La phycocyanine est le pigment bleu de la spiruline et sa principale molécule active. Ses bienfaits les mieux documentés sont une activité antioxydante puissante, fondée sur l'inhibition de la NADPH oxydase, et des propriétés anti-inflammatoires observées in vitro et sur modèle animal. Un essai clinique chez l'homme a aussi montré une stimulation des cellules NK du système immunitaire. D'autres effets parfois avancés — anticancéreux, hépatoprotecteurs, hypocholestérolémiants — reposent exclusivement sur des données précliniques. Ce guide fait le point sur chaque bienfait de la phycocyanine, son niveau de preuve, et les critères qui déterminent la teneur en phycocyanine d'une spiruline de qualité.

Cet article a été mis à jour le 25/07/2024

Qu'est-ce que la phycocyanine ?

La phycocyanine est une phycobiliprotéine présente dans les cyanobactéries, et notamment dans la spiruline (Arthrospira platensis). C'est elle qui confère à la spiruline sa teinte bleu-vert caractéristique. On en distingue deux formes principales : la C-phycocyanine, largement majoritaire, et l'allophycocyanine. La C-phycocyanine est une protéine hydrosoluble utilisée comme colorant alimentaire naturel (le seul colorant bleu naturel autorisé en Europe), en cosmétique, et dans les compléments alimentaires.

Le chromophore de la C-phycocyanine — c'est-à-dire la partie de la molécule responsable de sa couleur et de son activité biologique — est la phycocyanobiline (PCB). Ce tétrapyrrole linéaire est structurellement proche de la biliverdine et de la bilirubine, deux molécules que l'organisme humain produit naturellement lors de la dégradation de l'hème. Cette parenté structurale est au fondement des propriétés biologiques de la phycocyanine : dans les cellules, la PCB reproduit une partie des effets protecteurs de la bilirubine, notamment l'inhibition de la NADPH oxydase.

La teneur en phycocyanine d'une spiruline varie entre 5 et 20 % du poids sec. Selon les données du CEVA (Centre d'étude et de valorisation des algues), la moyenne se situe autour de 15,9 %. Cette concentration dépend des conditions de culture (luminosité, température), du mode de séchage et de la souche utilisée. Elle constitue un marqueur direct de la qualité nutritionnelle de la spiruline.

Un antioxydant qui agit à la source du stress oxydatif

L'activité antioxydante de la phycocyanine se distingue de celle de la plupart des antioxydants alimentaires classiques. Là où des molécules comme la vitamine C ou le glutathion neutralisent les radicaux libres déjà formés, la phycocyanobiline agit en amont : elle inhibe la NADPH oxydase, un complexe enzymatique responsable de la production d'espèces réactives de l'oxygène dans les cellules immunitaires et vasculaires. Au lieu de « piéger » les radicaux libres après leur formation, la phycocyanine réduit leur production à la source.

Mécanisme antioxydant de la phycocyanobiline
Phycocyanobiline (PCB) absorbée
Réduction en phycocyanorubine (analogue de la bilirubine)
Inhibition de la NADPH oxydase
Réduction de la production de radicaux libres

Ce mécanisme a été décrit par McCarty dans le Journal of Medicinal Food en 2007 et confirmé par plusieurs travaux ultérieurs. Dans les cellules, la phycocyanobiline est rapidement réduite en phycocyanorubine, un analogue structurel de la bilirubine. C'est sous cette forme qu'elle exerce son inhibition de la NADPH oxydase. La même équipe a vérifié cet effet dans des modèles de néphropathie diabétique, où la phycocyanine et la PCB protégeaient les tissus rénaux du stress oxydatif.

McCarty, M. F. (2007). Clinical potential of Spirulina as a source of phycocyanobilin. Journal of Medicinal Food, 10(4), 566–570.

En parallèle de cette action sur la NADPH oxydase, la phycocyanine possède une capacité de piégeage direct des radicaux libres (superoxyde, peroxyle, hydroxyle) et stimule l'expression d'enzymes antioxydantes endogènes via la voie Nrf2/HO-1. Ces propriétés sont documentées par de nombreuses études in vitro et sur modèle animal. La plausibilité biologique de l'effet antioxydant est donc forte, mais les données cliniques chez l'homme restent limitées : la sécurité de la phycocyanine à haute dose a été confirmée, sans que l'amplitude de l'effet antioxydant ait été quantifiée dans des essais de grande envergure.

