utilisé des produits associant plusieurs souches de probiotiques, administrés du début à la fin des cycles de chimiothérapie. Parmi les souches les plus fréquemment retrouvées :
Souches du genre Bifidobacterium
B. breve, B. longum, B. bifidum, B. infantis
Souches du genre Lactobacillus
L. acidophilus, L. rhamnosus, L. casei, L. paracasei, L. bulgaricus, L. plantarum
Certaines études ont également testé des produits symbiotiques associant probiotiques et prébiotiques (galacto-oligosaccharides). Quelques essais ont porté sur des souches uniques, notamment Lactobacillus rhamnosus GG ou Clostridium butyricum.
La durée de supplémentation variait de quelques jours à six mois selon les protocoles, la plupart couvrant l'intégralité de la période de chimiothérapie.
Rééquilibrer la flore intestinale pendant la chimio
Au-delà de la réduction des symptômes, cette méta-analyse a documenté l'impact des probiotiques sur la composition du microbiote fécal. Les patients supplémentés présentaient une augmentation significative des bactéries bénéfiques, notamment Bifidobacterium et Lactobacillus, tandis que certaines bactéries potentiellement pathogènes comme les Enterobacteriaceae et Staphylococcus étaient réduites.
Les concentrations d'acides organiques dans les selles — en particulier l'acide acétique et l'acide propionique — étaient également plus élevées dans le groupe probiotiques. Ces acides gras à chaîne courte, produits par les bactéries intestinales, jouent un rôle dans le maintien de la barrière intestinale et la limitation de la prolifération de germes indésirables.
Trois études ont par ailleurs évalué la qualité de vie à l'aide de questionnaires validés. Les patients recevant des probiotiques rapportaient des scores de symptômes plus bas (fatigue, douleur, insomnie, diarrhée), bien que la qualité de vie globale ne soit pas significativement différente entre les groupes.
Un profil de tolérance rassurant, mais des précautions à connaître
Aucun effet indésirable grave ni décès lié à la prise de probiotiques n'a été rapporté dans les études incluses. Les patients supplémentés présentaient même un risque plus faible de neutropénie fébrile — une complication infectieuse redoutée sous chimiothérapie — par rapport au groupe témoin.
Un cas de fungémie (infection fongique dans le sang) a toutefois été documenté chez un patient ayant reçu Saccharomyces boulardii, une levure probiotique. Cet épisode isolé rappelle que la prudence reste de mise chez les patients sévèrement immunodéprimés.
Les auteurs soulignent que les recommandations actuelles de l'ASCO (Société américaine d'oncologie clinique) et de l'ESMO (Société européenne d'oncologie médicale) ne préconisent pas encore les probiotiques pour la prise en charge des diarrhées chimio-induites. Les recommandations du NCCN (Réseau national américain de lutte contre le cancer) les mentionnent toutefois comme option antidiarrhéique dans le cadre des soins palliatifs. Les données de cette méta-analyse pourraient contribuer à faire évoluer ces positions.
Cette méta-analyse apporte des données convergentes en faveur d'un bénéfice des probiotiques — en particulier des associations Bifidobacterium et Lactobacillus — pour réduire les diarrhées et d'autres troubles digestifs chez les patients recevant des fluoropyrimidines ou de l'irinotécan. Les résultats restent à confirmer par des essais de plus grande envergure, avec des protocoles standardisés (souches, dosages, durées). Dans tous les cas, toute supplémentation doit être discutée avec l'équipe soignante, en particulier chez les patients immunodéprimés.
Approches complémentaires
La gestion des effets secondaires de la chimiothérapie gagne à s'inscrire dans une approche globale, associant traitement médical conventionnel et mesures de soutien. Plusieurs pistes complémentaires, documentées dans la littérature, peuvent être envisagées en concertation avec l'équipe soignante.
Micronutrition
Les oméga-3 (EPA et DHA) ont fait l'objet d'études cliniques chez les patients atteints de cancer colorectal, notamment pour leur rôle anti-inflammatoire et leur effet sur la récupération postopératoire. Dans la méta-analyse de Siritientong et al., une étude associait d'ailleurs probiotiques et oméga-3 avec des résultats favorables sur la qualité de vie et les marqueurs inflammatoires.
Phytothérapie
Le Safran (Crocus sativus), et plus précisément la crocine qu'il contient, fait l'objet de recherches pour son potentiel neuroprotecteur chez les patients sous chimiothérapie. Un essai clinique a montré des résultats encourageants sur la réduction des douleurs liées aux neuropathies périphériques induites par les traitements anticancéreux.
Aromathérapie
L'huile essentielle de Menthe des Champs (Mentha arvensis), riche en menthol, est étudiée pour son effet antalgique local dans le cadre des neuropathies périphériques chimio-induites. Utilisée en synergie par voie olfactive, elle fait également partie des huiles essentielles documentées pour soulager les nausées chimio-induites. Leur utilisation doit toujours être encadrée par un professionnel formé, en raison des interactions possibles avec les traitements anticancéreux.
Rappel : toute approche complémentaire doit être signalée à votre médecin ou pharmacien, afin de vérifier l'absence d'interaction avec votre traitement en cours.
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