Les troubles digestifs sont un problème fréquent chez les coureurs de trail et d'ultra-trail, parfois associés à des atteintes rénales dont les mécanismes restent mal compris. Un essai clinique randomisé en double aveugle, mené auprès de 34 coureurs et publié en 2026 dans le « Journal of the International Society of Sports Nutrition », a évalué l'effet d'une supplémentation en Lactiplantibacillus plantarum 299v sur l'inflammation intestinale et les lésions rénales induites par la course. Les résultats montrent une protection intestinale significative.
Cet article a été mis à jour le 25/06/2026L'essentiel. Chez les coureurs supplémentés en Lactiplantibacillus plantarum 299v pendant quatre semaines, la calprotectine fécale n'a pas augmenté après la course, contrairement au groupe placebo (p < 0,001). C'est la première étude à évaluer un probiotique mono-souche sur des biomarqueurs rénaux et intestinaux dans des conditions réelles de course de trail, sur des distances allant de 20 à 164 km.
Le résultat le plus robuste de l'essai concerne l'intestin. Les coureurs ayant reçu Lactiplantibacillus plantarum 299v (Lp299v) pendant les quatre semaines précédant la course ont été significativement protégés contre l'élévation de la calprotectine fécale post-course (p < 0,001). Ce marqueur, couramment utilisé en gastro-entérologie, reflète l'inflammation de la muqueuse intestinale. Dans le groupe placebo, la calprotectine augmentait nettement le lendemain de la course (p = 0,001) ; dans le groupe Lp299v, cette hausse n'a pas eu lieu.
Fait notable : la calprotectine a légèrement augmenté pendant les quatre semaines de supplémentation elles-mêmes (p = 0,01), avant que l'effet protecteur ne se manifeste lors de l'effort. Ce phénomène, jamais décrit auparavant chez des sujets jeunes et physiquement actifs, pourrait refléter une phase d'adaptation du microbiote au probiotique. Les coureurs n'ont toutefois pas perçu de différence de confort digestif entre les deux groupes, ni pendant la supplémentation ni pendant la course.
Les cinq marqueurs de lésion rénale tubulaire (MCP-1, KIM-1, GST-π, clusterine, calbindine) ont présenté des augmentations moins importantes dans le groupe Lp299v, sans atteindre le seuil de significativité statistique. La tendance la plus nette a été observée pour le MCP-1 dans les courses de 20 à 54 km (p = 0,07). L'indice composite de lésion tubulaire (TKIBC1) était nominalement inférieur dans le groupe probiotique (p = 0,12 pour les courses de 20 à 54 km).
L'étude a été réalisée en Suède auprès de 34 coureurs de trail ayant terminé 42 courses (de 20 à 164 km), dont plus de 80 % étaient des compétitions officielles sur sentiers. Les participants ont reçu une gélule quotidienne de Lp299v (40 milliards d'UFC) ou un placebo identique pendant quatre semaines avant la course. Des échantillons d'urine ont été prélevés à quatre moments — avant, immédiatement après, le lendemain matin et 24 heures après la course — pour doser cinq marqueurs de lésion rénale tubulaire, l'albumine urinaire et la myoglobine. La calprotectine fécale a été mesurée avant la supplémentation, avant la course et le lendemain.
L'effectif reste modeste et les conditions de course étaient hétérogènes (distances, températures et dénivelés variés), ce qui limite la puissance statistique, en particulier pour détecter un effet probiotique sur les marqueurs rénaux.
L'étude a mis en évidence un effet dose-réponse clair : les courses ultra (107 à 164 km) entraînent des atteintes biologiques nettement plus marquées que les courses de 20 à 54 km, sur tous les plans.
Tous les marqueurs de lésion rénale — tubulaires et glomérulaires — étaient significativement plus élevés après les courses ultra. Le pic survient immédiatement après la course pour la plupart des marqueurs, avec une normalisation progressive dans les 24 heures. Le MCP-1 met cependant plus de temps à revenir à la normale, signe d'une inflammation rénale qui persiste au-delà de l'effort.
Après les courses ultra, deux coureurs sur neuf présentaient des niveaux très élevés de myoglobine urinaire (≥ 1 500 µg/L), témoignant d'un phénomène proche de la rhabdomyolyse — une destruction massive des fibres musculaires qui libère leur contenu dans la circulation sanguine. La majorité des ultra-traileurs avaient de la myoglobine détectable dans les urines. Les coureurs les plus touchés sur le plan musculaire affichaient aussi les marqueurs rénaux tubulaires les plus élevés : la myoglobine libérée est directement toxique pour les tubules rénaux.
