La spiruline n'a pas d'effet direct sur la thyroïde. Aucune étude clinique ne montre d'impact de cette cyanobactérie d'eau douce sur les taux de TSH, de T3 ou de T4. Contrairement aux algues marines riches en iode (fucus, laminaire), la spiruline ne contient pas d'iode en quantité significative et ne perturbe pas la synthèse des hormones thyroïdiennes. Ses propriétés antioxydantes, portées notamment par la phycocyanine, pourraient toutefois présenter un intérêt indirect : le stress oxydatif est plus marqué chez les personnes souffrant de troubles thyroïdiens, et la spiruline contribue à le réduire dans d'autres contextes cliniques.

Cet article a été mis à jour le 25/07/2024

Pas d'effet direct de la spiruline sur la fonction thyroïdienne

Les données disponibles ne montrent aucune action de la spiruline sur l'axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien. Les taux de TSH (hormone stimulant la thyroïde), de T3 libre (triiodothyronine) et de T4 libre (thyroxine) ne sont pas modifiés par une supplémentation en spiruline aux doses habituelles de 3 à 6 g par jour. La spiruline n'est pas une plante adaptogène : elle ne contient aucun composé identifié comme modulateur endocrinien. Sa réputation de « stimulant » tient à sa richesse en protéines, en fer et en vitamines du groupe B, qui soutiennent le métabolisme énergétique — et non à une action sur les glandes endocrines.

Aucune étude clinique humaine ne démontre d'effet de la spiruline sur les hormones thyroïdiennes. Les taux de TSH et de T4 libre restent stables sous supplémentation, y compris dans les essais qui associent la spiruline à d'autres extraits chez des patients porteurs de pathologies thyroïdiennes.

Un essai contrôlé contre placebo (Stancioiu et al., 2019) a testé une association spiruline-curcumine-boswellia chez 34 patients euthyroïdiens porteurs de nodules thyroïdiens bénins. Une réduction significative de la taille des nodules a été observée après 12 semaines, mais les marqueurs thyroïdiens (TSH, T4 libre) sont restés stables tout au long de l'étude. Ces résultats portent sur une combinaison de trois extraits et ne permettent pas d'isoler le rôle de la spiruline seule. Ils confirment néanmoins l'absence d'interférence de la spiruline avec la fonction thyroïdienne.

Stancioiu, F., Mihai, D., Papadakis, G.Z., Tsatsakis, A., Spandidos, D.A., & Badiu, C. (2019). Treatment for benign thyroid nodules with a combination of natural extracts. Molecular Medicine Reports, 20(3), 2332–2338. doi:10.3892/mmr.2019.10453

Spiruline et iode : pourquoi la confusion avec les algues marines

La confusion entre spiruline et algues marines est la source principale des inquiétudes liées à la thyroïde. L'iode est indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes T3 et T4 : un excès d'iode peut aggraver une hyperthyroïdie, et une variation brutale des apports peut déstabiliser une thyroïde fragile. Les algues marines — fucus, laminaire, wakamé — concentrent l'iode de l'eau de mer et en contiennent des quantités considérables, parfois jusqu'à plusieurs milliers de milligrammes par kilogramme.

Idée reçue

« La spiruline est une algue, donc elle contient de l'iode et elle est déconseillée en cas de trouble thyroïdien. »

Réalité

La spiruline n'est pas une algue marine mais une cyanobactérie d'eau douce. Sa teneur en iode est plusieurs centaines de fois inférieure à celle des algues marines. Les précautions liées à l'iode ne s'appliquent pas à la spiruline.

