La cannelle présente plusieurs risques qu'il faut connaître avant de l'utiliser régulièrement. Le principal danger est lié aux coumarines, des composés hépatotoxiques présents en quantité élevée dans la cannelle cassia (Cinnamomum cassia), mais quasi absents de la cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum). La cannelle peut aussi interagir avec les anticoagulants, les antidiabétiques et les hypotenseurs. Des réactions allergiques sont possibles chez les personnes sensibles à l'aldéhyde cinnamique, et l'application cutanée directe est déconseillée en raison de son caractère dermocaustique. Ces risques varient selon l'espèce et la forme utilisée : la poudre de cassia, dont la teneur en coumarines est élevée et variable, expose davantage que la poudre de Ceylan ou qu'un extrait concentré dont la composition est contrôlée.

Cet article a été mis à jour le 17/08/2023

Coumarines et risque hépatique : le danger principal de la cannelle

Les coumarines sont les composés qui distinguent le plus nettement les espèces de cannelle sur le plan de la sécurité. La cannelle cassia (C. cassia) contient entre 1 et 7 mg de coumarines par gramme de poudre selon les lots et l'origine géographique. La cannelle de Ceylan (C. verum) n'en contient que des traces, inférieures à 0,01 mg/g — soit une concentration 100 à 700 fois plus faible. Cette différence est décisive : une cuillère à café de poudre de cassia (~2,5 g) fournit entre 2,5 et 18 mg de coumarines, quand la même quantité de Ceylan n'en apporte qu'environ 0,025 mg.

DJA fixée par l'EFSA : 0,1 mg de coumarines par kg de poids corporel et par jour. Pour un adulte de 60 kg, cela représente 6 mg par jour, toutes sources confondues. L'ANSES recommande par ailleurs de ne pas dépasser 4,8 mg de coumarines par jour via les compléments alimentaires seuls, afin de conserver une marge pour les apports alimentaires courants (pâtisseries, épices).

À haute dose et de façon répétée, les coumarines sont hépatotoxiques. Elles peuvent provoquer des atteintes du foie allant de l'élévation asymptomatique des transaminases à l'hépatite clinique. Plusieurs rapports de cas documentent des hépatites chez des personnes consommant quotidiennement de la cannelle cassia en quantité significative (1 à 2 g par jour ou plus). Le risque est accru chez les personnes souffrant d'une pathologie hépatique préexistante. La page cannelle et foie détaille les mécanismes d'hépatotoxicité des coumarines et les précautions à prendre.

CritèreCannelle cassia (poudre)Cannelle de Ceylan (poudre)Extrait concentré (gélules)
Teneur en coumarines1 à 7 mg/g (variable selon les lots)< 0,01 mg/g (traces)Contrôlée à la fabrication, spécifiée par le producteur
Coumarines pour 1 c. à c. (~2,5 g) ou 1 gélule2,5 à 18 mg~0,025 mgDépend du cahier des charges (souvent faible dans les extraits titrés)
Dépassement de la DJA (adulte 60 kg)Probable dès ½ c. à c./jourTrès improbableImprobable si produit correctement formulé
Reproductibilité du dosageFaible (variation d'un lot à l'autre)Faible (variation d'un lot à l'autre)Élevée (dose standardisée par gélule)

La distinction entre espèces et entre formes est donc fondamentale. Pour approfondir les critères de choix entre les deux espèces, consultez la page cannelle de Ceylan ou cassia.

Interactions médicamenteuses

La cannelle possède des propriétés pharmacologiques qui peuvent entrer en conflit avec certains traitements. Trois familles de médicaments imposent la prudence, en particulier lorsque la cannelle est consommée de façon régulière ou à dose soutenue (supplémentation quotidienne).

