La spiruline suscite un intérêt croissant dans la recherche en oncologie, principalement grâce à la phycocyanine, son pigment bleu caractéristique. Les données scientifiques disponibles montrent des effets anticancéreux en laboratoire (inhibition de la prolifération cellulaire, induction de l'apoptose) et des propriétés hépatoprotectrices chez l'animal dans un contexte de chimiothérapie. Quelques études cliniques, limitées aux lésions précancéreuses orales, suggèrent un potentiel chimiopréventif. La spiruline ne constitue toutefois pas un traitement anticancéreux : les résultats obtenus in vitro ou chez l'animal ne sont pas transposables en l'état à l'homme, et le risque d'interactions avec les traitements anticancéreux via les cytochromes P450 impose une consultation systématique du cancérologue avant toute prise.
Cet article a été mis à jour le 25/07/2024La phycocyanine, principal pigment de la spiruline, concentre l'essentiel de la recherche sur les propriétés anticancéreuses de cette cyanobactérie. En conditions de laboratoire (cultures cellulaires), plusieurs équipes ont démontré que la C-phycocyanine purifiée inhibe la prolifération de lignées tumorales variées : cellules de cancer du poumon non à petites cellules, carcinome hépatocellulaire, cancer du sein ou cancer du col de l'utérus. Les mécanismes identifiés passent par plusieurs voies convergentes.
D'autres composés de la spiruline font l'objet de recherches complémentaires : les polysaccharides (notamment le calcium-spirulan), certains composés phénoliques et l'allophycocyanine. Une revue systématique publiée en 2026 (Akrout et al., Medical Sciences) recense également des effets anti-angiogéniques (inhibition de la voie VEGF/VEGFR2) et une suppression de la transition épithélio-mésenchymateuse, deux processus clés dans la progression tumorale et la formation de métastases.
Plusieurs études précliniques ont évalué l'effet de la spiruline ou de ses extraits sur des modèles animaux de cancer. Dans certains protocoles, l'administration de spiruline a permis une réduction de la taille tumorale et un ralentissement de la croissance des tumeurs chez le rongeur. Les mécanismes invoqués rejoignent ceux observés in vitro : activité antioxydante, stimulation de l'immunité innée (activation des cellules NK, polarisation des macrophages vers le phénotype M1) et modulation des cytokines pro-inflammatoires.
Ces résultats doivent cependant être interprétés avec une grande prudence. Un travail publié dans BioMed Research International a montré que la spiruline n'avait aucun effet antitumoral sur un modèle de carcinome solide d'Ehrlich chez la souris. Plus préoccupant encore, l'administration simultanée de spiruline et de fluorouracile (un agent de chimiothérapie couramment utilisé) a entraîné une augmentation dose-dépendante de la mortalité dans ce même modèle. Les auteurs ont évoqué une possible inhibition de la dihydropyrimidine déshydrogénase, l'enzyme responsable de la dégradation du fluorouracile, potentiellement liée à l'effet de la spiruline sur les cytochromes P450 hépatiques.
Le potentiel hépatoprotecteur de la spiruline constitue l'une des pistes les plus étudiées dans le contexte de l'accompagnement de la chimiothérapie. Plusieurs chimiothérapies, en particulier le cisplatine, induisent une toxicité hépatique significative par surproduction de radicaux libres et peroxydation lipidique dans le foie.
Une étude menée chez la souris (Karadeniz et al., 2012, Food & Function) a montré que la supplémentation en spiruline, associée à de la vitamine C, réduisait les marqueurs enzymatiques d'atteinte hépatique induite par le cisplatine. L'examen histologique confirmait une diminution des lésions tissulaires dans les groupes supplémentés par rapport au groupe recevant le cisplatine seul. Les propriétés antioxydantes de la spiruline (phycocyanine, bêta-carotène, superoxyde dismutase) et ses effets anti-inflammatoires sont les mécanismes avancés pour expliquer cette protection.
D'autres travaux chez le rat ont exploré la protection rénale (néphrotoxicité du cisplatine) et la protection cardiaque (cardiotoxicité de la doxorubicine), avec des résultats préliminaires convergents. Ces données restent exclusivement précliniques : aucun essai contrôlé chez des patients sous chimiothérapie n'a encore évalué l'effet hépatoprotecteur de la spiruline chez l'homme.
Le corpus d'études cliniques sur la spiruline en contexte oncologique reste très limité. Les seules données robustes concernent les lésions précancéreuses de la cavité buccale, dans des populations à haut risque (consommateurs de tabac à chiquer et de noix de bétel, principalement en Inde).
