Probiotiques : à quoi servent-ils et comment les prendre ?
En bref
Qu'est-ce qu'un probiotique ?
Un probiotique est un micro-organisme vivant qui, administré en quantité suffisante, apporte un bénéfice démontré à la santé de celui qui le consomme. Cette définition posée par la FAO et l'OMS en 2001 a été réexaminée puis confirmée en 2014 par le consensus international de l'ISAPP, qui fait aujourd'hui référence (Hill et coll., 2014). Elle est plus exigeante qu'il n'y paraît : trois conditions doivent être réunies en même temps, et il suffit qu'une seule manque pour qu'un produit n'ait aucun titre à porter ce nom.
La troisième condition est celle que le marché respecte le moins, et c'est pourtant la plus importante pour vous. L'effet d'un probiotique n'appartient ni à son genre ni à son espèce : il appartient à la souche. Deux Lactobacillus rhamnosus de la même espèce peuvent produire des effets sans rapport l'un avec l'autre, parce qu'ils ne portent pas les mêmes gènes. Raisonner en « prendre des lactobacilles » revient à choisir un médicament sur sa couleur.
Genre, espèce, souche : lire correctement une étiquette
Un probiotique bien identifié se lit sur trois niveaux. Dans Lactobacillus rhamnosus GG, Lactobacillus désigne le genre, rhamnosus l'espèce, et GG la souche — c'est-à-dire l'individu précis sur lequel les essais cliniques ont porté. Une souche sérieuse porte en plus un numéro de dépôt dans une collection publique, du type CNCM I-XXXX à l'Institut Pasteur ou DSM XXXXX en Allemagne. Ce numéro est votre garantie que la souche vendue est bien celle qui a été étudiée.
Une difficulté supplémentaire vient de la taxonomie elle-même. En 2020, le genre Lactobacillus, devenu trop hétérogène, a été scindé en vingt-cinq genres distincts (Zheng et coll., 2020) : Lactobacillus plantarum est devenu Lactiplantibacillus plantarum, Lactobacillus rhamnosus est devenu Lacticaseibacillus rhamnosus, tandis que Lactobacillus acidophilus et Lactobacillus gasseri ont gardé leur nom. Un même produit peut donc porter deux dénominations différentes selon son année de conditionnement, sans que rien n'ait changé à l'intérieur. Les anciens noms restent utilisés dans ce guide, comme sur la plupart des étiquettes.
Ce que les probiotiques font au microbiote
Votre tube digestif héberge des dizaines de milliers de milliards de micro-organismes qui forment le microbiote intestinal. Les probiotiques ne le remplacent pas et ne s'y installent pas durablement : ils y transitent. Pendant ce transit, quatre mécanismes documentés expliquent leur action. Ils entrent en compétition avec les bactéries indésirables pour les nutriments et les sites d'adhésion ; ils produisent des substances antimicrobiennes, acides organiques et bactériocines, qui abaissent le pH local ; ils renforcent la barrière intestinale en stimulant la production de mucus et la cohésion des jonctions serrées ; et ils modulent la réponse immunitaire des muqueuses, notamment la sécrétion d'immunoglobulines A (Sanders et coll., 2019).
Ce transit est plus personnel qu'on ne l'a longtemps cru. Une étude israélienne ayant prélevé directement la muqueuse intestinale de volontaires a montré que la colonisation par un probiotique donné réussit chez certaines personnes et échoue complètement chez d'autres, indépendamment de la dose, en fonction du microbiote préexistant (Zmora et coll., 2018). C'est l'une des explications les plus solides au fait qu'un même produit transforme la vie d'une personne et ne fasse strictement rien à une autre.
Probiotiques, prébiotiques, postbiotiques : quelles différences ?
