Le curcuma utilisé comme épice de cuisine ne présente pas de risque connu pendant la grossesse ou l'allaitement. En revanche, les compléments alimentaires à base de curcumine concentrée sont déconseillés : l'Agence européenne des médicaments (EMA) recommande de ne pas les utiliser en l'absence de données suffisantes sur leur sécurité chez la femme enceinte ou allaitante. Toute la question se joue sur la distinction entre l'épice dans l'assiette et l'extrait concentré en gélule.
Cet article a été mis à jour le 27/03/2026La monographie européenne du curcuma, publiée par le Comité des médicaments à base de plantes de l'EMA (HMPC, version finale du 25 septembre 2018), constitue la référence réglementaire en Europe. Elle porte sur les préparations traditionnelles à base de rhizome de Curcuma longa : poudre en doses médicinales (0,5 à 1 g, deux à trois fois par jour), extraits secs et teintures, dans le cadre du soulagement de troubles digestifs (sensation de satiété précoce, digestion lente, flatulences).
En section 4.6 (Fertilité, grossesse et allaitement), la monographie indique que la sécurité pendant la grossesse et l'allaitement n'a pas été établie, et qu'en l'absence de données suffisantes, l'utilisation n'est pas recommandée. La section 5.3 précise qu'aucun test de toxicité reproductive adéquat n'a été réalisé. Un addendum d'évaluation publié en 2025 (EMA/HMPC/81467/2025) confirme qu'aucune nouvelle donnée clinique concernant la grossesse ou l'allaitement n'est venue modifier cette position depuis 2018.
Ce cadre réglementaire concerne exclusivement les préparations à visée médicinale. L'usage du curcuma comme épice alimentaire n'entre pas dans le périmètre de cette monographie.
Le curcuma en poudre, frais ou comme ingrédient dans un plat cuisiné (curry, soupe, riz) ne pose pas de problème aux doses culinaires habituelles. La poudre de curcuma contient environ 3 % de curcuminoïdes : une cuillère à café (environ 2 à 3 g de poudre) apporte 60 à 90 mg de curcuminoïdes, une quantité très inférieure aux doses utilisées en supplémentation, qui atteignent souvent 500 à 1 500 mg de curcumine par jour. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé la dose journalière admissible (DJA) de curcumine à 3 mg par kilogramme de poids corporel, soit environ 180 à 210 mg pour une femme de 60 à 70 kg. Les quantités apportées par la cuisine restent largement en dessous de ce seuil.
Le lait d'or (golden milk), préparé avec une cuillère à café de curcuma en poudre dans du lait chaud, s'inscrit dans cet usage alimentaire et peut être consommé ponctuellement pendant la grossesse. En revanche, les versions enrichies en pipérine concentrée ou en extraits titrés dépassent le cadre culinaire et se rapprochent de la supplémentation.
Les compléments alimentaires à base de curcumine apportent des doses concentrées, souvent titrées à 95 % de curcuminoïdes et formulées pour augmenter la biodisponibilité (ajout de pipérine, nanoparticules, micelles). Les quantités de curcumine absorbées dépassent alors largement ce que l'alimentation courante fournit, et peuvent excéder la DJA fixée par l'EFSA dès la première prise.
Aucun essai clinique n'a évalué la sécurité de la curcumine concentrée chez la femme enceinte. Les données disponibles proviennent exclusivement d'études animales et in vitro, et c'est cette absence qui fonde la prudence de l'EMA. Trois éléments nourrissent la préoccupation théorique : le curcuma est traditionnellement utilisé en médecine ayurvédique comme emménagogue (substance qui stimule le flux menstruel) et pour favoriser l'élimination du sang stagnant ; des travaux sur tissus utérins isolés de rat ont mis en évidence une capacité de la curcumine à modifier l'activité contractile utérine à hautes doses ; et certaines études animales suggèrent une perturbation possible de l'implantation embryonnaire et du développement post-implantatoire, tandis que d'autres montrent des effets protecteurs. Ces résultats ne sont pas directement transposables à la femme, mais ils expliquent pourquoi le principe de précaution prévaut en l'état actuel des connaissances.