La spiruline (Arthrospira platensis) se développe exclusivement en eau douce ou en eau alcaline, dans des bassins ou des lacs de régions chaudes. L'iode, présent en concentrations bien plus faibles dans les eaux douces que dans l'eau de mer, n'est absorbé qu'en quantités négligeables. Les analyses disponibles font état d'une teneur d'environ 1 à 5,5 mg d'iode par kilogramme de spiruline sèche. À la dose usuelle de 3 g par jour, l'apport en iode via la spiruline se situe entre 3 et 16 µg — soit au maximum 11 % de l'apport journalier recommandé chez l'adulte (150 µg). Pour comparaison, un gramme de wakamé séché couvre à lui seul 130 % des apports journaliers recommandés.

OrganismeMilieuTeneur en iode (mg/kg)
Spiruline (Arthrospira)Eau douce1 à 5,5
Fucus / AscophyllumEau de mer300 à 1 740
Laminaire (Saccharina)Eau de merjusqu'à 4 100
Wakamé (Undaria)Eau de mer35 à 200

Le terme « algue », couramment utilisé pour désigner la spiruline par raccourci de langage, entretient cette confusion. En biologie, la spiruline est un micro-organisme photosynthétique procaryote — une cyanobactérie — et non une algue eucaryote. Cette distinction est fondamentale pour les patients thyroïdiens : les restrictions liées à l'iode qui s'appliquent au fucus, à la laminaire ou au kelp n'ont pas lieu d'être pour la spiruline.

Stress oxydatif et troubles thyroïdiens : un rôle indirect de la spiruline

Les dysfonctionnements thyroïdiens — hypothyroïdie comme hyperthyroïdie — s'accompagnent d'un stress oxydatif accru. Plusieurs travaux ont mis en évidence, chez les patients atteints de troubles thyroïdiens, des perturbations des défenses antioxydantes enzymatiques : augmentation de l'activité de la superoxyde dismutase (SOD), diminution de la glutathion peroxydase (GPx). Ce déséquilibre est particulièrement marqué dans l'hyperthyroïdie, où l'excès d'hormones thyroïdiennes accélère le métabolisme cellulaire et augmente la production d'espèces réactives de l'oxygène.

La spiruline possède un arsenal antioxydant bien documenté. La phycocyanine, pigment bleu qui représente environ 10 à 15 % du poids sec de la spiruline, est le principal composé responsable de cette activité. S'y ajoutent le bêta-carotène, la vitamine E et des oligo-éléments cofacteurs des enzymes antioxydantes (manganèse, zinc, cuivre). Plusieurs essais cliniques ont montré une réduction des marqueurs de stress oxydatif — LDL oxydés, isoprostanes, malondialdéhyde — après une supplémentation en spiruline chez des sujets en situation de stress oxydatif élevé (syndrome métabolique, BPCO).

L'extrapolation de ces résultats au contexte thyroïdien reste prudente. Aucun essai clinique n'a directement mesuré l'effet antioxydant de la spiruline chez des patients souffrant d'hypo- ou d'hyperthyroïdie. Le raisonnement est indirect : le stress oxydatif aggrave les troubles thyroïdiens ; la spiruline réduit le stress oxydatif dans d'autres contextes cliniques ; elle pourrait donc contribuer à limiter ce facteur aggravant. Cette logique est biologiquement cohérente, mais elle attend encore une validation clinique spécifique à la pathologie thyroïdienne.

Spiruline et lévothyroxine : quelles précautions ?

La lévothyroxine (Levothyrox, Euthyrox, L-Thyroxine) est le traitement de référence de l'hypothyroïdie. Son absorption intestinale est sensible à de nombreuses substances : le fer, le calcium, les antiacides et les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent réduire sa biodisponibilité lorsqu'ils sont ingérés simultanément. La lévothyroxine doit être prise à jeun, au moins 30 minutes avant le premier repas.

La spiruline ne contient aucun composé connu pour interagir pharmacologiquement avec la lévothyroxine. Toutefois, sa teneur en fer — environ 28 mg pour 100 g de spiruline sèche, soit environ 1 à 2 mg pour une dose journalière de 3 à 6 g — pourrait théoriquement interférer avec l'absorption du médicament si les deux sont pris simultanément. Le fer fait partie des substances identifiées par les recommandations pharmaceutiques comme pouvant réduire l'absorption de la lévothyroxine.