Ces trois mots se croisent sur les étiquettes et désignent des objets sans rapport. Un probiotique apporte des micro-organismes vivants. Un prébiotique n'apporte aucun micro-organisme : c'est un substrat que vos propres bactéries utilisent sélectivement, et dont l'usage confère un bénéfice pour la santé (Gibson et coll., 2017). Un postbiotique, enfin, est une préparation de micro-organismes inactivés, avec ou sans leurs métabolites, qui conserve un effet bénéfique sans rien contenir de vivant (Salminen et coll., 2021).
| Critère | Probiotiques | Prébiotiques | Postbiotiques |
|---|---|---|---|
| Nature | Micro-organismes vivants | Substrats non digestibles, le plus souvent des fibres | Micro-organismes inactivés et leurs métabolites |
| Exemples | Lactobacilles, bifidobactéries, Saccharomyces boulardii | Inuline, fructo-oligosaccharides, galacto-oligosaccharides, amidon résistant | Ferments tyndallisés, acides gras à chaîne courte |
| Mode d'action | Apportent des micro-organismes bénéfiques de passage | Nourrissent sélectivement les micro-organismes déjà présents | Reproduisent l'effet sans micro-organisme vivant |
| Sensibilité à la chaleur | Forte : détruits par la cuisson | Nulle : ce sont des fibres | Nulle : rien n'est vivant |
| Où en trouver | Aliments fermentés non pasteurisés, compléments | Chicorée, topinambour, ail, oignon, poireau, banane peu mûre, légumineuses | Compléments, quelques boissons fermentées pasteurisées |
Les deux premiers se complètent, ce qui a donné naissance aux symbiotiques, associations d'une souche et du substrat qui la nourrit. Sur le plan pratique, augmenter vos apports en fibres prébiotiques est utile que vous preniez ou non un complément — mais progressivement : une montée brutale en inuline provoque des ballonnements chez la plupart des gens. Comptez une à deux semaines pour passer d'une portion quotidienne de légumes riches en fibres fermentescibles à deux ou trois.
Quels bienfaits sont réellement démontrés ?
C'est ici que le discours commercial et la littérature scientifique divergent le plus. Les probiotiques ont été testés dans des dizaines d'indications, avec des résultats très inégaux : quelques usages reposent sur des revues systématiques solides, beaucoup sur des essais hétérogènes, et une longue liste sur des travaux préliminaires. Les trois niveaux ci-dessous reprennent cette hiérarchie telle qu'elle ressort des synthèses les plus récentes, sans l'aplatir.
Ce qui est solidement établi
La prévention de la diarrhée associée aux antibiotiques est l'indication la mieux documentée. La revue Cochrane consacrée à l'enfant, qui rassemble 33 essais et près de 6 400 participants, conclut à une réduction nette du risque, avec un effet plus marqué aux doses élevées (Guo et coll., 2019). Les souches concernées sont principalement Saccharomyces boulardii et Lactobacillus rhamnosus GG. Le protocole précis, le moment de prise par rapport à l'antibiotique et la durée à respecter sont détaillés sur notre page dédiée aux probiotiques pendant un traitement antibiotique.
Un troisième usage mérite d'être cité pour la nuance qu'il impose. Longtemps présentés comme efficaces sur la gastro-entérite aiguë, les probiotiques ont vu ce résultat se retourner : la mise à jour Cochrane de 2020, qui intègre les grands essais nord-américains à faible risque de biais, conclut qu'ils ne réduisent probablement pas ou peu la durée de la diarrhée dans les pays à revenu élevé (Collinson et coll., 2020). Le bénéfice observé auparavant venait pour l'essentiel d'essais menés dans des contextes de dénutrition. Cette révision est expliquée en détail sur la page consacrée aux probiotiques en cas de diarrhée et de gastro-entérite.
Ce qui est plausible mais inconstant
Le syndrome de l'intestin irritable est le terrain le plus fréquenté, et le plus frustrant. De nombreux essais rapportent une amélioration des douleurs, des ballonnements et du confort global, mais les souches, les doses et les critères de jugement varient tellement d'une étude à l'autre que la société savante américaine de gastro-entérologie ne recommande pas leur usage systématique en dehors d'un essai clinique (Su et coll., 2020). Cela ne signifie pas qu'ils ne servent à rien, mais que le choix de la souche décide de tout. Nos pages dédiées font le tri par symptôme : probiotiques et côlon irritable, probiotiques contre le ventre gonflé et probiotiques en cas de constipation.
