Probiotiques et autisme chez l’enfant : un essai contrôlé observe une amélioration des symptômes comportementaux et digestifs
En bref
Après trois mois de supplémentation, les enfants du groupe probiotiques ont présenté une réduction significative de la sévérité de leurs symptômes comportementaux, notamment le retrait social, les stéréotypies et l’hyperactivité, ainsi qu’une amélioration de la constipation et de la diarrhée. L’étude met également en évidence une corrélation entre l’intensité des troubles digestifs et celle des symptômes comportementaux. Accès à l’étude complète : doi:10.1136/bmjpo-2024-003045
Probiotiques et microbiote intestinal : ce que la recherche a déjà montré
Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, administrés en quantité suffisante, exercent un effet bénéfique sur l’hôte. Leur intérêt dans le TSA repose sur un constat de plus en plus documenté : les enfants concernés présentent fréquemment une dysbiose intestinale — un déséquilibre de la flore — associée à une augmentation de la perméabilité intestinale et à une inflammation chronique de bas grade.
Ce déséquilibre altère la communication entre l’intestin et le cerveau, via ce que les chercheurs appellent l’axe intestin-cerveau. Ce réseau emprunte plusieurs voies — nerveuse (nerf vague), immunitaire, métabolique — et peut influencer l’humeur, le comportement et les fonctions cognitives. On estime que 46 à 84 % des enfants avec TSA souffrent de symptômes digestifs (constipation, diarrhée, douleurs abdominales), une proportion nettement supérieure à celle observée chez les enfants neurotypiques.
Plusieurs essais cliniques antérieurs ont suggéré que certaines souches probiotiques, notamment des Lactobacillus et des Bifidobacterium, pouvaient améliorer à la fois les symptômes digestifs et certains aspects du comportement chez ces enfants. Toutefois, les données cliniques restaient limitées, en particulier chez les enfants en bas âge et avec des échantillons de taille suffisante.
Un essai randomisé contre placebo sur 180 enfants
L’étude a réparti 180 enfants diagnostiqués avec un TSA (critères DSM-5) en deux groupes égaux : le premier a reçu un sachet de probiotiques (12 souches, 9 milliards d’UFC) deux fois par jour pendant trois mois, le second un placebo identique. Les parents ne savaient pas quel traitement leur enfant recevait (simple aveugle). Le comportement était évalué par deux échelles validées — la SRS-2 (réactivité sociale) et l’ABC-2 (irritabilité, retrait social, stéréotypies, hyperactivité, langage inapproprié) — et les symptômes digestifs par l’indice GSI. L’essai comporte certaines limites : échantillon modeste, simple aveugle, durée courte de trois mois, et une différence de régime alimentaire entre les groupes qui a pu influencer certains résultats digestifs.
Si vous souhaitez recourir à un complément probiotique, plusieurs critères de qualité méritent attention. Privilégiez un produit dont les souches sont clairement identifiées (genre, espèce, souche) et déposées dans une biobanque reconnue. Par exemple, la souche Lactobacillus acidophilus BIO6307 déposée à l’Institut Pasteur sous la référence CNCM I-6030 offre une traçabilité complète. Le titrage en UFC (Unités Formant Colonie) doit être précisé par gélule : un dosage de 15 milliards d’UFC par gélule constitue un apport significatif. Enfin, une gélule gastro-résistante protège les souches de l’acidité gastrique et favorise leur libération dans l’intestin.
Des améliorations comportementales sur plusieurs dimensions
Réactivité sociale (SRS-2)
Le groupe probiotiques a montré une réduction significative de la sévérité des symptômes : après trois mois, la proportion d’enfants classés « sévères » est passée de 64 % à 17 %, contre un passage de 53 % à 30 % dans le groupe placebo. Le score moyen a diminué de 6 points dans le groupe probiotiques, contre 3 points sous placebo.
Comportements évalués par l’ABC-2
Les améliorations les plus marquées dans le groupe probiotiques concernaient :
- le retrait social et la léthargie : 40 % de réduction des cas sévères
- les comportements stéréotypés : 38 % de réduction
- l’hyperactivité : 34 % de réduction
- le langage inapproprié : 32 % de réduction
En revanche, l’irritabilité n’a pas évolué de manière significative dans l’un ou l’autre groupe.
Au total, la proportion d’enfants présentant des symptômes comportementaux sévères (score ABC-2 global) a diminué de 27 points dans le groupe probiotiques, avec un basculement vers des formes légères.
Dans cet essai, les probiotiques ont amélioré le retrait social, les stéréotypies, l’hyperactivité et le langage inapproprié — quatre dimensions qui pèsent directement sur le quotidien des enfants et de leurs familles. L’irritabilité, en revanche, n’a pas été modifiée.
Constipation et diarrhée en recul
Les enfants du groupe probiotiques ont présenté une amélioration significative de la constipation (p = 0,003) et de la diarrhée (p = 0,043) par rapport au placebo. La consistance des selles s’est également améliorée, avec une augmentation de 19 % des selles formées et une quasi-disparition des selles liquides.