Des propriétés anti-inflammatoires documentées

L'inhibition de la NADPH oxydase par la phycocyanobiline a un effet anti-inflammatoire en cascade. En réduisant la production de radicaux libres, elle limite l'activation des voies de signalisation NF-κB et MAPK, deux relais centraux de la réponse inflammatoire. Plusieurs études in vitro et sur modèle animal montrent que la phycocyanine réduit les niveaux de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-1β) et augmente la production d'IL-10, une cytokine anti-inflammatoire.

La phycocyanine inhibe aussi l'activité de la COX-2 (cyclooxygénase-2) et de l'iNOS (oxyde nitrique synthase inductible), deux enzymes clés dans la cascade inflammatoire. Ces effets ont été observés dans des modèles d'inflammation pulmonaire, hépatique, cardiovasculaire et articulaire. Une revue systématique publiée dans Pharmacological Research (2022) confirme la convergence des données précliniques sur ces mécanismes anti-inflammatoires.

Mécanisme anti-inflammatoire dual. La phycocyanine agit à la fois en amont de l'inflammation (inhibition de la NADPH oxydase, réduction des radicaux libres) et sur les médiateurs directs (inhibition de la COX-2, de l'iNOS, réduction du TNF-α et de l'IL-6).

Un essai pilote chez l'homme a évalué un extrait aqueux de spiruline riche en phycocyanine à des doses de 0,25 à 1 g par jour pour le soulagement de douleurs chroniques, avec des résultats encourageants. Les données cliniques restent cependant préliminaires et insuffisantes pour établir une efficacité anti-inflammatoire comparable à celle des anti-inflammatoires de synthèse. L'essentiel de la preuve repose encore sur des modèles précliniques.

Effets sur le système immunitaire inné

L'étude de référence sur les effets immunomodulateurs de la spiruline et de sa phycocyanine est celle de Hirahashi et al. (2002), publiée dans International Immunopharmacology. Cet essai clinique a mesuré l'activité du système immunitaire inné chez des volontaires humains avant et après administration orale d'un extrait aqueux chaud de spiruline. Les résultats montrent une augmentation de la cytotoxicité des cellules NK (Natural Killer) et de la production d'interféron gamma (IFN-γ) chez plus de 50 % des sujets. La production d'IFN-γ était dépendante des interleukines IL-12 et IL-18, ce qui oriente vers une stimulation de la voie Th1 de l'immunité innée.

Hirahashi et al., 2002
DesignEssai clinique, mesure pré/post administration orale chez des volontaires humains
InterventionExtrait aqueux chaud de Spirulina platensis, administration orale
Résultat cléAugmentation de la cytotoxicité NK et de la production d'IFN-γ chez plus de 50 % des sujets
LimiteCohorte de petite taille ; extrait de spiruline entière, pas de phycocyanine isolée

D'autres travaux ont montré que la spiruline et la phycocyanine favorisent la prolifération des cellules de la moelle osseuse et la production de facteurs de croissance hématopoïétiques (GM-CSF, IL-3) chez la souris. La phycocyanine pourrait aussi orienter la polarisation des macrophages vers un phénotype M2 (anti-inflammatoire et réparateur), contribuant à moduler la réponse immunitaire plutôt qu'à la stimuler indistinctement.

Ces résultats sont cohérents, mais leur portée est limitée par la taille des cohortes et par le fait que la plupart des études utilisent des extraits de spiruline entière. L'attribution des effets immunomodulateurs à la seule phycocyanine reste donc difficile à établir avec certitude. L'immunomodulation demeure un bienfait plausible et partiellement démontré chez l'homme. Les personnes sous traitement immunosuppresseur ou atteintes de maladies auto-immunes devraient consulter un médecin avant toute supplémentation, en raison de cet effet stimulant potentiel sur l'immunité.

Autres propriétés : un niveau de preuve encore insuffisant

Plusieurs propriétés supplémentaires sont attribuées à la phycocyanine dans la littérature scientifique. Les données disponibles reposent toutefois exclusivement sur des études in vitro ou sur modèle animal, sans confirmation chez l'homme.

Effets anticancéreux

Des études en laboratoire montrent que la C-phycocyanine peut bloquer le cycle cellulaire de certaines lignées tumorales (sein, foie, côlon, endomètre) et induire leur apoptose. Ces résultats sont cohérents avec l'activité antioxydante et anti-inflammatoire de la phycocyanine, le stress oxydatif chronique étant un facteur reconnu de carcinogenèse. Aucun essai clinique n'a cependant été mené chez l'homme, et l'extrapolation de résultats précliniques à une activité anticancéreuse réelle n'est pas justifiée en l'état des connaissances.