La sphère uro-génitale forme le deuxième ensemble de ce niveau. Les lactobacilles y dominent la flore vaginale saine et y maintiennent un pH acide défavorable aux germes indésirables ; plusieurs souches ont été évaluées en prévention des récidives, avec des résultats encourageants mais des effectifs limités. Le détail par situation figure sur les pages probiotiques et vaginose, probiotiques et cystites récidivantes et probiotiques contre les candidoses et mycoses.
Le soutien de l'immunité relève de la même catégorie. La modulation des réponses immunitaires par les muqueuses intestinales est un mécanisme bien caractérisé, et plusieurs méta-analyses observent une réduction modeste de la fréquence ou de la durée des infections respiratoires hivernales. L'effet est réel mais petit, et il dépend là encore de la souche. Voir probiotiques et immunité et probiotiques contre la grippe.
Ce qui reste préliminaire
L'axe intestin-cerveau concentre aujourd'hui l'essentiel des annonces. Des essais rapportent une baisse de marqueurs physiologiques du stress, une amélioration du ressenti émotionnel ou de la qualité du sommeil, mais sur de petits effectifs, avec des durées courtes et des résultats difficiles à répliquer. Le registre est celui de la piste sérieuse, pas de l'effet acquis : probiotiques, stress et anxiété, probiotiques et troubles du sommeil, probiotiques et fatigue.
Il en va de même pour la peau, où l'effet passerait par la régulation de l'inflammation systémique plutôt que par une action locale (probiotiques et acné, probiotiques et psoriasis), pour la perte de poids et le métabolisme, pour les articulations (arthrose, polyarthrite rhumatoïde), pour la rhinite allergique et pour les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (maladie de Crohn). Dans toutes ces situations, un probiotique s'envisage en accompagnement d'une prise en charge, jamais à sa place.
Où trouver des probiotiques dans l'alimentation ?
Les aliments fermentés vivants sont la voie la plus ancienne et la moins coûteuse. Une réserve s'impose toutefois, et elle est de taille : au sens strict de la définition, la plupart d'entre eux ne sont pas des probiotiques. Les micro-organismes qu'ils contiennent ne sont pas identifiés au niveau de la souche, leur nombre n'est pas garanti, et le bénéfice n'a pas été démontré pour ce contenu précis. Le consensus international consacré aux aliments fermentés recommande de réserver le terme aux produits qui remplissent ces conditions et de parler simplement d'aliments fermentés pour les autres (Marco et coll., 2021).
| Aliment | Micro-organismes typiques | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Yaourt nature | Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus, Streptococcus thermophilus | Ferments vivants garantis par la réglementation ; seul aliment couvert par une allégation européenne |
| Kéfir de lait ou de fruits | Lactobacilles, leuconostocs, levures | Diversité microbienne élevée ; teneur variable d'un grain et d'une fermentation à l'autre |
| Choucroute crue et légumes lactofermentés | Lactobacilles et leuconostocs sauvages | Uniquement au rayon frais : les conserves appertisées ne contiennent plus rien de vivant |
| Miso, tempeh, natto | Aspergillus oryzae, Bacillus subtilis, lactobacilles | À incorporer hors du feu : au-delà de 60 °C environ, les ferments sont détruits |
| Kombucha | Levures et bactéries acétiques | Boisson acide et sucrée ; l'intérêt digestif reste peu documenté |
| Fromages affinés au lait cru | Lactobacilles, propionibactéries | Déconseillés aux femmes enceintes, aux jeunes enfants et aux personnes immunodéprimées |
Cette réserve de vocabulaire ne retire rien à leur intérêt, au contraire. Un essai randomisé de l'université Stanford a comparé pendant dix semaines un régime enrichi en aliments fermentés à un régime enrichi en fibres : le premier groupe a vu la diversité de son microbiote augmenter et dix-neuf marqueurs inflammatoires baisser, ce que le second n'a pas obtenu (Wastyk et coll., 2021). Les portions étaient de six par jour en fin d'essai, soit un objectif exigeant, mais la tendance était déjà nette à des quantités plus modestes.