En pratique : prendre la lévothyroxine le matin à jeun, puis attendre au moins deux heures — idéalement quatre heures — avant de prendre la spiruline, par exemple au moment du déjeuner ou de la collation. Ce décalage suffit à éliminer tout risque d'interférence sur l'absorption du médicament.

Un avis médical est recommandé avant de commencer une supplémentation en spiruline pour toute personne sous traitement thyroïdien. Le médecin pourra adapter le suivi biologique (dosage de la TSH) et vérifier l'absence de variation après l'introduction de la spiruline. Cette précaution relève de la bonne pratique face à tout nouveau complément alimentaire sous traitement chronique, et non d'un risque spécifique à la spiruline.

D'où vient la mention « contre-indication thyroïde » sur certaines fiches produit ?

Certaines fiches produit de spiruline mentionnent la thyroïde parmi les précautions d'emploi ou les contre-indications. Cette mention ne repose sur aucune donnée scientifique propre à la spiruline. Elle s'explique par un phénomène de précaution par amalgame : les compléments alimentaires à base d'algues marines (fucus, kelp, laminaire) sont effectivement contre-indiqués en cas de troubles thyroïdiens, en raison de leur teneur élevée en iode. Certains fabricants, par prudence réglementaire ou par confusion entre « algue » et « cyanobactérie », étendent cette contre-indication à la spiruline.

L'avis de l'ANSES publié en 2017 sur les compléments alimentaires à base de spiruline ne mentionne pas la thyroïde parmi les populations à risque. Les seules restrictions identifiées par l'agence concernent la phénylcétonurie (en raison de la teneur en phénylalanine) et le terrain allergique. Aux États-Unis, la FDA attribue à la spiruline le statut GRAS (Generally Recognized as Safe) aux doses de 3 à 6 g par jour, sans restriction liée à la thyroïde. La présence de cette mention sur une fiche produit n'est donc pas un signal de danger mais le reflet d'une politique de précaution conservatrice qui ne distingue pas les différents types d'organismes aquatiques.

Précautions réelles de la spiruline selon l'ANSES (2017) :
  • Contre-indiquée en cas de phénylcétonurie (teneur en phénylalanine)
  • Déconseillée sur terrain allergique
  • Privilégier les circuits d'approvisionnement contrôlés pour limiter le risque de contamination (cyanotoxines, métaux lourds)

Pour en savoir plus sur l'ensemble des effets secondaires et contre-indications de la spiruline, une page dédiée reprend les données de sécurité complètes.

Avertissement : ces informations sont données à titre éducatif et ne se substituent pas à un avis médical. En cas de trouble thyroïdien diagnostiqué ou de traitement en cours, consultez votre médecin ou votre endocrinologue avant de commencer une supplémentation en spiruline.

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Bibliographie

Publication : Mseddi, M., Mnif, F., Mansour, R. B., Abid, M., Attia, H. & Lassoued, S. (2014). Stress oxydatif et dysfonctionnements thyroïdiens. Annales d’Endocrinologie, 75(5‑6), 341‑342. https://doi.org/10.1016/j.ando.2014.07.239

Ouvrage : C. (2021). Alimentation, nutrition et régimes. STUDYRAMA.

Ouvrage : Ferreira, A., Petretti, C., & Vasina, B. (2015). Biologie de l’alimentation humaine : Tome 1 (Vol. 1). Studyrama.

Site Web : Spiruline - Complément alimentaire. (s. d.). VIDAL. https://www.vidal.fr/parapharmacie/complements-alimentaires/spiruline.html

Site Web : https://www.vidal.fr/medicaments/laboratoires/merck-serono-sas-3042.html. (s. d.). LEVOTHYROX. VIDAL. https://www.vidal.fr/medicaments/gammes/levothyrox-5507.html

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