Anticoagulants

Les coumarines de la cannelle cassia exercent un effet anticoagulant en inhibant le cycle de la vitamine K (vitamine K époxyde réductase). Associée à un traitement anticoagulant oral — antivitamines K (AVK) ou anticoagulants oraux directs (AOD) —, la cannelle risque de potentialiser l'effet fluidifiant du sang et d'augmenter le risque hémorragique. Un rapport de cas a documenté une hémorragie post-opératoire chez un patient consommant de la cannelle de Ceylan, ce qui suggère que même l'espèce la moins riche en coumarines n'est pas exempte de risque dans ce contexte. En cas de traitement anticoagulant, un avis médical est indispensable avant toute consommation régulière de cannelle, quelle que soit l'espèce ou la forme.

Antidiabétiques

La cannelle possède un effet hypoglycémiant documenté par plusieurs essais cliniques : elle améliore la sensibilité à l'insuline et favorise la captation du glucose par les cellules. Associée à un traitement antidiabétique (metformine, sulfamides hypoglycémiants, insuline), elle peut provoquer une hypoglycémie par effet additif. Un espacement d'au moins trois heures entre la prise de cannelle et celle du médicament est généralement recommandé, et tout ajout de cannelle en supplémentation doit être signalé au médecin prescripteur. La page cannelle et diabète détaille les effets de la cannelle sur la glycémie et les modalités de prudence.

Hypotenseurs

La cannelle exerce un effet hypotenseur léger, par amélioration de la fonction endothéliale et réduction du stress oxydatif vasculaire. Cet effet peut s'ajouter à celui des médicaments antihypertenseurs et provoquer une baisse excessive de la tension artérielle (vertiges, malaises). Les personnes sous traitement antihypertenseur doivent en informer leur médecin avant d'utiliser la cannelle de façon régulière, en poudre comme en extrait concentré.

Précaution générale : toute personne sous traitement médicamenteux au long cours (anticoagulant, antidiabétique, antihypertenseur) doit consulter son médecin avant d'intégrer la cannelle dans une routine quotidienne, que ce soit sous forme de poudre alimentaire ou d'extrait concentré en gélules.

Allergie à la cannelle

L'allergie à la cannelle est peu fréquente mais bien documentée en allergologie. L'allergène principal est l'aldéhyde cinnamique (cinnamaldéhyde), un composé présent dans toutes les espèces de cannelle, dans l'huile essentielle de cannelle, et dans de nombreux produits aromatisés du quotidien : dentifrices, chewing-gums, cosmétiques, parfums. L'aldéhyde cinnamique fait d'ailleurs partie du « fragrance mix » utilisé en routine dans les tests épicutanés.

Dermatite de contact

Le contact de la cannelle avec la peau provoque, chez les personnes sensibilisées, des réactions qui vont de la simple rougeur à la dermatite caractérisée : plaques érythémateuses, vésicules, œdème localisé. La dermatite péribuccale est une forme fréquemment décrite, liée à l'usage de produits cosmétiques ou alimentaires contenant de la cannelle. Des cas de dermatite de contact professionnelle sont également rapportés chez les boulangers et les ouvriers de l'industrie des épices.

Stomatite de contact

Après ingestion ou contact avec la muqueuse buccale (dentifrice, chewing-gum, confiseries), l'aldéhyde cinnamique peut déclencher une stomatite allergique : œdème de la muqueuse, plaques érythémateuses ou leucoplasiques, ulcérations, hyperkératose, accompagnés d'une sensation de brûlure persistante. Ces manifestations touchent n'importe quelle zone de la muqueuse buccale et sont souvent confondues avec d'autres pathologies (lichen plan, aphtes), ce qui retarde le diagnostic. Un test épicutané au cinnamaldéhyde permet de confirmer la sensibilisation.

En cas de réaction suspecte — rougeur, sensation de brûlure, gonflement de la bouche ou du visage —, il convient de cesser toute exposition à la cannelle et de consulter un médecin ou un allergologue.