Quand une cure de probiotiques est-elle utile ?
Une cure se justifie par une situation, pas par un principe de précaution permanent. Quatre circonstances rassemblent l'essentiel des indications raisonnables : une antibiothérapie, qui appauvrit durablement la flore intestinale ; les suites d'une gastro-entérite ; un voyage dans une zone à risque de turista ; et une période de troubles digestifs fonctionnels persistants, une fois qu'une cause organique a été écartée par un médecin. En dehors de ces contextes, chez une personne en bonne santé qui mange varié, aucune donnée ne montre qu'une supplémentation continue apporte quoi que ce soit.
Le mot dysbiose, très employé, mérite d'être manié avec prudence. Il n'existe pas de définition biologique consensuelle d'un microbiote « déséquilibré », ni d'examen de routine qui permette de l'objectiver : la composition d'un microbiote sain varie énormément d'un individu à l'autre. Le besoin s'apprécie donc sur la situation vécue — un traitement, un épisode aigu, des symptômes persistants — et non sur un résultat de laboratoire. Un profil de selles ne dit pas, à ce jour, quelle souche vous devriez prendre.
- du sang dans les selles, des selles noires, ou des vomissements répétés
- une fièvre supérieure à 38,5 °C ou une déshydratation, en particulier chez l'enfant et la personne âgée
- une perte de poids involontaire ou des douleurs abdominales qui réveillent la nuit
- des troubles digestifs qui durent au-delà de quatre semaines sans cause identifiée
- une diarrhée survenant pendant ou après un séjour hospitalier
Comment prendre des probiotiques : dose, moment et durée
Trois paramètres conditionnent le résultat : combien, quand, et pendant combien de temps. La dose se compte en UFC, unités formant colonies, qui mesurent le nombre de micro-organismes encore capables de se multiplier. Les doses efficaces retrouvées dans les essais se situent le plus souvent entre un et quinze milliards d'UFC par jour, sans qu'une dose plus forte soit systématiquement plus efficace : au-delà d'un certain seuil, propre à chaque souche, le bénéfice n'augmente plus.
| Situation | Dose quotidienne | Moment de prise | Durée |
|---|---|---|---|
| Rééquilibrage après un déséquilibre digestif | 10 à 15 milliards d'UFC | Le matin à jeun, ou 30 minutes avant un repas, avec un grand verre d'eau | 1 à 3 mois |
| Pendant et après une antibiothérapie | 5 à 10 milliards d'UFC | À au moins 2 heures de distance de la prise d'antibiotique | Toute la durée du traitement, puis 1 à 2 semaines |
| Épisode de diarrhée aiguë | 5 à 10 milliards d'UFC | Réparti en deux prises dans la journée | 5 à 7 jours |
| Première prise ou intestin réactif | 1 à 2 milliards d'UFC pour commencer | Au cours du repas, qui tamponne l'acidité gastrique | Montée progressive sur 5 à 7 jours |
Le moment de prise obéit à une logique simple : faire traverser l'estomac au plus grand nombre de micro-organismes possible. À jeun, l'acidité est forte mais le passage est rapide ; au cours d'un repas, l'acidité est tamponnée mais le séjour est plus long. Les deux approches se défendent, et la différence compte surtout pour les souches fragiles, dépourvues de protection gastro-résistante. La règle des deux heures d'écart avec un antibiotique, en revanche, ne se négocie pas : l'antibiotique ne fait aucune différence entre les bactéries de votre flore et celles de votre gélule.
Quant au délai d'apparition des effets, il varie selon ce que vous attendez. Un effet sur le transit ou sur les ballonnements se manifeste généralement en quelques jours à deux semaines. Un effet sur des symptômes plus diffus demande quatre à huit semaines d'observation avant de conclure. Il est fréquent que les premiers jours s'accompagnent de gaz ou d'une sensation de ventre plein : c'est habituellement transitoire et cela s'atténue en une semaine, sinon en réduisant la dose de moitié avant de remonter.
