Probiotiques et schizophrénie : une méta-analyse confirme leur effet sur un marqueur clé de l’inflammation
En bref
Accès à l’étude complète : doi:10.1016/j.ctim.2025.103126
Inflammation et schizophrénie : un cercle à briser
L’intestin et le cerveau communiquent en permanence par un réseau appelé axe microbiote-intestin-cerveau. Ce réseau implique le système nerveux, le système immunitaire et les micro-organismes qui peuplent le tube digestif. Lorsque l’équilibre de cette flore intestinale est perturbé — on parle de dysbiose —, la barrière intestinale devient plus perméable et des signaux inflammatoires atteignent le cerveau.
Chez les personnes vivant avec une schizophrénie, plusieurs études ont mis en évidence un dérèglement immunitaire qui se traduit notamment par des taux élevés d’interleukine-6 (IL-6), une molécule pro-inflammatoire. L’IL-6 stimule à son tour la production hépatique de protéine C-réactive (CRP), un marqueur utilisé en routine clinique pour évaluer l’inflammation systémique.
Les antipsychotiques, s’ils sont efficaces sur les symptômes positifs, ont un impact limité sur cette composante inflammatoire et peuvent eux-mêmes entraîner des perturbations métaboliques — prise de poids, résistance à l’insuline — susceptibles d’entretenir l’inflammation.
C’est dans ce contexte que les probiotiques ont retenu l’attention des chercheurs. En modulant la flore intestinale, ils pourraient contribuer à restaurer la barrière intestinale et à réduire la production de molécules inflammatoires, agissant ainsi en amont du cercle inflammation-symptômes.
Un protocole rigoureux pour quatre essais cliniques
La méta-analyse de Romero-Ferreiro et al. a suivi la méthodologie PRISMA, référence en matière de revues systématiques. Les auteurs ont exploré trois bases de données (PubMed, Web of Science, APA PsycINFO) et identifié 78 publications, dont quatre essais cliniques randomisés et contrôlés contre placebo ont finalement été retenus.
Tous les essais ont administré au minimum 10⁹ UFC par souche et par jour, sur une durée de 12 à 14 semaines. La souche la plus fréquemment utilisée était Lactobacillus acidophilus, présente dans trois des quatre essais. Le nombre limité d’essais (quatre) et l’hétérogénéité des formulations — trois études sur quatre associant les probiotiques à de la vitamine D ou du sélénium — constituent les principales limites, que les auteurs soulignent eux-mêmes.
Ce que montrent les résultats
Une réduction significative de la CRP
L’analyse des quatre essais révèle une diminution significative des taux de CRP dans les groupes supplémentés en probiotiques par rapport aux groupes placebo. La taille d’effet globale, exprimée en différence moyenne standardisée, est de –0,46 (intervalle de confiance à 95 % : –0,72 à –0,20 ; p = 0,001).
Trois des quatre études rapportent individuellement une réduction significative de la CRP. La seule étude sans effet significatif (Tomasik et al., 2015) est aussi celle qui a utilisé un test CRP standard — moins sensible que le test haute sensibilité employé dans les autres essais — et qui incluait des patients atteints de trouble schizo-affectif en plus de la schizophrénie.
Une bonne tolérance
Aucun effet indésirable lié à la prise de probiotiques n’a été rapporté dans les quatre essais. Ce profil de tolérance favorable est un atout important, d’autant que les patients sous antipsychotiques sont déjà exposés à de multiples effets secondaires métaboliques.
Cette méta-analyse apporte des données préliminaires mais encourageantes sur la capacité des probiotiques à réduire la protéine C-réactive chez les patients atteints de schizophrénie. Le faible nombre d’essais inclus et la co-administration fréquente de vitamine D ou de sélénium ne permettent pas encore d’isoler l’effet propre des probiotiques. Des essais de plus grande envergure, avec des formulations standardisées, sont nécessaires avant d’envisager des recommandations cliniques. Cette approche ne se substitue en aucun cas au traitement antipsychotique prescrit : toute supplémentation doit être discutée avec l’équipe soignante.
Approches complémentaires
Au-delà des probiotiques, plusieurs micronutriments font l’objet de recherches pour leur rôle potentiel dans la modulation de l’inflammation et le soutien du bien-être des patients atteints de troubles psychiatriques. Leur intérêt ne se substitue pas au traitement médical, mais s’inscrit dans une démarche de prise en charge globale, toujours en accord avec l’équipe soignante.
Vitamine D
La vitamine D est un immunomodulateur documenté dont les taux sont fréquemment insuffisants dans la population générale — et plus encore chez les patients psychiatriques, souvent peu exposés au soleil. Deux des quatre essais de la méta-analyse associaient probiotiques et vitamine D3. Des méta-analyses antérieures ont montré une corrélation entre supplémentation en vitamine D et réduction des marqueurs inflammatoires, sans toutefois établir un lien de causalité formel.
Oméga-3 (EPA et DHA)
Les oméga-3 à longue chaîne sont les précurseurs de résolvines et de protectines, des molécules impliquées dans la résolution de l’inflammation. Plusieurs revues systématiques ont évalué leur intérêt en psychiatrie, avec des résultats encourageants sur certains marqueurs inflammatoires et sur les symptômes dépressifs associés aux troubles psychotiques. L’EFSA reconnaît leur contribution au fonctionnement normal du cerveau à partir de 250 mg de DHA par jour.
Magnésium
Le magnésium est un cofacteur de plus de 300 réactions enzymatiques, impliqué dans la régulation du système nerveux, la gestion du stress et la qualité du sommeil — autant de dimensions souvent affectées chez les patients vivant avec une schizophrénie. Un déficit en magnésium, fréquent dans la population générale, peut aggraver la fatigue et l’irritabilité. La forme bisglycinate est privilégiée pour sa biodisponibilité et sa tolérance digestive.
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