Les données sur le curcuma pendant l'allaitement sont encore plus rares que pour la grossesse. La base de données LactMed, maintenue par la National Library of Medicine (dernière révision : juillet 2025), indique qu'aucune donnée n'existe sur l'excrétion des composants du curcuma dans le lait maternel humain. Une petite étude portant sur des mères allaitantes recevant un mélange contenant du curcuma (100 mg trois fois par jour) n'a pas relevé d'effets indésirables chez les nourrissons exposés via le lait. Le curcuma est par ailleurs classé GRAS (Generally Recognized As Safe) comme ingrédient alimentaire par la FDA américaine.
L'assessment report de l'EMA précise cependant que des travaux chez l'animal (Singh et al.) ont montré que la curcumine ou ses métabolites sont transférés aux petits via la lactation, ce qui a conduit le HMPC à déconseiller l'utilisation des préparations de Curcuma longa pendant l'allaitement. Par ailleurs, une étude in vitro a observé que la curcumine inhibe la production de lait dans des cellules épithéliales mammaires en lactation, un résultat qui, bien que non confirmé chez la femme, appelle à la prudence avec les doses concentrées.
Le principe de précaution s'applique de la même manière que pendant la grossesse : l'usage culinaire courant est considéré comme compatible avec l'allaitement, tandis que la supplémentation en curcumine concentrée est déconseillée en l'absence de données de sécurité chez le nourrisson.
Le tableau ci-dessous résume les situations les plus fréquentes et leur compatibilité avec la grossesse et l'allaitement.
| Situation | Statut | Commentaire |
|---|---|---|
| Curcuma en poudre dans un plat (curry, soupe, riz) | Autorisé | Doses culinaires classiques, environ 1 à 3 g de poudre par portion |
| Curcuma frais râpé | Autorisé | Équivalent à la poudre en usage culinaire |
| Lait d'or traditionnel (1 c. à c. de poudre + lait chaud) | Autorisé | Reste dans le cadre alimentaire ; consommation ponctuelle |
| Lait d'or avec pipérine concentrée ou extrait titré | Déconseillé | Se rapproche de la supplémentation par augmentation de la biodisponibilité |
| Infusion de curcuma | Autorisé avec modération | La curcumine est peu soluble dans l'eau ; les quantités extraites restent faibles |
| Compléments alimentaires (gélules, extraits titrés à 95 %) | Déconseillé | Doses concentrées, pas de données de sécurité chez la femme enceinte ou allaitante |
En dehors de la grossesse et de l'allaitement, le curcuma en supplémentation est également déconseillé en cas d'obstruction des voies biliaires, de cholangite, de lithiase biliaire ou de maladie hépatique, en raison de son effet cholérétique (stimulation de la sécrétion biliaire), comme le précise la monographie de l'EMA en section 4.4. L'association de compléments de curcuma avec des anticoagulants, des anticancéreux ou des immunosuppresseurs nécessite un avis médical. Pour un panorama complet des précautions liées au curcuma, consulter notre page dédiée aux effets indésirables et dangers du curcuma.
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Publication : Rahardjo, B., Widjajanto, E., Sujuti, H. & Keman, K. (2014, septembre). Curcumin decreased level of proinflammatory cytokines in monocyte cultures exposed to preeclamptic plasma by affecting the transcription factors NF-κB and PPAR-γ. Biomarkers and Genomic Medicine, 6(3), 105‑115. https://doi.org/10.1016/j.bgm.2014.06.002
Publication : Avis de l’ANSES relatif à l’évaluation des risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma. (2022, 12 mai). ANSES. https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2019SA0111.pdf
Site Web : Prééclampsie - symptômes, causes, traitements et prévention. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/maladies/coeur-circulation-veines/preeclampsie.html
Site Web : Curcuma - Phytothérapie. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/parapharmacie/phytotherapie-plantes/curcuma-longa.html
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