Grossesse et allaitement

La cannelle est traditionnellement considérée comme emménagogue (favorisant le déclenchement des règles) et potentiellement abortive à dose élevée. Par principe de précaution, elle est déconseillée pendant la grossesse à des doses supérieures à l'usage culinaire ponctuel — en particulier au premier trimestre, où le risque de fausse couche est le plus élevé, et en fin de grossesse, en raison du risque hémorragique à l'accouchement. La supplémentation en cannelle (poudre quotidienne ou extrait concentré) est contre-indiquée pendant toute la grossesse. La page cannelle et grossesse détaille les recommandations selon le stade de la grossesse.

Pendant l'allaitement, les coumarines passent dans le lait maternel. Compte tenu du faible poids des nourrissons, la DJA en coumarines peut être atteinte rapidement, ce qui impose une vigilance particulière avec la cannelle cassia. La poudre de Ceylan, pauvre en coumarines, reste l'option la plus sûre en usage culinaire occasionnel. La page cannelle et allaitement apporte des précisions complémentaires.

Application cutanée : un risque de brûlure

L'aldéhyde cinnamique est dermocaustique : appliquée sur la peau, la cannelle en poudre ou son huile essentielle peut provoquer des brûlures chimiques, y compris chez des personnes non préalablement allergiques. L'irritation survient parfois dès le premier contact, mais elle est d'autant plus sévère que le temps d'exposition est long et la concentration élevée. Les masques visage ou capillaires à base de cannelle, popularisés sur les réseaux sociaux, sont à l'origine de cas de brûlures documentés en dermatologie, avec des lésions parfois profondes du visage ou du cuir chevelu.

L'utilisation de la cannelle en application cutanée directe — sur le visage, le corps ou le cuir chevelu — est déconseillée. Cela vaut pour la poudre brute, les mélanges maison et l'huile essentielle non diluée.

Comment réduire les dangers de la cannelle

Les risques associés à la cannelle ne sont pas une fatalité. Ils se gèrent par trois leviers : le choix de l'espèce, le choix de la forme et le respect des doses.

  1. Choisir la bonne espèce. La cannelle de Ceylan (C. verum) contient des traces de coumarines (< 0,01 mg/g), tandis que la cannelle cassia en contient 1 à 7 mg/g. Pour un usage alimentaire quotidien (½ à 1 cuillère à café de poudre par jour), la poudre de Ceylan est nettement plus sûre. Pour en savoir plus, consultez la page cannelle de Ceylan ou cassia.
  2. Choisir la bonne forme. La poudre brute, quelle que soit l'espèce, a une teneur en coumarines qui varie d'un lot à l'autre. Un extrait concentré en gélules (par exemple un extrait 10:1, soit 1 gélule équivalant à 2 500 mg de plante brute) offre une dose contrôlée et une composition standardisée. Pour une supplémentation régulière visant un objectif précis (soutien de la glycémie, par exemple), l'extrait concentré présente l'avantage d'un dosage reproductible et d'une teneur en coumarines connue.
  3. Respecter les doses. En poudre alimentaire : ½ à 1 cuillère à café par jour. En extrait concentré : suivre la posologie indiquée par le fabricant (généralement 1 gélule par jour). Ne pas cumuler les sources (poudre dans l'alimentation + gélules) sans vérification. Informer systématiquement son médecin en cas de traitement médicamenteux concomitant.
Avertissement : ces informations sont données à titre éducatif et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de doute, de traitement médicamenteux ou de pathologie, consultez votre médecin ou votre pharmacien avant de consommer de la cannelle de façon régulière.

Cet article vous a-t-il été utile ?