Effets hépatoprotecteurs

Sur modèle murin de stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD), la phycocyanine a réduit l'accumulation de lipides hépatiques et l'inflammation via l'activation de la voie AMPK. Ces résultats, bien que prometteurs sur le plan mécanistique, n'ont pas été reproduits chez l'homme.

Effets sur le cholestérol

Des études animales rapportent un effet hypocholestérolémiant de la phycocyanine, avec une réduction du cholestérol LDL et des triglycérides. Ce lien n'a pas été confirmé par des essais cliniques humains.

Pour chacune de ces propriétés, la plausibilité biologique existe. Le passage du modèle préclinique à la preuve clinique chez l'homme n'a en revanche pas été franchi. Ces allégations doivent donc être considérées avec prudence.

Phycocyanine isolée ou spiruline entière ?

La phycocyanine se présente sous deux formes principales sur le marché des compléments alimentaires : en tant qu'extrait isolé (le plus souvent liquide ou concentré en poudre) ou intégrée dans la spiruline entière (comprimés, poudre, gélules). Le choix entre ces deux approches soulève des questions de biodisponibilité, de synergie et de stabilité.

CritèreSpiruline entièrePhycocyanine isolée (liquide)
Teneur en phycocyanine8 à 20 % du poids sec selon la qualitéVariable, souvent titrée à 20-50 %
Biodisponibilité de la PCBBonne — la spiruline n'a pas de paroi cellulosique rigideDirectement disponible (pas de libération nécessaire)
Synergie nutritionnelleFer, protéines, caroténoïdes, vitamines BPhycocyanine principalement
StabilitéProtégée dans la matrice cellulaire si séchée à basse températureSensible à la chaleur et à la lumière — conservation au froid
Base cliniqueUtilisée dans la majorité des essais (dont Hirahashi 2002)Peu d'études cliniques avec de la phycocyanine purifiée
Coût par mg de phycocyanineGénéralement inférieurNettement supérieur

La spiruline entière présente un avantage de synergie : elle apporte en plus du fer biodisponible, des protéines complètes, des caroténoïdes et d'autres phytonutriments. La quasi-totalité des études cliniques chez l'homme, y compris l'essai de Hirahashi et al. sur l'immunité, ont utilisé des extraits de spiruline entière et non de la phycocyanine purifiée. Les bienfaits observés dans ces études ne peuvent donc pas être totalement dissociés du reste de la matrice de la spiruline.

La phycocyanine isolée sous forme liquide offre une biodisponibilité directe, sans phase de libération cellulaire. En contrepartie, c'est une protéine thermosensible qui se dégrade facilement à la chaleur et à la lumière. Sa stabilité en extrait liquide dépend étroitement des conditions de conservation (réfrigération, protection UV). Dans la spiruline entière séchée à basse température, la phycocyanine est mieux protégée de cette dégradation.

Dosages étudiés dans la littérature

Les dosages de spiruline et de phycocyanine utilisés dans les études varient considérablement selon l'objectif et le protocole. Pour la spiruline entière, les doses les plus courantes dans les essais cliniques chez l'homme vont de 1 à 10 g par jour. La plupart des études portant sur l'immunité, le métabolisme lipidique ou le stress oxydatif utilisent des doses de 2 à 4 g par jour.

Pour la phycocyanine isolée, l'étude de sécurité de Jensen et al. (Journal of Medicinal Food, 2016) a évalué un extrait aqueux de spiruline fournissant environ 1 g de phycocyanine par jour pendant deux semaines, sans effet indésirable sur la coagulation ni sur la fonction hépatique. Des études pilotes sur la douleur chronique ont utilisé des doses de 0,25 à 1 g d'extrait par jour. McCarty (2007) estime théoriquement qu'un effet antioxydant optimal via l'inhibition de la NADPH oxydase nécessiterait 15 à 30 g de spiruline par jour — une quantité très élevée, difficilement atteignable en supplémentation classique.

Repère de dose. Un apport de 3 g de spiruline entière par jour fournit entre 240 et 480 mg de phycocyanine selon la qualité de la spiruline (teneur de 8 à 16 %). Cette dose se situe dans l'ordre de grandeur des apports étudiés dans la littérature clinique disponible.

Comment reconnaître une spiruline riche en phycocyanine

La teneur en phycocyanine est le premier critère de qualité d'une spiruline destinée à apporter cet actif. Trois facteurs la déterminent : les conditions de culture, le mode de séchage et la transparence analytique du fabricant.

