Après un marathon, la fatigue physique s’accompagne souvent d’une baisse marquée du moral. Un essai clinique randomisé en double aveugle contre placebo, publié dans « Nutrients » en 2024, a évalué l’effet de 30 jours de supplémentation en probiotiques multi-souches chez 14 coureurs de marathon. Les données recueillies sur l’humeur et l’inflammation apportent des résultats encourageants.
Cet article a été mis à jour le 25/06/2026Chez les coureurs ayant reçu les probiotiques pendant 30 jours avant la course, deux indicateurs de l'humeur se sont distingués par rapport au groupe placebo.
La vigueur — qui reflète le sentiment d'énergie et de dynamisme — a été maintenue après le marathon dans le groupe probiotique, alors qu'elle a chuté significativement chez les coureurs sous placebo. Le score global de perturbation de l'humeur (TMD), calculé à partir de l'ensemble des dimensions psychologiques évaluées, ne s'est dégradé que dans le groupe placebo.
La tension a diminué et la fatigue a augmenté dans les deux groupes après la course, ce qui est attendu après un effort de cette intensité. Aucune différence n'a été observée sur la colère, la dépression ou la confusion.
Sur le plan biologique, les coureurs supplémentés présentaient après la course une concentration sanguine de lipopolysaccharides (LPS) significativement plus basse qu'avant le marathon et que dans le groupe placebo. Les ratios pro/anti-inflammatoires (IL-2/IL-4 et TNF-α/IL-10) se sont orientés vers un profil anti-inflammatoire dans le groupe probiotique.
L'essai a inclus 14 coureurs masculins expérimentés, répartis au hasard en deux groupes de sept. Pendant 30 jours, le groupe probiotique a consommé quotidiennement une gélule contenant quatre souches — Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus lactis, Bifidobacterium lactis et Bifidobacterium bifidum — à raison d'un milliard d'UFC par souche. Le groupe placebo recevait une gélule identique contenant de l'amidon de maïs. Ni les coureurs ni les chercheurs ne savaient qui prenait quoi.
L'humeur a été évaluée par l'échelle POMS (Profile of Mood States), un outil validé qui mesure six dimensions de l'état psychologique : tension, vigueur, colère, dépression, fatigue et confusion. Des prélèvements sanguins ont été réalisés avant et immédiatement après la course pour doser les cytokines inflammatoires, les LPS, le glucose, la glutamine et la sérotonine. Les deux groupes étaient comparables au départ sur l'ensemble des caractéristiques physiques et nutritionnelles. L'étude reste de petite taille (14 participants) et exclusivement masculine, ce qui appelle des confirmations sur des effectifs plus larges et mixtes.
Pendant un marathon, la redistribution du flux sanguin vers les muscles et l'élévation de la température corporelle fragilisent la paroi intestinale. Cette altération favorise le passage de LPS — des fragments de paroi bactérienne — dans la circulation sanguine. Ce phénomène, appelé translocation bactérienne, active des cascades inflammatoires susceptibles d'atteindre le cerveau.
Les LPS peuvent traverser la barrière hémato-encéphalique — la membrane qui protège le cerveau — et activer les cellules immunitaires résidentes du système nerveux central. Ce processus, appelé neuroinflammation, peut perturber les neurones impliqués dans la régulation de l'humeur et de la fatigue. C'est ce que les chercheurs désignent sous le terme d'axe intestin-cerveau : un réseau de communication entre le système digestif et le système nerveux, qui passe notamment par des voies immunitaires et métaboliques.
La combinaison de Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus lactis, Bifidobacterium lactis et Bifidobacterium bifidum utilisée dans cette étude intervient à plusieurs niveaux de la barrière intestinale :
Dans cet essai, c'est la baisse significative des LPS dans le groupe probiotique qui retient l'attention. En préservant l'intégrité de cette barrière, les probiotiques semblent avoir limité le passage de ces molécules inflammatoires dans le sang, réduisant le risque de neuroinflammation post-effort. Ce mécanisme immunométabolique pourrait expliquer la préservation de l'humeur observée chez les coureurs supplémentés. Les auteurs soulignent toutefois que les effets dépendent de nombreux facteurs — souches utilisées, durée, population — et que ces résultats ne peuvent être généralisés sans études complémentaires.
Cet essai randomisé en double aveugle est l'un des premiers à mettre en évidence un lien entre supplémentation en probiotiques, baisse des LPS sanguins et préservation de l'humeur après un marathon. Les résultats, bien qu'encourageants, portent sur un petit effectif exclusivement masculin et nécessitent d'être confirmés par des études plus larges incluant des femmes et d'autres types d'exercice intense. Cette approche ne se substitue pas à un suivi médical ni à une prise en charge globale de la récupération.
La récupération après un marathon ne se résume pas à un seul levier. Une approche globale, combinant nutrition, sommeil et gestion du stress, reste la stratégie la plus pertinente pour les sportifs d'endurance. Au-delà des probiotiques, plusieurs pistes soutenues par la recherche peuvent être envisagées en complément d'un suivi médical.
Le magnésium intervient dans la régulation musculaire, la transmission nerveuse et la synthèse de sérotonine. Après un effort prolongé, les pertes par la sueur peuvent réduire les réserves. Plusieurs essais cliniques randomisés ont montré qu'une supplémentation en magnésium peut contribuer à réduire la fatigue et à soutenir l'humeur, y compris chez des personnes en situation de stress.
Les acides gras oméga-3, en particulier l'EPA, exercent un effet anti-inflammatoire documenté par de nombreuses études. Chez les sportifs d'endurance, une supplémentation en oméga-3 a été associée dans plusieurs essais cliniques à une réduction des marqueurs inflammatoires post-effort et des dommages musculaires, contribuant à une meilleure récupération.
La Rhodiole est une plante adaptogène qui fait l'objet d'un intérêt croissant pour sa capacité à réduire la fatigue physique et mentale. Une revue systématique identifie des résultats positifs sur la fatigue mentale dans plusieurs essais contrôlés. Des données préliminaires suggèrent également un effet sur la perception de l'effort chez les sportifs d'endurance.
Dans tous les cas, il est recommandé d'informer son médecin ou son équipe soignante de toute démarche complémentaire.
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