Gérer sa glycémie, son cholestérol et les processus inflammatoires est un enjeu quotidien pour les personnes atteintes de prédiabète ou de diabète de type 2. Une méta-analyse publiée en 2022 dans la revue « Nutrients » a regroupé les données de 20 essais cliniques randomisés portant sur 1 295 participants supplémentés en Ginseng (Panax). Ses résultats apportent des éléments concrets sur les effets réels de cette plante sur plusieurs marqueurs cardiométaboliques.
Cet article a été mis à jour le 27/05/2026Le Ginseng désigne des plantes du genre Panax, de la famille des Araliaceae. Deux espèces sont principalement étudiées dans les essais cliniques : Panax ginseng (Ginseng asiatique) et Panax quinquefolius (Ginseng américain). Leurs composés actifs les plus étudiés, les ginsénosides, sont des saponines triterpénoïdes auxquels sont attribuées la plupart des propriétés biologiques de la plante.
Plusieurs mécanismes d'action ont été identifiés dans des modèles expérimentaux : les ginsénosides interviendraient sur la sécrétion d'insuline, l'absorption cellulaire du glucose et le métabolisme des lipides, en particulier via l'activation d'une enzyme de régulation énergétique, l'AMPK. Ils moduleraient également des voies impliquées dans l'inflammation chronique de bas grade, caractéristique du diabète de type 2.
Les chercheurs ont interrogé quatre grandes bases de données scientifiques et retenu, après sélection rigoureuse, 20 essais cliniques randomisés contrôlés par placebo. Ces études ont impliqué 1 295 participants (675 dans les groupes Ginseng, 620 dans les groupes placebo), atteints de prédiabète ou de diabète de type 2, âgés en moyenne de 44 à 64 ans. Les doses testées allaient de 0,1 à 8 g par jour, pour des durées comprises entre 4 et 24 semaines. Les données ont été combinées à l'aide d'un modèle statistique à effets aléatoires, adapté à la variabilité des protocoles. La plupart des études incluses portaient sur de petits effectifs, ce qui invite à interpréter certains résultats secondaires avec prudence.
L'effet le plus robuste concerne la glycémie à jeun — le taux de sucre dans le sang mesuré après une période de jeûne. La supplémentation en Ginseng l'a réduite de façon significative par rapport au placebo. Cet effet a été plus marqué chez les participants dont la glycémie de départ dépassait 1,26 g/L — le seuil habituel du diagnostic de diabète — et pour des durées de supplémentation de 8 semaines ou moins.
La résistance à l'insuline, mesurée via l'index HOMA-IR (un calcul combinant glycémie et insulinémie à jeun pour estimer la sensibilité à l'insuline), a diminué significativement, quelle que soit la durée de l'étude.
En revanche, l'hémoglobine glyquée (HbA1c, reflet de l'équilibre glycémique sur deux à trois mois) et le taux d'insuline à jeun n'ont pas évolué significativement par rapport au placebo.
La supplémentation en Ginseng a significativement réduit le cholestérol total par rapport au placebo. Cet effet a été observé principalement chez les participants dont le cholestérol total de départ était inférieur à 2 g/L, et dans les études utilisant des doses égales ou supérieures à 2 g par jour.
Une réduction du LDL-cholestérol — souvent appelé « mauvais cholestérol » parce qu'il favorise le dépôt sur les parois artérielles — a été documentée dans les groupes recevant au moins 2 g de Ginseng quotidiennement. Les analyses complémentaires indiquent aussi que plus la durée de supplémentation est longue, plus cet effet sur le LDL est marqué.
Les triglycérides et le HDL-cholestérol (le « bon cholestérol ») n'ont pas évolué significativement dans l'analyse globale.
Le Ginseng a entraîné une baisse significative de l'interleukine-6 (IL-6), une protéine impliquée dans l'inflammation chronique de bas grade, souvent élevée dans le diabète de type 2. La protéine C-réactive (CRP), autre marqueur inflammatoire courant, n'a quant à elle pas varié significativement.
Un résultat plus inattendu ressort de l'analyse : le TNF-α (facteur de nécrose tumorale alpha, une autre protéine pro-inflammatoire) a augmenté dans les groupes sous Ginseng. Ce signal, qui va à l'encontre des hypothèses anti-inflammatoires habituellement formulées sur la plante, reste difficile à interpréter et devra être examiné dans de futures études.
La fréquence cardiaque a par ailleurs augmenté de façon significative dans les groupes Ginseng, sans modification notable de la pression artérielle. Cet effet devra être signalé à l'équipe soignante, en particulier chez les patients sous traitement cardiovasculaire.
Cette méta-analyse est la première à évaluer l'ensemble des marqueurs cardiométaboliques du Ginseng exclusivement chez des patients atteints de prédiabète ou de diabète de type 2, ce qui renforce la pertinence de ses conclusions pour ce public. Les données les plus solides concernent la glycémie à jeun, la résistance à l'insuline et le cholestérol total. Des essais de plus grande envergure, sur des durées plus longues, sont nécessaires pour confirmer et affiner ces résultats, en particulier sur les marqueurs inflammatoires. La supplémentation en Ginseng ne remplace pas le traitement médical en cours et doit être discutée avec l'équipe soignante, notamment en raison de l'effet sur la fréquence cardiaque mis en évidence dans cette analyse.
La gestion du diabète de type 2 s'appuie sur un ensemble de leviers complémentaires, dont certains font l'objet d'un intérêt scientifique croissant. Aucun ne remplace les traitements prescrits ni le suivi médical, mais ils peuvent s'intégrer dans une démarche globale, à discuter avec l'équipe soignante.
L'alimentation reste un levier central. Comprendre l'indice glycémique des aliments — c'est-à-dire leur capacité à élever la glycémie après ingestion — permet de faire des choix qui limitent les pics de sucre dans le sang.
La phytothérapie en soutien. Certaines plantes sont également étudiées pour leur rôle dans la réponse glycémique : la Cannelle fait l'objet de recherches pour ses effets sur la sensibilité à l'insuline et les maladies métaboliques, tandis que le Konjac, riche en glucomannane, une fibre très visqueuse, a montré dans plusieurs essais un effet ralentisseur sur l'absorption des glucides.
Le glutathion. Le glutathion est un antioxydant produit naturellement par l'organisme, mais souvent déficitaire dans le diabète de type 2 — fait l'objet d'essais cliniques dont les résultats sont encourageants sur le stress oxydatif et la réponse immunitaire.
Publication : Naseri, K., Saadati, S., Sadeghi, A., Asbaghi, O., Ghaemi, F., Zafarani, F., Li, H.-B., & Gan, R.-Y. (2022). The efficacy of ginseng (Panax) on human prediabetes and type 2 diabetes mellitus: A systematic review and meta-analysis. Nutrients, 14(12), 2401. doi:10.3390/nu14122401
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Nathalie