Les autres paramètres digestifs ont également évolué favorablement dans le groupe supplémenté : 26 % d’amélioration de l’odeur des selles, 22 % de réduction des flatulences quotidiennes, et 10 % de réduction des douleurs abdominales. Le score GSI global s’est amélioré de 28 %, passant sous le seuil de sévérité pour la majorité des enfants.
L’intervention a été bien tolérée : aucun effet indésirable n’a été rapporté au cours des trois mois de suivi.
Quand l’intestin influence le comportement
Une corrélation statistiquement significative
L’un des apports importants de cette étude est d’avoir quantifié la corrélation entre symptômes digestifs et symptômes comportementaux. L’analyse statistique montre que chaque point de progression du score digestif (GSI) s’accompagne d’une augmentation significative des scores comportementaux — tant sur l’échelle SRS-2 que sur l’ABC-2 — dans les deux groupes.
Plus qu’un symptôme « associé »
Ce constat renforce l’hypothèse selon laquelle les troubles digestifs ne sont pas un simple symptôme secondaire du TSA, mais participent activement à la sévérité des manifestations comportementales. Il plaide pour une prise en charge qui intègre la dimension digestive, et pas seulement les interventions comportementales et éducatives habituelles.
Un mécanisme cohérent avec l’axe intestin-cerveau
Les auteurs soulignent que l’amélioration conjointe des deux types de symptômes sous probiotiques appuie l’idée d’un mécanisme passant par la restauration de l’équilibre du microbiote, la réduction de l’inflammation intestinale et le renforcement de la barrière intestinale — autant de facteurs qui, via l’axe intestin-cerveau, peuvent influencer positivement le comportement.
Cet essai clinique contrôlé montre qu’une supplémentation probiotique de trois mois peut améliorer significativement plusieurs symptômes comportementaux et digestifs chez des enfants avec TSA, sans effet indésirable rapporté. Il met en évidence une corrélation entre troubles digestifs et sévérité comportementale, confortant l’intérêt de prendre en compte la santé intestinale dans la prise en charge du TSA. Ces résultats restent toutefois à confirmer par des essais de plus grande envergure et de plus longue durée. Toute supplémentation doit être discutée avec l’équipe médicale qui suit l’enfant.
Approches complémentaires
La prise en charge du TSA repose avant tout sur des interventions comportementales, éducatives et, le cas échéant, médicamenteuses. Certaines approches nutritionnelles, étudiées dans des essais cliniques, peuvent constituer un complément à discuter avec le médecin de l’enfant.
Oméga-3 (EPA et DHA)
Plusieurs essais cliniques randomisés ont évalué les oméga-3 chez des enfants avec TSA. Les résultats sont hétérogènes : certains ont rapporté une réduction de l’hyperactivité, une amélioration du sommeil ou une diminution de marqueurs inflammatoires, tandis que d’autres n’ont pas observé d’effet significatif sur les symptômes centraux de l’autisme. Les oméga-3 restent néanmoins un nutriment essentiel au développement cérébral, et leur apport est souvent insuffisant chez les enfants au profil alimentaire sélectif. Les besoins en oméga-3 chez l’enfant méritent une attention particulière.
Vitamine D
La carence en vitamine D est plus fréquente chez les enfants avec TSA que dans la population générale. Un essai clinique randomisé en double aveugle (Javadfar et al., 2020) a montré qu’une supplémentation en vitamine D pouvait améliorer significativement les scores de sévérité de l’autisme (échelles CARS et ATEC) chez des enfants présentant un déficit avéré. Une méta-analyse de 2022 portant sur l’ensemble des essais contrôlés disponibles (Li et al.) confirme une amélioration modeste mais significative de l’hyperactivité. Ces données restent préliminaires et ne concernent que les enfants carencés.
Magnésium et vitamine B6
L’association magnésium-vitamine B6 fait partie des approches les plus anciennement étudiées dans le TSA. Un essai en double aveugle (Rimland et al., 1985) sur 60 enfants autistes avait montré une amélioration clinique significative sous traitement combiné, accompagnée d’une réduction de l’excrétion d’acide homovanillique. Un essai plus récent (Khan et al., 2021) a également rapporté des améliorations du statut neurocomportemental.
Dans tous les cas, toute supplémentation doit être discutée avec le médecin ou le pédiatre qui suit l’enfant, afin d’adapter les doses et de vérifier l’absence d’interactions avec les traitements en cours.
Lire aussi :
Narula Khanna, H., Roy, S., Shaikh, A., Chhabra, R., & Uddin, A. (2025). Impact of probiotic supplements on behavioural and gastrointestinal symptoms in children with autism spectrum disorder: A randomised controlled trial. BMJ Paediatrics Open, 9, e003045. https://doi.org/10.1136/bmjpo-2024-003045
Les informations présentées sur cette page sont issues de la littérature scientifique et sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas un avis médical et ne remplacent pas la consultation d’un professionnel de santé. Avant de débuter une supplémentation, demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.
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