L'astaxanthine est-elle bonne pour les yeux ?
En bref
Astaxanthine et fatigue visuelle : des résultats cliniques concordants
Les données les plus solides sur l'astaxanthine et les yeux concernent la fatigue visuelle liée au travail prolongé sur écran. Entre 2002 et 2006, plusieurs équipes japonaises ont conduit des essais contrôlés randomisés en double aveugle chez des travailleurs sur terminaux d'affichage vidéo et des adultes souffrant d'asthénopie. Les résultats convergent : une supplémentation quotidienne de 4 à 6 mg d'astaxanthine pendant quatre semaines améliore l'amplitude d'accommodation et réduit les symptômes subjectifs de fatigue oculaire.
L'essai de Nagaki et al. (2002), mené chez 26 travailleurs sur écran, a mis en évidence une amélioration significative de l'amplitude d'accommodation avec 5 mg par jour d'astaxanthine comparé au placebo. Shiratori et al. (2005) ont confirmé ce bénéfice avec 6 mg par jour chez 40 volontaires sains présentant une asthénopie : les capacités d'accommodation et les temps de mise au point se sont améliorés, tandis que les sensations d'irritation oculaire et de vision floue ont diminué. Dans une étude de recherche de dose, Nakamura et al. (2004) ont observé chez des adultes de plus de 40 ans des améliorations de l'acuité visuelle non corrigée et du temps d'accommodation dès 4 mg par jour, sans effet notable à 2 mg.
Le mécanisme proposé repose sur la protection du muscle ciliaire, responsable de la courbure du cristallin lors de la mise au point. Un travail prolongé en vision de près sollicite ce muscle de manière soutenue et génère un stress oxydatif local. L'astaxanthine, dont le passage dans les tissus oculaires a été documenté chez l'animal, pourrait limiter ce stress et préserver la souplesse de la fonction accommodative. Par ailleurs, Saito et al. (2012) ont montré dans un essai contrôlé en double aveugle chez 20 volontaires sains que 12 mg par jour d'astaxanthine pendant quatre semaines augmentaient de manière significative la vitesse du flux sanguin choroïdien, une composante de la vascularisation rétinienne qui pourrait également contribuer au confort visuel.
Protection de la rétine : des données précliniques à confirmer chez l'humain
Plusieurs études précliniques suggèrent que l'astaxanthine protège les cellules rétiniennes contre le stress oxydatif. Otsuka et al. (2013) ont montré chez la souris que l'astaxanthine à haute dose (100 mg/kg) préservait la fonction rétinienne mesurée par électrorétinogramme et réduisait les marqueurs de dommages oxydatifs de l'ADN après une exposition lumineuse intense. Chez le rat diabétique, Yeh et al. (2016) ont observé que l'astaxanthine diminuait les marqueurs inflammatoires et oxydatifs dans les tissus oculaires, avec une modulation de la voie NF-κB comparable à celle de la lutéine.
Ces résultats sont cohérents avec le pouvoir antioxydant élevé de l'astaxanthine, supérieur à celui de la plupart des caroténoïdes en milieu membranaire. Sa capacité à traverser la barrière hémato-rétinienne a été confirmée chez l'animal. Cependant, aucun essai clinique n'a encore démontré un effet protecteur direct de l'astaxanthine sur la rétine humaine en dehors du contexte de la fatigue visuelle. Le passage de ces données précliniques à des applications thérapeutiques reste à établir. Pour une vue d'ensemble des bienfaits de l'astaxanthine, la page dédiée détaille les autres propriétés étudiées, notamment ses effets sur la peau.
DMLA : un terrain réservé à la lutéine et à la zéaxanthine
L'astaxanthine est parfois présentée comme un actif de prévention de la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Les données actuelles ne soutiennent pas cette affirmation. Contrairement à la lutéine et à la zéaxanthine, l'astaxanthine ne s'accumule pas dans la macula, la zone centrale de la rétine qui est la première touchée par la DMLA.
« L'astaxanthine protège de la DMLA grâce à son pouvoir antioxydant supérieur à celui des autres caroténoïdes. »
Seules la lutéine et la zéaxanthine forment le pigment maculaire, un filtre naturel contre la lumière bleue au centre de la rétine. L'étude AREDS2, menée sur plus de 4 000 patients, suggère un intérêt de ces caroténoïdes dans la DMLA, en particulier lorsqu'ils remplacent le bêta-carotène dans la formule de supplémentation. L'astaxanthine n'a fait l'objet d'aucun essai clinique probant sur cette pathologie en tant qu'actif isolé.
Dans l'essai AREDS2, l'ajout de lutéine (10 mg) et de zéaxanthine (2 mg) à la formule de supplémentation n'a pas réduit de manière significative la progression de la DMLA sur le critère principal de l'étude, mais des analyses secondaires ont suggéré un bénéfice lorsque ces caroténoïdes remplaçaient le bêta-carotène. L'astaxanthine n'a pas été évaluée dans ce protocole. Certaines études de petite taille ont testé des compléments combinant astaxanthine, lutéine et zéaxanthine chez des patients atteints de DMLA débutante, mais les effets observés ne peuvent pas être attribués à l'astaxanthine seule. Si vous cherchez une supplémentation ciblant la macula, la lutéine et la zéaxanthine sont les caroténoïdes de référence.
Sources
- Nagaki, Y., Hayasaka, S., Yamada, T., Hayasaka, Y., Sanada, M., & Uonomi, T. (2002). Effects of astaxanthin on accommodation, critical flicker fusion, and pattern visual evoked potential in visual display terminal workers. Journal of Traditional Medicines, 19(5), 170–173.
- Nakamura, A., Isobe, R., Otaka, Y., & Abematsu, Y. (2004). Changes in visual function following peroral astaxanthin. Japanese Journal of Clinical Ophthalmology, 58(6), 1051–1054. doi:10.11477/mf.1410100622
- Shiratori, K., Ogami, K., Nitta, T., Shinmei, Y., Chin, S., Yoshimura, N., & Ohgami, K. (2005). Effect of astaxanthin on accommodation and asthenopia. Journal of Clinical Therapeutics & Medicines, 21(6), 637–650.
- Saito, M., Yoshida, K., Saito, W., Fujiya, A., Ohgami, K., Kitaichi, N., Tsukahara, H., Ishida, S., & Ohno, S. (2012). Astaxanthin increases choroidal blood flow velocity. Graefe's Archive for Clinical and Experimental Ophthalmology, 250(2), 239–245. doi:10.1007/s00417-011-1843-1
- Otsuka, T., Shimazawa, M., Nakanishi, T., Ohno, Y., Inoue, Y., Tsuruma, K., Ishibashi, T., & Hara, H. (2013). Protective effects of a dietary carotenoid, astaxanthin, against light-induced retinal damage. Journal of Pharmacological Sciences, 123(3), 209–218. doi:10.1254/jphs.13066fp
- Yeh, P. T., Huang, H. W., Yang, C. M., Yang, W. S., & Yang, C. H. (2016). Astaxanthin inhibits expression of retinal oxidative stress and inflammatory mediators in streptozotocin-induced diabetic rats. PLoS One, 11(1), e0146438. doi:10.1371/journal.pone.0146438
- The Age-Related Eye Disease Study 2 (AREDS2) Research Group. Lutein + zeaxanthin and omega-3 fatty acids for age-related macular degeneration. JAMA. 2013;309(19):2005–2015. doi:10.1001/jama.2013.4997
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