Comment choisir un complément de probiotiques
Puisque l'effet appartient à la souche, l'étiquette est le seul document qui vous renseigne vraiment. Cinq points s'y vérifient en moins d'une minute, et ils éliminent l'essentiel des produits sur lesquels aucune donnée clinique n'est opposable.
- Le genre, l'espèce et la souche sont nommés, avec un numéro de dépôt en collection publique du type CNCM I-XXXX, DSM XXXXX ou LMG XXXXX. Un produit qui annonce seulement « lactobacilles » vend une famille, pas un effet documenté.
- Le titrage en UFC est garanti jusqu'à la date de durabilité minimale, et non « au moment de la fabrication ». Les micro-organismes vivants perdent en viabilité au fil des mois : la seconde formulation ne vous dit rien de ce que contiendra la gélule au moment où vous l'avalerez.
- La souche retenue correspond à l'usage visé. Une souche documentée pour ce que vous cherchez vaut mieux qu'un empilement de dix souches choisies pour l'effet de liste.
- Le passage gastrique est prévu : gélule gastro-résistante, ou souche naturellement tolérante à l'acidité, comme les levures et les bacilles sporulés.
- Les conditions de conservation sont précisées et compatibles avec votre usage : certaines souches exigent le réfrigérateur, d'autres sont stabilisées à température ambiante.
Un dernier repère, plus général : la quantité affichée en façade est l'argument le plus facile à gonfler et le moins informatif. Cinquante milliards d'UFC de souches anonymes valent moins que cinq milliards d'une souche déposée et documentée pour l'usage que vous visez. Le nombre de milliards ne devient un critère qu'une fois la souche identifiée.
Limites, effets indésirables et contre-indications
Un guide honnête doit aussi dire ce que les probiotiques ne font pas. Ce sont des compléments alimentaires : ils ne traitent aucune maladie, ne remplacent aucun traitement prescrit et ne compensent pas une alimentation déséquilibrée. Sur ce terrain, la prudence des autorités et des sociétés savantes n'est pas un excès de zèle, elle reflète l'état réel des preuves.
Pourquoi les recommandations médicales restent prudentes
Trois raisons se cumulent. D'abord, la recommandation américaine de référence en gastro-entérologie ne retient l'usage des probiotiques que dans un très petit nombre d'indications précises, et recommande de s'en abstenir dans les autres en dehors d'un essai clinique (Su et coll., 2020). Ensuite, aucune allégation de santé propre aux probiotiques n'a été autorisée dans l'Union européenne, à la seule exception des ferments du yaourt et de la digestion du lactose : toutes les demandes déposées ont été rejetées faute de preuves suffisantes. Enfin, l'immense majorité des essais publiés porte sur une souche particulière à une dose particulière, ce qui interdit toute généralisation à la catégorie entière.
Un travail a même montré que les probiotiques pouvaient, dans un contexte précis, produire l'inverse de l'effet attendu. Après une antibiothérapie, la reconstitution du microbiote intestinal a été plus lente chez les volontaires supplémentés que chez ceux laissés sans rien (Suez et coll., 2018). Ce résultat, obtenu sur un petit effectif et avec un produit multi-souches donné, ne contredit pas le bénéfice bien établi sur la diarrhée post-antibiotique — qui est un symptôme, pas une mesure de la flore — mais il rappelle qu'un micro-organisme vivant n'est jamais un geste anodin.
« Au pire, un probiotique ne fera rien. Ce sont des bactéries naturelles, il n'y a aucun risque à essayer. »
Chez la personne à l'immunité affaiblie ou porteuse d'un cathéter central, des infections généralisées à lactobacilles ou à levures probiotiques ont été documentées. Un essai conduit chez des patients atteints de pancréatite aiguë sévère a même dû être interrompu pour surmortalité dans le groupe supplémenté. Le rapport bénéfice-risque dépend du terrain, pas de la réputation du produit.
