Un essai clinique en double aveugle mené auprès de 96 femmes après leur premier accouchement montre qu'une prise quotidienne de 500 mg d'extrait de Curcuma pendant huit semaines réduit significativement les scores de dépression et d'anxiété par rapport au placebo. Ces résultats, publiés en 2025 dans « BMC Complementary Medicine and Therapies », ouvrent une piste intéressante pour accompagner la santé mentale des jeunes mères pendant l'allaitement.
Cet article a été mis à jour le 22/07/2026Au terme de huit semaines de supplémentation en Curcuma (Curcuma longa), les chercheurs ont observé une différence nette entre le groupe ayant reçu l'extrait et le groupe placebo, aussi bien sur la dépression que sur l'anxiété.
Les scores de dépression, mesurés par l'échelle d'Édimbourg (un questionnaire de référence en post-partum), étaient comparables dans les deux groupes au départ. Après l'intervention, le score moyen du groupe curcumine est resté bas, tandis que celui du groupe placebo a significativement augmenté (p < 0,001). Ce résultat suggère un effet préventif : les participantes n'étaient pas déprimées à l'inclusion, mais celles qui n'ont pas reçu de curcumine ont vu leurs symptômes s'aggraver au fil des semaines.
L'anxiété a été évaluée par un questionnaire spécifique à la période post-partum (PSAS-RSF), qui explore quatre dimensions : l'adaptation psychologique à la maternité, l'anxiété pratique liée aux soins du bébé, le sentiment de compétence et d'attachement, et l'inquiétude pour la sécurité du nourrisson. Le score global a significativement diminué dans le groupe curcumine (p < 0,001), avec une amélioration sur trois des quatre dimensions. Seule l'adaptation psychologique à la maternité n'a pas montré de différence significative.
Cet essai a inclus 96 femmes après leur premier accouchement, ne présentant pas de dépression à l'inclusion. Elles ont reçu aléatoirement 500 mg d'extrait de Curcuma ou un placebo identique, une fois par jour pendant huit semaines à partir du septième jour post-partum. Ni les participantes, ni les chercheurs ne connaissaient l'attribution des groupes. Sur 96 femmes, 83 ont terminé l'étude. Les résultats devront être confirmés par des essais de plus grande envergure.
Les premières semaines après l'accouchement exposent de nombreuses femmes à une montée de l'anxiété et, parfois, à des symptômes dépressifs. Or les options médicamenteuses sont limitées pendant l'allaitement : les psychotropes peuvent passer dans le lait maternel et provoquer des effets indésirables chez le nourrisson, comme une somnolence excessive ou des troubles du rythme cardiaque.
C'est dans ce contexte que la curcumine, principal actif du Curcuma (Curcuma longa), suscite un intérêt croissant. Utilisée depuis des millénaires comme épice et remède traditionnel, elle possède des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et neuroprotectrices documentées par de nombreuses études. Plusieurs essais cliniques ont déjà montré son intérêt dans la dépression majeure chez l'adulte, avec des effets qui apparaissent généralement entre quatre et huit semaines de prise. Son profil de tolérance favorable et son accessibilité en font un candidat pertinent pour la période post-partum.
Plusieurs mécanismes, identifiés dans les études précliniques et cliniques, expliquent les effets de la curcumine sur les troubles de l'humeur.
La curcumine inhibe la monoamine oxydase (MAO), une enzyme qui dégrade la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline dans le cerveau. En ralentissant cette dégradation, elle augmente la disponibilité de ces neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de l'humeur.
Elle module l'axe hypothalamus-hypophyse-surrénales (HPA), le principal système de réponse au stress de l'organisme. En atténuant la suractivation de cet axe, fréquente en post-partum, la curcumine contribue à limiter l'anxiété liée au stress.
La curcumine stimule la production du BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau), une protéine essentielle à la plasticité neuronale et à la résilience face aux épisodes dépressifs. Elle exerce également un effet antioxydant et régule les cytokines pro-inflammatoires, deux mécanismes impliqués dans la physiopathologie de la dépression.
Cet essai clinique en double aveugle est l'un des premiers à évaluer spécifiquement l'effet de la curcumine sur la dépression et l'anxiété post-partum chez les primipares. Les résultats montrent un effet préventif significatif après huit semaines de supplémentation à 500 mg d'extrait de Curcuma par jour, avec un bon profil de tolérance. Ces données, encourageantes, devront être confirmées par des essais incluant davantage de participantes et un suivi plus long. Toute supplémentation en période post-partum ou d'allaitement doit être discutée avec son médecin ou sa sage-femme.
La santé mentale en post-partum bénéficie d'une prise en charge globale, associant suivi médical, soutien psychologique et, le cas échéant, des compléments nutritionnels adaptés à la période d'allaitement. Plusieurs pistes, étudiées dans des essais cliniques, peuvent être envisagées en complément — toujours après avis de l'équipe soignante.
Le Safran (Crocus sativus) a fait l'objet d'un essai contrôlé randomisé spécifiquement chez des mères allaitantes souffrant de dépression post-partum légère à modérée. À la dose de 30 mg par jour pendant huit semaines, il a montré une réduction significative des scores de dépression par rapport au placebo, avec un bon profil de tolérance pendant l'allaitement.
Une carence en Vitamine D est fréquente pendant la grossesse et l'allaitement. Plusieurs études associent des taux bas de vitamine D à un risque accru de dépression post-partum, via son rôle dans la neuro-inflammation et la synthèse des neurotransmetteurs. Le Magnésium, impliqué dans la réponse au stress et la régulation de l'humeur, fait également l'objet de recherches dans ce contexte. Ces deux micronutriments sont compatibles avec l'allaitement aux doses nutritionnelles courantes.
Les acides gras oméga-3, en particulier l'EPA et le DHA, jouent un rôle dans le fonctionnement cérébral et la régulation de l'inflammation. Pendant la grossesse et l'allaitement, les réserves maternelles en DHA peuvent s'appauvrir. La supplémentation en oméga-3 est considérée comme sûre pendant l'allaitement et fait l'objet de recherches continues, même si les résultats des essais cliniques restent hétérogènes à ce stade.
Dans tous les cas, il est essentiel d'informer son médecin ou sa sage-femme avant de débuter toute supplémentation.
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Nathalie