Les neuropathies périphériques comptent parmi les effets secondaires les plus redoutés de la chimiothérapie : fourmillements, brûlures, perte de sensibilité, douleurs parfois si intenses qu'elles contraignent les oncologues à réduire les doses du traitement anticancéreux. Un essai clinique mené sur 177 patients, publié dans le Journal of Ethnopharmacology, a évalué pour la première fois chez l'humain l'effet de la crocine — un principe actif issu du Safran — sur ces douleurs neuropathiques. Ses résultats méritent attention.
Cet article a été mis à jour le 08/04/2026
La crocine est un pigment caroténoïde présent dans les stigmates du Safran (Crocus sativus L.), responsable de la couleur jaune-orangé caractéristique de l'épice. Si le Safran est utilisé depuis plus de 3 000 ans en médecine traditionnelle, c'est au cours de la dernière décennie que les recherches ont précisé le potentiel pharmacologique de la crocine. Différents travaux ont mis en évidence des propriétés antalgiques, antioxydantes, anti-inflammatoires, anticonvulsivantes et neuroprotectrices.
Le Safran contient plus de 150 composés, mais deux familles de molécules concentrent l'essentiel de l'activité étudiée. Les crocines agissent sur la recapture de la dopamine et de la noradrénaline. Le safranal, monoterpène volatil responsable de l'arôme du Safran, intervient sur la voie sérotoninergique et les récepteurs GABAergiques. Ensemble, ces composés réduiraient le stress oxydatif et l'inflammation dans le système nerveux.
Plusieurs études conduites sur des modèles animaux avaient déjà montré que le Safran et la crocine pouvaient atténuer les symptômes de neuropathie périphérique, en particulier l'allodynie mécanique (douleur provoquée par un stimulus normalement indolore) et l'hyperalgésie thermique (sensibilité exacerbée à la chaleur). Un essai clinique avait par ailleurs conclu à l'efficacité du Safran pour soulager les douleurs de la fibromyalgie.
Ces résultats étaient encourageants. Mais il manquait un chaînon essentiel : aucun essai n'avait encore évalué la crocine spécifiquement sur les neuropathies induites par la chimiothérapie chez l'humain. C'est précisément l'objet de l'étude publiée dans le Journal of Ethnopharmacology.
L'étude, menée entre décembre 2018 et mars 2020, a inclus 177 patients présentant une neuropathie chimio-induite symptomatique, d'intensité légère à sévère, installée depuis au moins un mois. Les participants ont été répartis de manière aléatoire en deux groupes : l'un recevant 15 mg de crocine deux fois par jour (30 mg au total), l'autre un placebo d'apparence identique, pendant huit semaines. Un schéma croisé (crossover) avec période de sevrage de deux semaines a été adopté : chaque patient a successivement reçu les deux traitements, renforçant la fiabilité des comparaisons.
La méthodologie — essai randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo — correspond au standard de référence en recherche clinique. Ni les patients, ni les médecins évaluateurs ne savaient qui recevait la crocine. Les auteurs soulignent qu'il s'agit d'un premier essai dans cette indication et appellent à des études complémentaires sur des cohortes plus larges et des durées plus longues.
Les résultats confirment ce que les données précliniques laissaient entrevoir. La prise de crocine a entraîné une diminution statistiquement significative de la douleur neuropathique par rapport au placebo (p < 0,05). L'amélioration porte sur les trois dimensions évaluées : la composante sensorielle (fourmillements, brûlures, perte de sensibilité), la composante motrice et la douleur neuropathique globale.
Sur le plan de la tolérance, les effets indésirables sont restés minimes et comparables à ceux du placebo. Les auteurs relèvent que la crocine pourrait représenter une option intéressante au regard de ses effets neuropharmacologiques et de son profil de tolérance, nettement plus favorable que celui des agents habituellement prescrits.
Ces résultats prennent tout leur sens au regard de la situation clinique actuelle. Les neuropathies périphériques chimio-induites touchent une proportion importante des patients traités par taxanes, sels de platine ou alcaloïdes de la pervenche. Elles peuvent persister longtemps après l'arrêt du traitement et constituent l'une des premières causes de réduction des protocoles de chimiothérapie. Les options thérapeutiques disponibles présentent une efficacité limitée et s'accompagnent d'effets secondaires qui alourdissent encore le quotidien des patients. Le besoin d'alternatives mieux tolérées est identifié de longue date par les cliniciens.
Les neuropathies chimio-induites s'accompagnent souvent de troubles du sommeil, de stress et d'anxiété, qui aggravent la perception de la douleur. Une prise en charge globale, associant plusieurs approches complémentaires, peut s'avérer utile — à condition d'en informer systématiquement l'équipe soignante.
L'aromathérapie contre les douleurs neuropathiques. Plusieurs huiles essentielles font l'objet d'études dans ce domaine. L'huile essentielle de Menthe des Champs, riche en menthol, a montré une efficacité en application locale pour réduire les symptômes de neuropathie grâce à son action sur les récepteurs de la douleur. Utilisée seule ou en synergie avec d'autres huiles essentielles (Lavande Vraie, Poivre Noir, Clou de Girofle), elle constitue une piste étudiée dans plusieurs centres hospitaliers.
L'accompagnement global des effets secondaires. Au-delà des douleurs nerveuses, la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent provoquer d'autres effets indésirables — nausées, mucites buccales, brûlures cutanées — pour lesquels des solutions naturelles sont également étudiées. L'huile essentielle de Menthe Poivrée en inhalation, par exemple, a démontré son efficacité contre les nausées chimio-induites et est déjà intégrée dans les protocoles de certains hôpitaux.
Publication : Bozorgi H, Ghahremanfard F, Motaghi E, Zamaemifard M, Zamani M, Izadi A. Effectiveness of crocin of saffron (Crocus sativus L.) against chemotherapy-induced peripheral neuropathy: A randomized, double-blind, placebo-controlled clinical trial. Journal of Ethnopharmacology. 2021 Dec 5;281:114511. DOI : 10.1016/j.jep.2021.114511
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Nathalie