Ces situations restent rares et concernent des personnes fragilisées, en milieu hospitalier le plus souvent (Doron et Snydman, 2015). L'essai en question, mené aux Pays-Bas chez près de trois cents patients en pancréatite aiguë sévère, a conclu à une absence de bénéfice sur les complications infectieuses et à une mortalité supérieure sous probiotiques (Besselink et coll., 2008). Chez l'adulte en bonne santé, la tolérance est en revanche excellente et les effets indésirables se limitent le plus souvent à des désagréments digestifs passagers.
Effets indésirables et situations à risque
Les effets indésirables courants sont bénins et transitoires : gaz, ballonnements, parfois un léger inconfort abdominal pendant les premiers jours. Ils traduisent l'adaptation de la flore et cèdent en général en moins d'une semaine. Les situations qui appellent une véritable vigilance sont d'une autre nature et se résument à un principe : plus la barrière immunitaire ou intestinale est fragilisée, moins un micro-organisme vivant est un geste banal.
- Avis médical indispensable en cas d'immunodépression : chimiothérapie en cours, VIH, traitement immunosuppresseur, greffe d'organe ou de moelle.
- Contre-indiqués en cas de pancréatite aiguë sévère, et déconseillés en présence d'un cathéter veineux central ou en réanimation.
- Avis d'un professionnel de santé avant toute prise chez la femme enceinte ou allaitante, chez le nourrisson prématuré et chez l'enfant de moins de 6 ans.
- Arrêtez et demandez conseil si les ballonnements persistent au-delà d'une semaine, s'aggravent, ou si une fièvre apparaît sous supplémentation.
- Ne pas dépasser la dose journalière indiquée. Un complément alimentaire s'inscrit dans un mode de vie sain et ne remplace pas une alimentation variée et équilibrée.
- Conserver à l'abri de la lumière et de la chaleur, au réfrigérateur si la souche l'exige, et hors de portée des jeunes enfants.
Les souches de probiotiques
Le nombre de souches commercialisées ne cesse d'augmenter, mais une petite fraction seulement dispose d'un corpus d'essais consistant. Les six premières ci-dessous sont celles que l'on retrouve le plus souvent dans les études cliniques ; la liste qui suit recense les micro-organismes couramment employés en complément alimentaire, tous niveaux de preuve confondus.
Les six souches les mieux documentées
- Lactobacillus rhamnosus GG : la souche la plus étudiée au monde, évaluée principalement sur les diarrhées, y compris celles associées aux antibiotiques.
- Saccharomyces boulardii : une levure et non une bactérie, ce qui la rend naturellement insensible aux antibiotiques et intéressante pendant un traitement.
- Lactobacillus plantarum : étudiée sur le confort digestif, les ballonnements et le renforcement de la barrière intestinale.
- Lactobacillus gasseri : évaluée sur le métabolisme lipidique et la répartition des graisses abdominales, sur des essais encore limités.
- Lactobacillus acidophilus : l'une des espèces historiques des ferments lactiques, étudiée sur l'équilibre de la flore intestinale.
- Lactobacillus reuteri : documentée sur les coliques du nourrisson, ainsi que sur les flores buccale et vaginale.
D'autres espèces occupent une place particulière selon le public visé, comme Bifidobacterium longum subsp. infantis, dominante du microbiote du nourrisson allaité. Chacune de ces pages détaille les souches précises, les dosages et les niveaux de preuve associés.
Liste des probiotiques utilisés en complément alimentaire
- Bacillus coagulans
- Bacillus subtilis
- Bifidobacterium bifidum
- Bifidobacterium breve
- Bifidobacterium lactis
- Bifidobacterium longum
- Lactobacillus acidophilus
- Lactobacillus brevis
- Lactobacillus casei
- Lactobacillus crispatus
- Lactobacillus delbrueckii
- Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus
- Lactobacillus fermentum
- Lactobacillus gasseri
- Lactobacillus helveticus
- Lactobacillus jensenii
- Lactobacillus johnsonii
- Lactobacillus paracasei
- Lactobacillus plantarum
- Lactobacillus rhamnosus
- Lactobacillus reuteri
- Lactobacillus salivarius
- Lactococcus lactis
- Pediococcus acidilactici
- Saccharomyces boulardii
- Streptococcus salivarius
- Streptococcus thermophilus
Sources
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