  

Note moyenne: 4.8 ( 246 votes )

Bibliographie

Publication : Grant-Alfieri, A., Schaechter, J., & Lipshultz, S. E. (2013). Ingesting and Aspirating Dry Cinnamon by Children and Adolescents: The “Cinnamon Challenge.” Pediatrics, 131(5), 833–835. https://doi.org/10.1542/peds.2012-3418

Publication : El-Desoky, G. E., Aboul-Soud, M. a. M., & Al-Numair, K. S. (2012). Antidiabetic and hypolipidemic effects of Ceylon cinnamon (Cinnamomum verum) in alloxan-diabetic rats. Journal of Medicinal Plants Research, 6(9). https://doi.org/10.5897/jmpr11.1472

Publication : Shinjyo, N., Waddell, G., & Green, J. (2020). A tale of two cinnamons: A comparative review of the clinical evidence of Cinnamomum verum and C. cassia as diabetes interventions. Journal of Herbal Medicine, 21, 100342. https://doi.org/10.1016/j.hermed.2020.100342

Publication : Newerli-Guz, J., & Śmiechowska, M. (2022). Health Benefits and Risks of Consuming Spices on the Example of Black Pepper and Cinnamon. Foods, 11(18), 2746. https://doi.org/10.3390/foods11182746

Publication : Coumarin in flavourings and other food ingredients with flavouring properties ‐ Scientific Opinion of the Panel on Food Additives, Flavourings, Processing Aids and Materials in Contact with Food (AFC). (2008). EFSA Journal, 6(10). https://doi.org/10.2903/j.efsa.2008.793

Publication : Zaidi, S. F., Aziz, M., Muhammad, J. S., & Kadowaki, M. (2015). Review: Diverse pharmacological properties of Cinnamomum cassia: A review. ResearchGate. https://www.researchgate.net/publication/279753018_Review_Diverse_pharmacological_properties_of_Cinnamomum_cassia_A_review

Publication : Singh, N., Rao, A. S., Nandal, A., Kumar, S., Ganaie, S. A., & Narasimhan, B. (2021). Phytochemical and pharmacological review of Cinnamomum verum J. Presl-a versatile spice used in food and nutrition. Food Chemistry, 338, 127773. https://doi.org/10.1016/j.foodchem.2020.127773

Publication : Johnson-Arbor, K., & Smolinske, S. C. (2020). Stoned on spices: a mini-review of three commonly abused household spices. Clinical Toxicology. https://doi.org/10.1080/15563650.2020.1840579

Publication : Gruenwald, J., Freder, J., & Armbruester, N. (2010). Cinnamon and Health. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 50(9), 822–834. https://doi.org/10.1080/10408390902773052

Publication : Contact Allergy to Cinnamon: Case Report. (n.d.). http://www.cda-adc.ca/jcda/vol-74/issue-5/445.html

Publication : Maadarani, O. S., Bitar, Z., & Mohsen, M. (2019). Adding Herbal Products to Direct-Acting Oral Anticoagulants Can Be Fatal. European Journal of Case Reports in Internal Medicine, 6(8), 1. https://doi.org/10.12890/2019_001190

Publication : Ranasinghe, P., & Galappaththy, P. (2016). Health benefits of Ceylon cinnamon (Cinnamomum zeylanicum): a summary of the current evidence. Ceylon Medical Journal, 61(1), 1. https://doi.org/10.4038/cmj.v61i1.8251

Publication : Chase, C., Doyle, A., St John, S., Laurent, T. A., & Griffith, S. (2022). Post-operative haemorrhage secondary to cinnamon use. A case report. International Journal of Surgery Case Reports, 95, 107179. https://doi.org/10.1016/j.ijscr.2022.107179

Site Web : Sgi. (2020, August 12). Cannelle : le bon, le mauvais et le délicieux - Société gastro-intestinale | www.mauxdeventre.org. Société Gastro-intestinale | www.mauxdeventre.org. https://badgut.org/centre-information/sante-et-nutrition/cannelle/?lang=fr

Commandez GRATUITEMENT votre Guide des 200 recettes d'aromatherapie

4.9/5 (4423 avis)

" Parfait petit livret sur l'utilisation des huiles essentielles. Tres bien confectionne. "
Nathalie

4,50€ Gratuit
Commandez GRATUITEMENT votre Guide des 200 recettes d'aromatherapie
Expedie en 24h