Le mode de séchage est déterminant. La phycocyanine est une protéine thermosensible. Un séchage à haute température (au-delà de 60 °C) ou par atomisation (spray-drying) dégrade une part significative de la phycocyanine. Les spirulines séchées à basse température conservent une teneur plus élevée et une activité biologique préservée. En France, une teneur de 10 à 15 % de phycocyanine est considérée comme bonne ; certains producteurs atteignent 18 à 20 %.

La teneur doit être déclarée et vérifiable. L'indice de pureté de la phycocyanine (rapport entre l'absorbance à 620 nm et l'absorbance à 280 nm) permet d'évaluer la qualité de cet actif. Un indice supérieur à 0,7 correspond à une qualité alimentaire. Ce paramètre, comme la teneur en phycocyanine elle-même, devrait figurer dans le certificat d'analyse du lot. En l'absence de cette information, la qualité réelle de la spiruline est invérifiable.

✅ Optimal

Teneur en phycocyanine supérieure à 15 % — séchage à basse température — certificat d'analyse avec indice de pureté

👌 Correct

Teneur de 8 à 15 % — teneur déclarée sur l'étiquette — apport quotidien de phycocyanine supérieur à 200 mg

⚠️ Insuffisant

Teneur inférieure à 8 % ou non déclarée — séchage à haute température probable — apport réel en phycocyanine incertain

❌ À éviter

Aucune mention de la teneur en phycocyanine — absence de contrôle des contaminants (métaux lourds, cyanotoxines) — origine non traçable

Pour une supplémentation visant les bienfaits de la phycocyanine, un apport quotidien supérieur à 200 mg constitue un seuil raisonnable au regard des données disponibles. Avec 3 g de spiruline entière par jour, cela implique une spiruline contenant au minimum 7 à 8 % de phycocyanine. L'ANSES recommande par ailleurs de privilégier des circuits d'approvisionnement conformes à la réglementation française, avec traçabilité et contrôles analytiques incluant la recherche de contaminants (cyanotoxines, métaux lourds, bactéries).

Précautions et contre-indications

La phycocyanine présente un profil de sécurité favorable. L'ANSES (avis 2014-SA-0096, publié en 2017) conclut que la spiruline ne semble pas présenter de risque sanitaire aux doses habituelles de consommation. La dose sans effet nocif observé (NOAEL) de la phycocyanine par voie orale a été établie à 5 g par kg de poids corporel, soit une marge considérable par rapport aux doses de supplémentation courantes (quelques centaines de milligrammes par jour). Aux États-Unis, la spiruline et la phycocyanine bénéficient du statut GRAS (Generally Recognized As Safe) de la FDA.

Contre-indications :
  • Phénylcétonurie — la spiruline est riche en phénylalanine
  • Hémochromatose ou surcharge en fer — la spiruline contient du fer
  • Terrain allergique avéré — de rares cas d'allergie à la spiruline ont été signalés (dont un cas d'anaphylaxie attribué à la C-phycocyanine)
  • Maladie auto-immune ou traitement immunosuppresseur — en raison de l'effet immunostimulant potentiel

Le principal risque identifié par l'ANSES ne provient pas de la phycocyanine elle-même mais de la qualité de la spiruline. Des contaminations par des cyanotoxines (microcystines), des bactéries ou des métaux lourds (plomb, arsenic, mercure) ont été retrouvées dans certains lots. L'Agence recommande de privilégier des circuits d'approvisionnement contrôlés, conformes à la réglementation française, avec une traçabilité complète. Pour en savoir plus sur ce sujet, consultez notre guide sur les effets secondaires et dangers de la spiruline.

Concernant la coagulation, l'étude de Jensen et al. (2016) menée avec 2,3 g d'extrait riche en phycocyanine par jour (soit environ 1 g de phycocyanine) n'a montré aucun effet sur le temps de céphaline activée, le temps de thrombine ni l'activité du fibrinogène. Par prudence, les personnes sous anticoagulants devraient cependant consulter un professionnel de santé. En cas de grossesse, d'allaitement ou de traitement médical en cours, un avis médical préalable est également recommandé.

Avertissement : les informations de cette page sont issues de la littérature scientifique disponible et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent en aucun cas la consultation d'un professionnel de santé. En cas de traitement en cours, de pathologie chronique ou de grossesse, demandez l'avis de votre médecin avant toute supplémentation.

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