L'étude la plus citée est un essai clinique randomisé contre placebo mené au Regional Cancer Centre de Trivandrum (Kerala, Inde) et publié en 1995. Chez 77 patients présentant une leucoplasie orale homogène (lésion précancéreuse), la prise de 1 g de spiruline par jour pendant 12 mois a entraîné une régression complète des lésions chez 45 % des sujets du groupe spiruline, contre 7 % dans le groupe placebo. Cette régression n'était pas liée à une augmentation du rétinol ou du bêta-carotène sériques, ce qui suggère un mécanisme passant par d'autres composés actifs, probablement la phycocyanine.
Plusieurs essais cliniques randomisés, synthétisés dans une revue systématique publiée en 2022 (Journal of Oral Medicine and Oral Surgery), ont évalué l'effet de la spiruline sur la fibrose sous-muqueuse orale, une autre affection précancéreuse. Les résultats montrent une amélioration de l'ouverture buccale et de la sensation de brûlure chez certains patients, mais les études présentent un risque élevé de biais et des résultats hétérogènes. Les auteurs concluent que des essais de meilleure qualité méthodologique sont nécessaires.
La question des interactions médicamenteuses est centrale pour toute personne suivant un traitement anticancéreux. Les cytochromes P450 sont les enzymes hépatiques responsables de la métabolisation de la majorité des médicaments de chimiothérapie. Toute substance qui modifie leur activité peut, en théorie, augmenter la toxicité d'un médicament (si son élimination est ralentie) ou réduire son efficacité (si son activation est bloquée).
Une étude de Savranoglu et Tumer publiée en 2013 dans l'International Journal of Toxicology a évalué l'effet de la spiruline sur les principaux cytochromes P450 chez le rat. Après 5 semaines d'administration orale, la spiruline a provoqué une inhibition significative de l'expression et de l'activité enzymatique des CYP1A2 et CYP2E1, ainsi qu'une diminution de l'activité du CYP2C6. Les niveaux d'ARNm et de protéines des CYP2B1 et CYP3A1 étaient augmentés, sans modification significative de leur activité enzymatique.
Un risque additionnel concerne le bêta-carotène, un pigment présent dans la spiruline. Les études ATBC (1994) et CARET (1996), menées auprès de plusieurs dizaines de milliers de fumeurs, ont montré qu'une supplémentation en bêta-carotène à haute dose augmentait le risque de cancer du poumon d'environ 20 à 28 % dans cette population. La spiruline contient du bêta-carotène à des doses nutritionnelles (et non pharmacologiques), mais cette donnée incite à la prudence chez les fumeurs ou anciens fumeurs atteints de cancer, en particulier de cancer bronchopulmonaire. L'USPSTF (US Preventive Services Task Force) recommande de ne pas prendre de compléments de bêta-carotène dans une optique de prévention du cancer.
L'ANSES, dans son avis de 2017, souligne par ailleurs que les compléments alimentaires à base de spiruline peuvent présenter des risques liés à la contamination par des cyanotoxines, des bactéries ou des métaux lourds en cas de filières mal contrôlées. L'agence déconseille la spiruline aux personnes atteintes de phénylcétonurie ou présentant un terrain allergique.
« La spiruline peut guérir le cancer ou remplacer la chimiothérapie grâce à la phycocyanine. »
Les effets anticancéreux de la phycocyanine ont été observés sur des cellules isolées en laboratoire et chez l'animal, avec des résultats contradictoires selon les modèles. Aucun essai clinique n'a démontré d'effet antitumoral de la spiruline chez des patients atteints de cancer. La spiruline ne peut en aucun cas se substituer à un traitement oncologique.
Plusieurs éléments expliquent pourquoi les résultats de laboratoire ne se transposent pas en recommandation clinique. Les études in vitro utilisent de la phycocyanine purifiée, à des concentrations très supérieures à ce qu'un complément alimentaire peut délivrer après absorption digestive. La biodisponibilité orale de la phycocyanine chez l'homme reste mal caractérisée. Par ailleurs, un complément alimentaire de spiruline entière apporte un mélange complexe de composés dont les interactions avec les traitements anticancéreux sont insuffisamment documentées, comme l'illustre le cas du fluorouracile chez l'animal.
La spiruline n'est pas non plus un substitut à une alimentation diversifiée riche en antioxydants. L'ANSES rappelle qu'aucun aliment isolé ne peut, à lui seul, réduire de manière significative le risque de cancer. La prévention repose sur un ensemble de comportements (alimentation variée, activité physique, absence de tabac et d'alcool) dont la spiruline ne saurait tenir lieu.
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Ouvrage : C. (2021). Alimentation, nutrition et régimes. STUDYRAMA.
Ouvrage : Ferreira, A. (2013). Biologie de l’alimentation humaine (tome 1) (Diététique et nutrition : biologie - biochimie - Microbiologie - cours exercices corrigés QCM) (French Edition). STUDYRAMA.
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