La calprotectine fécale était significativement plus élevée après les courses ultra qu'après les courses plus courtes (p = 0,03). Cette observation est cohérente avec l'hypothèse d'une perméabilité intestinale accrue lors d'efforts prolongés, favorisant le passage d'endotoxines bactériennes dans la circulation et alimentant une inflammation systémique qui peut toucher, entre autres, les reins.
Lactiplantibacillus plantarum 299v appartient à la famille des Lactobacillaceae. Présente naturellement dans le microbiote humain et dans certains aliments fermentés, cette souche a démontré en laboratoire sa capacité à réduire la perméabilité intestinale et à limiter la translocation bactérienne. Chez l'humain, elle a été associée à une meilleure absorption du fer chez des athlètes féminines en déficit. La Société Internationale de Nutrition Sportive (ISSN) reconnaît que certaines souches probiotiques peuvent renforcer la barrière intestinale chez les sportifs, tout en soulignant la difficulté de généraliser d'une souche à l'autre.
Dans le domaine sportif, une seule étude antérieure avait exploré une souche apparentée (L. plantarum PS128) avant un effort intense, mettant en évidence une diminution de certains marqueurs urinaires de stress oxydatif après un triathlon. L'essai de Hansson et al. apporte donc les premières données spécifiques à Lp299v dans un contexte de course de trail. Au-delà du sport, la consommation de laits fermentés pour atténuer le stress thermique est une pratique ancestrale chez les travailleurs manuels en Inde, rejoignant l'hypothèse d'un rôle protecteur des bactéries lactiques dans diverses situations de stress physiologique prolongé.
Cet essai clinique apporte des données inédites sur l'interaction entre l'intestin, les reins et les muscles au cours de courses de trail de 20 à 164 km. La protection significative de l'intestin par Lactiplantibacillus plantarum 299v est le résultat le plus robuste. L'effet protecteur suggéré sur les reins reste à confirmer par des études de plus grande envergure portant sur des cohortes homogènes. Cette approche s'inscrit dans une démarche de prévention et ne se substitue pas au suivi médical, en particulier pour les coureurs d'ultra-trail.
Au-delà des probiotiques, d'autres pistes nutritionnelles peuvent contribuer à protéger l'intestin, limiter l'inflammation et favoriser la récupération chez les coureurs d'endurance. Ces approches, soutenues par des données scientifiques, s'inscrivent dans une démarche globale. Toute supplémentation doit être discutée au préalable avec un professionnel de santé.
La L-Glutamine est un acide aminé qui constitue la principale source d'énergie des cellules de la muqueuse intestinale. Des essais cliniques randomisés contre placebo ont montré qu'une supplémentation avant un effort intense réduit la perméabilité intestinale induite par l'exercice, en préservant les protéines de jonction serrée qui assurent l'étanchéité de la muqueuse.
Les acides gras oméga-3 (EPA et DHA) possèdent des propriétés anti-inflammatoires documentées dans le contexte sportif. Une méta-analyse récente portant sur 41 essais contrôlés et plus de 1 800 participants a conclu qu'une supplémentation continue d'au moins 2 g d'EPA et DHA par jour réduit les marqueurs inflammatoires post-effort (IL-6, TNF-α, CRP) et les indicateurs de dommages musculaires. Cette approche peut être pertinente pour les coureurs d'endurance chez qui l'inflammation répétée peut compromettre la récupération entre les sessions d'entraînement.
La Curcumine, principal polyphénol du Curcuma (Curcuma longa), fait l'objet de recherches dans le domaine de la récupération sportive. Des essais cliniques randomisés — dont un mené chez des coureurs de semi-marathon — ont montré qu'une supplémentation en curcumine sous forme à biodisponibilité améliorée peut atténuer les dommages musculaires, réduire les courbatures et abaisser les marqueurs d'inflammation après un effort intense. Son mécanisme d'action passe principalement par l'inhibition de la voie NF-κB, un régulateur central de la cascade inflammatoire. Les formes phytosomales ou micellaires sont à privilégier en raison de la faible absorption de la curcumine native.
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Nathalie